«Je n’ai plus la force pour une nouvelle campagne»

DémissionSous pression et ébranlée par l'affaire Paulsen, la sénatrice Géraldine Savary abandonne la vice-présidence du PS suisse et ne se représentera pas aux fédérales de 2019.

Géraldine Savary était accompagnée du chef du groupe socialiste aux Chambres, le Vaudois Roger Nordmann.

Géraldine Savary était accompagnée du chef du groupe socialiste aux Chambres, le Vaudois Roger Nordmann. Image: Florian Cella

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«J’ai perdu énormément de kilos», confie Géraldine Savary. La sénatrice socialiste est visiblement fatiguée face aux médias qu’elle a convoqués ce mardi après-midi à Lausanne pour annoncer qu’elle quitte ses fonctions politiques. Elle lit un texte préparé.

«La pression permanente dont j’ai fait l’objet m’a atteinte personnellement et dans ma santé, dit-elle. Je n’ai plus la force nécessaire pour mener de front mon mandat et une nouvelle campagne électorale.» Elle ne se représentera donc pas aux nationales de 2019. Et elle quitte la vice-présidence du PS dès le mois prochain.


A lire: Géraldine Savary, la faute et le courage


Elle qui devait présider les États en 2020 ne s’attendait pas à devoir prendre une telle décision: «J’ai toujours eu conscience qu’il y avait une vie après le parlement. Je n’imaginais pas que les choses se feraient de cette manière, mais il faut accepter ce que la vie nous donne et ce que la vie peut nous reprendre aussi.»

Mea culpa

Géraldine Savary reconnaît «des erreurs d’appréciation», faisant allusion à ses liens avec le milliardaire Frederik Paulsen. «Je suis consciente que les déplacements que j’ai faits en Sibérie, à Grenade, et la contribution de Frederik Paulsen aux campagnes Savary-Recordon interpellent dans ma famille politique et ailleurs. Cela égratigne mon image et celle de mon parti. J’en suis profondément désolée.» Aujourd’hui, elle «assume ces erreurs».

Elle tient à la transparence: «J’ai omis d’informer mon parti sur le fait que, pour la campagne 2011, notre comité a reçu un montant supplémentaire de 7000 francs pour le deuxième tour des États, avoue-t-elle. Cumulé avec le premier don de 8000 francs, cela signifie un dépassement de 2500 francs par candidat à la limite informelle fixée à l’époque par le parti.»

Le PS vaudois avait indiqué la semaine passée que le milliardaire Frederik Paulsen a financé à deux reprises les campagnes de Géraldine Savary et du Vert Luc Recordon, en 2011 et en 2015. Selon le PS, le président de l’entreprise pharmaceutique Ferring avait versé 4000 francs pour chacun des candidats la première fois et 5000 francs la deuxième fois. Cet argent a été versé sur un compte de campagne particulier des candidats.

Malgré ces versements faits par un entrepreneur fortuné au bénéfice d’un forfait fiscal, Géraldine Savary affirme une nouvelle fois avoir «toujours été intraitable sur les idées et les valeurs. Je suis toujours restée ferme sur mes positions.» Elle répète avoir rencontré Frederik Paulsen en Sibérie lors d’un voyage et avoir noué avec lui «une relation d’estime» même si c’est «quelqu’un avec qui je ne partage pas grand-chose, en tout cas pas des opinions politiques.»

Roger Nordmann, chef du groupe PS à Berne, parle d’une «grande perte» pour le parti. Géraldine Savary «n’a enfreint aucune règle pénale, comme l’a souligné le procureur vaudois. J’estime qu’elle aurait tout à fait pu se représenter aux élections. Mais bien entendu nous devons respecter sa décision.»

L’annonce de cette démission a fait réagir Frederik Paulsen, mardi. En déplacement en Asie, l’intéressé explique, par l’intermédiaire de son avocat, avoir «trouvé en Mme Savary l’exemple d’une femme de conviction, soucieuse du bien public, ferme sur ses positions et ouverte au monde. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu la soutenir, modestement et amicalement dans ses campagnes politiques», précise le milliardaire. Et de regretter «profondément que le harcèlement médiatique et politique dont Mme Savary a été l’objet l’ait conduite à prendre cette décision.»

Camarades discrets

Difficile d’obtenir des réactions d’élus socialistes mardi après-midi. Christian Levrat, président du parti suisse, renvoie aux propos lapidaires de Roger Nordmann un peu plus tôt à Lausanne. Des bruits couraient depuis quelques jours qu’une partie du PS avait lâché Géraldine Savary. À droite, certains évoquent un règlement de comptes, tel le président de l’UDC, Jacques Nicolet: «Lorsque l’argent de Paulsen est arrivé sur les comptes, des camarades savaient. On ressort ça maintenant parce qu’il y a un intérêt à le faire. Géraldine Savary est lâchée alors qu’elle a fidèlement servi son parti.»

Ancien conseiller d’État PS, Pierre Chiffelle écrit sur Facebook: «La classe et la sagesse dont tu fais preuve confirment combien tu es une belle personne. Et ça, toutes les hyènes du monde ne pourront pas te l’enlever.» Luc Recordon (Verts), ancien voisin aux États, regrette quant à lui ce départ «sur une erreur pas bien lourde, après un parcours politique brillant: elle s’est trompée sur des recherches de frais, épuisée de devoir répondre à des questions.»

(24 heures)

Créé: 06.11.2018, 15h25

Quinze ans à Berne

Parcours

Née à Bulle en 1968, licenciée en sciences politiques de l’Université de Lausanne, Géraldine Savary travaille pendant huit ans comme journaliste à «Domaine public». Elle est élue en 2003 au National, puis en 2007 aux États. Épouse d’une autre personnalité du PS vaudois, l’actuel syndic de Lausanne, Grégoire Junod, elle est vice-présidente du PS suisse depuis 2012.

Bilan

Roger Nordmann a loué Géraldine Savary, mardi, pour son travail politique à Berne. Et de citer notamment «la défense des budgets de la formation en tant que membre de la commission de la science, de l’éducation et de la culture»; son «engagement pour les médias contre l’initiative «No Billag»; son engagement pour les transports publics; ou son engagement pour l’égalité et «contre
les violences faites aux femmes».

Ambitions

«L’époque où l’on menait sa vie professionnelle avant d’aller finir sa carrière à Berne, en espérant peut-être une élection au Conseil fédéral à 60 ans, n’est plus le profil dominant», affirmait la sénatrice en 2013. Elle parlait alors de Doris Leuthard. Mais certains lui prédisaient un destin fédéral comparable.

Paulsen

Outre le financement des campagnes de 2011 et 2015, Géraldine Savary a fait des voyages en compagnie de Frederik Paulsen et du conseiller d’État Pascal Broulis (PLR). Ce qui a déclenché une enquête préalable du procureur vaudois Éric Cottier. Celui-ci a blanchi
les deux élus de tout délit pénal.

Pierre-Yves Maillard en locomotive pour 2019

Dans son malheur, le Parti socialiste vaudois n’est pas trop desservi par la conjoncture. Au moment où il perd celle qui devait être sa locomotive électorale pour les fédérales de 2019, le poids lourd socialiste Pierre-Yves Maillard s’apprête à faire son retour sur la scène politique nationale.

Le PS convoite le 19e siège sous la Coupole fédérale auquel auront droit les Vaudois dès la prochaine législature. La gauche devra également défendre le fauteuil de sénateur qu’occupe Géraldine Savary. Avec son potentiel électoral, «PYM» apparaît comme un successeur tout désigné.

«Avant de partir dans les conjectures, il y a déjà un préalable: que je sois élu à la présidence de l’USS, prévient d’emblée Pierre-Yves Maillard. Ensuite, il est hautement improbable que je brigue un siège de sénateur. Je rappelle qu’il n’y a actuellement que quatre femmes socialistes au Conseil des États et qu’elles risquent d’être toutes remplacées par des hommes. Je ne souhaite pas contribuer à cela.» Mais l’argument de la représentation féminine ne tiendra peut-être pas longtemps. Le PSV a besoin d’une nouvelle locomotive électorale pour les fédérales de 2019.

Lors des deux dernières échéances fédérales, la conseillère aux États Géraldine Savary a tiré la liste socialiste aux Chambres. La Lausannoise, très populaire, a joué un rôle non négligeable dans la conquête d’un sixième siège PS au Conseil national en 2011. Même s’il a été perdu en 2015. Pierre-Yves Maillard arrive donc à point nommé pour reprendre le flambeau.

Le conseiller d’État est le grand favori pour succéder au sénateur saint-gallois Paul Rechsteiner à la tête de l’Union syndicale suisse (USS). Sa probable élection à la présidence de la faîtière syndicale le 1er décembre prochain se conjuguera avec sa démission du gouvernement vaudois et une candidature aux élections fédérales. L’USS a fait savoir qu’elle souhaitait que son futur président siège à Berne.

Lors des élections cantonales de 2012, Pierre-Yves Maillard est sorti devant tout le monde. En 2017, il a talonné le PLR Pascal Broulis et ses 100 000 voix. Le potentiel électoral du socialiste dans un scrutin à la majoritaire n’est plus à démontrer. Et l’élection aux Conseil des États se joue selon les mêmes règles.

Si Pierre-Yves Maillard s’en tient au Conseil national, le chef du groupe socialiste aux Chambres, Roger Nordmann, pourrait représenter une alternative. Mais c’est aussi un homme. Certains évoquent la conseillère nationale Ada Marra. Rebecca Ruiz semble, elle, plutôt viser la succession de Pierre-Yves Maillard au gouvernement cantonal.

Le Parti socialiste vaudois a finalement peu d’autres solutions pour remplacer Géraldine Savary.

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