Une formation chiffonne évangéliques et musulmans

ReligionsDes cours en vue de la reconnaissance étatique posent des questions de délai, de reconnaissance des acquis ou encore de langue.

«Il ne s’agira pas de tendre à une homogénéisation des communautés, mais plutôt de titiller les membres sur certains sujets et cas concrets» précise
Pierre Gisel, coresponsable de la formation

«Il ne s’agira pas de tendre à une homogénéisation des communautés, mais plutôt de titiller les membres sur certains sujets et cas concrets» précise Pierre Gisel, coresponsable de la formation Image: FLORIAN CELLA

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En cours de reconnaissance par l’État de Vaud, les communautés évangéliques, musulmanes, anglicanes et catholiques-chrétiennes sont invitées à envoyer leurs responsables sur le chemin des études. La formation «Communautés religieuses, pluralisme et enjeux de société» donnée dès le mois d’octobre à Lausanne sera axée sur la connaissance des institutions vaudoises, la diversité des traditions religieuses notamment. Si l’initiative fait l’unanimité sur le fond auprès des communautés concernées, des craintes émergent à propos de l’organisation.

À commencer par le délai d’inscription, qui présente des difficultés du côté des évangéliques: «Nous avons été prévenus de la mise sur pied de cette formation au mois de juin. Elle est déjà prête, les dates des cours sont fixées, les enseignants choisis et le délai d’inscription au 27 août est impossible à tenir», lâche Christine Volet, coprésidente de la Fédération évangélique vaudoise (FEV).

«Les communautés doivent attester de leurs connaissances particulières en droit suisse et dans le domaine interreligieux»

Éric Golaz, délégué du Conseil d’État aux affaires religieuses

Mais le délai serré et les difficultés que cela implique ne devraient pas avoir raison de la formation. Et pour cause, celle-ci répond à une exigence légale. Selon le règlement d’application de la loi, «les communautés doivent attester de leurs connaissances particulières en droit suisse et dans le domaine interreligieux», précise Éric Golaz, délégué du Conseil d’État aux Affaires religieuses. Donc l’invitation ne se refuse pas, quels que soient les problèmes soulevés.

«Il n’y a pas de reconnaissance de nos acquis. Pourtant, bon nombre de nos pasteurs ont suivi des études de théologie, vivent dans le canton de Vaud depuis longtemps ou y sont nés. Et nos membres sont en contact avec les autorités communales et milieux politiques locaux», poursuit Christine Volet. Alors que la formation s’intègre dans le processus de reconnaissance entamé par la FEV, sa coprésidente s’interroge. «L’État a des attentes, c’est normal. Mais qu’il n’y ait qu’une seule voie et non plusieurs possibilités d’y répondre pour les communautés reste contraignant.» Pour autant, elle ne remet pas en cause le cursus.

Pas d’homogénéisation

De son côté, Pierre Gisel, coresponsable de la formation, l’assure: «Nous ne rendrons pas de comptes à l’État sur le contenu des échanges. Il ne s’agira pas de tendre à une homogénéisation des communautés, mais plutôt de titiller les membres sur certains sujets et cas concrets. Nous échangerons par exemple avec les évangéliques sur la question de l’homosexualité et de la primauté de la loi divine sur la loi civile. Au même titre, nous aborderons, avec les musulmans, la question de l’État de droit et de la pluralité religieuse. Mais il ne s’agira aucunement de leur dire ce que doit être l’islam européen.» Pour autant, un échec individuel à l’examen ne saurait remettre en cause le processus de reconnaissance, qui est collectif.

«Certains imams pourront-ils suivre, en dépit de leur motivation, une telle formation sans solution linguistique envisagée?»

Sandrine Ruiz, Union vaudoise des associations musulmanes

«Nous attendions une telle formation. Les responsables de nos communautés l’ont sollicitée, c’est donc très positif. Avec la certification, c’est une sorte de premier tampon apposé sur nos communautés en vue de la reconnaissance», déclare Sandrine Ruiz, présidente de l’Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM). Celle-ci projette d’y envoyer quatre ou cinq participants, responsables laïcs de communautés, imams et membres engagés dans le monde associatif. Mais pour l’instant pas d’inscrit. La question de l’horaire, le jeudi de 16 à 21 heures, n’est pas compatible avec une activité professionnelle.

Difficultés linguistiques

Une autre question apparaît, celle de la langue. Après l’arrêt de la formation des imams, lancée en 2017 à l’Université de Genève, faute de participants et du manque de compétences linguistiques, la question de la langue revient sur le tapis. «Il est vrai que certains imams, comme ceux envoyés par la Turquie dans une communauté turque en Suisse pour cinq ans, ont au départ un niveau de langue A2 (connaissances de base). Pourront-ils suivre, en dépit de leur motivation, une telle formation sans solution linguistique envisagée?» Le règlement d’application de la loi sur la reconnaissance est clair, il demande que les responsables des communautés attestent de leur maîtrise du français.

Dialogue interreligieux

Premiers à avoir abordé le processus de reconnaissance, les anglicans et les catholiques-chrétiens se réjouissent de la démarche. «Grâce à cette formation, nous contribuerons au mieux à la vie du canton et nous ne resterons pas à l’écart», explique Christine Bloomfield, révérende de l’Église anglicane et curé de l’Église catholique-chrétienne à Lausanne.

Au mois d’octobre, les Églises réformée et catholique du canton seront aussi en classe, les responsables de la formation souhaitant un groupe hétérogène. Une occasion de renforcer le dialogue interreligieux, trop souvent l’apanage des hauts responsables religieux.

Créé: 23.07.2019, 15h29

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