«Le football est un résumé de la vie, comme l’Evangile»

Pasteurs d’aujourd’hui 5/6Fan de ballon rond et champion de tennis, le pasteur Pierre-Yves Paquier mêle Dieu et le sport pour s’adresser au plus grand nombre.

Image: Philippe Maeder

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Il se rêvait footballeur, il est devenu pasteur. Proche de sa retraite, Pierre-Yves Pasquier (61 ans) nous fait visionner les meilleurs moments de sa carrière. Premier ralenti sur sa vocation: «Un jour, le Seigneur m’a demandé de le servir à plein-temps. J’ai répondu, d’accord, mais laisse-moi faire du sport», explique ce natif d’Aubonne. Il jouera donc dans l’équipe de Dieu, recevant la consécration au ministère en 1980. Il exerce à Lignerolles pendant dix ans, découvrant le pied du Jura et le terrain rural. «Le président de mon conseil de paroisse signait des documents sur le dos des vaches.» Puis vingt ans dans la paroisse de Corsier/Corseaux. Le professionnel a achevé son ministère à Nyon, ces six dernières années. Il se réinstalle ces jours à Aubonne, avec son épouse, Françoise.

Pierre-Yves Paquier a marqué des points comme sportif: il a ainsi remporté le championnat vaudois de tennis en 2015 dans la catégorie seniors (55 +), devenant probablement le premier pasteur vaudois à obtenir une coupe sur un court. «Avec Dieu, nous ferons des exploits», dit-il, citant le psaume 60. Mais le sport est surtout une référence et une façon de s’adresser aux gens. Il dit du football qu’il est «un résumé de la vie, tout comme l’Evangile».

Une publication à succès

Il a poussé loin le rapprochement entre la religion et l’univers du ballon rond dans une plaquette éditée en 2008 et intitulée Buts, stars et Messi… e. Trente méditations sur les penalties, les coups francs, les cartons, les gardiens, qui ne sont que des prétextes à citer la Bible. Rien n’est oublié, jusqu’à la tricherie et aux débordements des supporters. «J’avais plein de copains footballeurs, des gaillards qui ne venaient jamais à l’église, rigole-t-il. C’était un défi de leur parler de l’Evangile.» La publication a connu un franc succès, tirée à 20 000 exemplaires.

Au passage, que pense-t-il de l’Euro 2016? «Un peu déçu, lâche-t-il, car les équipes ont plus souvent joué la défense que l’attaque.» Lors de notre entretien en début de semaine, il pronostiquait une finale Allemagne-Portugal, commentant les forces des équipes en amateur éclairé. Le style de ministère de Pierre-Yves Paquier se veut ainsi populaire, adressé au plus grand nombre. «Mon vœu le plus grand pour l’Eglise, c’est qu’elle redevienne simple, vivante et proche des gens.»

Jouer sur tous les terrains

La vocation de pasteur, telle qu’il la conçoit, est celle d’un généraliste capable de jouer sur tous les terrains. Capitaine aumônier à l’armée pendant vingt ans, pasteur du Grand Conseil pendant six ans (à l’époque où des députés allaient se recueillir à la cathédrale avant de siéger), il se dit à l’aise avec tous les milieux sociaux: «Etre pasteur, c’est s’occuper des gens de leur baptême à leur dernier souffle.» Il avoue aimer la prédication, avec un accent particulier sur l’Apocalypse. «C’est l’un des livres bibliques les moins connus, le mot Apocalypse fait peur, mais c’est l’apothéose du triomphe du Christ, un livre pétri d’espérance», explique-t-il, mentionnant pas moins de 14 passages de louanges et d’actions de grâce. «Je crois ce que dit la Bible sur le retour du Christ et j’ai été appelé à transmettre le message à mes contemporains. Il nous demande de faire en sorte que notre vie soit belle et digne.»

Pierre-Yves Paquier revendique une sensibilité évangélique, «dans le sens de fidélité à l’Evangile. Je prends la parole de Dieu pour ce qu’elle dit.» Au risque de ne pas plaire à tout le monde, il se déclare favorable au projet de Haute Ecole en théologie professante (HET-Pro) de Saint-Légier: «Je suis un peu triste de ce qu’on a fait de la Faculté de théologie de Lausanne. On remplit les têtes et on oublie de remplir les cœurs. Apprendre le métier de pasteur est aussi important qu’étudier la théologie.» Le joueur de la foi n’a pas l’intention de quitter le terrain après sa retraite: «Je continuerai avec plaisir à prêcher en réserviste, à disposition de l’équipe.» (24 heures)

Créé: 08.07.2016, 10h06

«Comme le combat de boxe du siècle»

La crise au sein de l’Eglise évangélique réformée vaudoise? «Je pense à un match de boxe, le combat du siècle entre Jo Frazier et Mohamed Ali, sourit Pierre-Yves Paquier. Peut-être un tout petit peu moins passionnant.» Allusion à la confrontation entre le pasteur licencié et gréviste de la faim Daniel Fatzer, d’un côté, et le président du Conseil synodal, Xavier Paillard, de l’autre. Rappelons, pour bien apprécier l’image, que le célèbre match de boxe de 1971 opposait un challenger (Ali) contre le tenant du titre (Frazier), un représentant de la contestation contre le héros de l’establishment. Jo Frazier avait gagné, au terme d’un combat de quinze rounds, très rude, qui a blessé les deux protagonistes.

Le changement de statut de l’Eglise, survenu en 2007, «peut générer des tensions, observe le pasteur de Nyon. Autrefois les ministres étaient des fonctionnaires de l’Etat de Vaud. Aujourd’hui, la conduite est plus serrée: le Conseil synodal doit gérer du personnel.» Les problèmes se réglaient différemment: «Un collègue fatigué se voyait par exemple proposer une paroisse de plus petite taille. Ce n’est plus possible avec les fusions.»

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