Un Français ouvre une base de jet-ski à une heure de Lausanne

Amphion (F)Malgré un conflit avec la préfecture, Pascal Guarnieri a inauguré sa base vendredi. Une aubaine pour les Vaudois?

Pascal Guarnieri est parti en guerre contre la préfecture qui tente de lui interdire la pratique du jet-ski malgré une décision de justice en sa faveur. Le Savoyard a ouvert vendredi une base à Amphion pour vendre des sorties sur le lac.

Pascal Guarnieri est parti en guerre contre la préfecture qui tente de lui interdire la pratique du jet-ski malgré une décision de justice en sa faveur. Le Savoyard a ouvert vendredi une base à Amphion pour vendre des sorties sur le lac. Image: Lucien Fortunati

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Pascal Guarnieri ne lâchera rien en dépit des obstacles. Le Français de Neuvecelle, entre Evian et Thonon, n’a que faire des procès-verbaux de la gendarmerie fluviale qui s’accumulent, des arrêtés préfectoraux et des procédures judiciaires visant à faire démonter sa base de jet-ski, près d’Amphion. Tout cela à une heure de la Suisse, où le jet-ski est fermement interdit ( lire ci-contre ), sauf exception lors de compétitions sportives.

Le Haut-Savoyard a pour lui une décision du Tribunal de Lyon qui, après cinq ans de procédure, lui a donné raison le 18 septembre dernier en autorisant la pratique des véhicules nautiques motorisés (VNM), le terme générique pour les jet-skis. Il a donc, comme annoncé, ouvert sa base hier sur le coup de 10 h aux abords de l’Hôtel des Princes, à l’enseigne de sa société Sealac Jet Club.

«La demande existe, côté suisse également. J’ai dû repousser des groupes avec ces histoires.» Si son affaire atteint son rythme de croisière, le Français imagine d’aller chercher des clients dans les hôtels suisses.

Arrêté préfectoral

Avant cela, il faudra retourner devant la justice, sans compter les pressions – «les menaces», dit Pascal Guarnieri – de certains milieux, pêcheurs et écologistes en tête. Le préfet lui a notamment opposé un arrêté en décembre n’autorisant que les jet-skis «électriques», ce qui revient de facto à ne pas pouvoir pratiquer. Qui plus est, le périmètre d’activité est limité entre Lugrin et Meillerie, trois heures par jour. «De quel droit conteste-t-il une décision de la justice?» s’indigne Pascal Guarnieri, qui a recouru contre ce règlement. La préfecture n’a pas répondu à nos sollicitations vendredi.

«Je suis au bénéfice d’une autorisation signée du préfet datée de mars pour exploiter ma base nautique et maintenant cette même préfecture veut m’interdire de pratiquer, cherchez l’erreur! Je vais déposer une plainte pour harcèlement contre le préfet et même le ministre de l’Intérieur pour que le patron soit mis au courant des agissements de son préfet. Cela fait quinze ans que je pratique le jet-ski sur le lac et que je me laisse verbaliser. Tout reste sans suite. Car je suis dans mon droit et que je n’ai pas peur de le dire.» Vers 15 h, les premiers curieux arrivent pour s’enquérir des tarifs et poser des questions. L’affaire a fait grand bruit dans la presse et la méfiance est de mise, ainsi que la crainte d’être sanctionné. «On peut y aller, pas de souci, rassure Pascal Guarnieri, le procès-verbal sera pour moi le cas échéant.»

Justement, la navette de la brigade fluviale fait son apparition. Pascal Guarnieri n’est pas surpris, l’heure a été convenue. Chambreur, il téléphone aux agents. «Tu fais peur à mes clients», plaisante-t-il. Puis, une fois l’appel bouclé: «Ça va être comme d’habitude, je vais être verbalisé. C’est devenu une routine et ça se passe dans le calme.» Et de s’en aller à leur rencontre… sur son jet-ski.

Suisses intéressés

Les amateurs vaudois sont en droit de se réjouir, interdits qu’ils sont de pratiquer de «leur» côté. Pour Philippe Tesse, de Penthaz, délégué jet-ski au sein de la Fédération suisse motonautique, la demande est là. «Je suis régulièrement sollicité par des connaissances et je les emmène à l’étranger.»

Le Vaudois a eu vent de la base de Pascal Guarnieri, sans pour autant la connaître, «mais il y a du potentiel, c’est sûr, notamment côté suisse». Le Lausannois Serge Oppliger le sait pour pratiquer sur la rive sud du lac: «Je suis propriétaire d’un jet-ski, j’ai beaucoup pratiqué en mer par le passé, mais c’est aujourd’hui plus pratique vers Amphion. La base de M. Guarnieri, que je connais, revêt un grand intérêt pour les Suisses. La potentialité est grande.»

Philippe Tesse reste toutefois d’avis que la pratique du jet-ski doit se limiter à de petits périmètres et être bien réglementée: «Comme on le fait sur des courses de championnat. En libéralisant complètement, le risque est grand d’en voir partout, avec des risques inévitables de collision avec les bateaux de la CGN.» (24 heures)

Créé: 20.06.2015, 11h25

Les tarifs

Avec ou sans permis? Les personnes ayant un permis de navigation peuvent louer un jet-ski pour une demi-heure ou une heure (90 et 150 euros). Celles sans permis sont accompagnées par un moniteur (80 euros la demi-heure, 145 l’heure, 210 les deux heures). Des initiations de vingt ou trente minutes (60 et 80 euros) et des randonnées sportives (170 euros l’heure) sont proposées.

Une question de définition

Le Léman est une affaire franco-suisse. C’est d’ailleurs
en invoquant le principe d’eurocompatibilité que la Suisse a trouvé la parade en 2008 pour faire interdire le
jet-ski, alors décrié. Dans l’ordonnance suisse sur la navigation intérieure, il se retrouve dans la catégorie des bateaux de plaisance et non des bateaux de sport. La puissance du moteur ainsi limitée à 15 chevaux rend de facto impossible l’homologation de la plupart des véhicules.
Ce subterfuge pourrait faire le beurre des détracteurs de l’activité nautique. Si l’Accord franco-suisse sur le Léman reprenait cette même définition, dit-on dans les milieux autorisés, le jet-ski pourrait être banni purement et simplement du lac.

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