«Une fusion doit être un mariage d’amour plus que de raison»

CommunesRencontre avec la spécialiste fribourgeoise des fusions Micheline Guerry-Berchier, alors que les processus sont au point mort sur Vaud.

Auteure d’une étude sur les fusions de communes fribourgeoise et pilote des projets aboutis du Gibloux et d’Estavayer, Micheline Guerry-Berchier témoigne de son expérience pour mener à bien les projets.

Auteure d’une étude sur les fusions de communes fribourgeoise et pilote des projets aboutis du Gibloux et d’Estavayer, Micheline Guerry-Berchier témoigne de son expérience pour mener à bien les projets. Image: Jean-Paul Guinnard

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Dans le canton, les processus de fusions de communes sont au point mort. Mis à part l’entrée en vigueur de la nouvelle commune de Jorat-Mézières vendredi, aucun signe de vie n’est détecté: aucun projet n’est en cours, le poste de M. Fusion cantonal n’a toujours pas été repourvu et le changement de législature empêche tout début de discussion.

Le moment est donc propice pour prendre un peu de recul, par exemple en rendant visite à nos voisins fribourgeois, qui ont une longueur d’avance dans le domaine. Rencontre avec Micheline Guerry-Berchier, secrétaire générale de l’Association des communes fribourgeoises et pilote des projets aboutis du Gibloux (cinq communes, 7000 hab.) et d’Estavayer (sept communes, 9000 hab.). Elle est également l’auteure d’une étude sur le sujet en 2009 et a élaboré une procédure à disposition des communes.

Où en est le canton de Fribourg en matière de fusion de communes?
Nous avons passé l’étape de la peur de «perdre son clocher». Les projets aboutis permettent de s’appuyer sur du concret et de déstigmatiser les débats. Deux projets en cours marquent aussi un changement d’échelle: celui du Grand-Fribourg avec ses près de 50'000 habitants et celui de Gruyères, qui réunirait 25 communes.

Les projets de fusion ont-ils également connu chez vous des temps d’arrêt?
Oui. Il y a eu une première grande vague de 2000 à 2006 avec 41 projets concrétisés réunissant 118 communes. Il y a ensuite eu un creux dans l’attente de la mise en place d’une nouvelle politique d’encouragement financier, et le mouvement a repris depuis 2012. Même si les montants ne sont pas très importants, on se rend compte que cet encouragement est indispensable pour soutenir les processus.

Existe-t-il, selon vous, des prérequis favorisant le succès d’un projet?
Oui, une certaine cohérence territoriale, relationnelle et financière. On voit par exemple que la commune de Vuissens, bien que distante de 15 km d’Estavayer et sans frontière commune avec elle, a accepté de fusionner car elle se trouve à l’extrémité d’un vallon conduisant naturellement vers cette localité.

Et, a contrario, sur quoi peuvent-ils buter?
En général, les échecs sont dus à des aspects financiers. La première chose que regardent les citoyens, c’est leur porte-monnaie. Une fusion devrait être plus un mariage d’amour que de raison. Mais il est de plus en plus difficile de faire passer le projet de société par-dessus les aspects financiers. Par ailleurs, aucun projet n’est gagné d’avance. On a vu des discussions s’enflammer sur un règlement de cimetière ou sur des styles différents de déchetterie. Dans un cas, il n’y avait même aucun point de discorde, mais un village n’a accepté le projet que pour quatre voix. Comme tout le monde pensait que c’était fait, les gens se sont sentis libres de glisser un non dans l’urne.

Quelles recettes donneriez-vous donc aux promoteurs de projets?
D’abord ne rien imposer. L’initiative doit venir des communes elles-mêmes. Ensuite appliquer une transparence totale et n’avoir aucun tabou. Il faut désamorcer les rumeurs, par exemple au sujet d’une commune qui attendrait la fusion pour refaire ses routes. Il faut aussi utiliser la démographie galopante pour montrer la nécessité d’investir dans les infrastructures, et enfin expliquer aux citoyens la fatigue des exécutifs. Les gens ont trop tendance à croire que tout va bien simplement parce que d’autres se dévouent.

Et quel rôle peut ou doit jouer un conseiller d’Etat là-dedans?
L’Etat apporte son soutien. Par son aura, une personnalité comme Pascal Corminbœuf savait rassurer et dédramatiser. C’est un élément qui participe aussi aux chances de succès d’un projet.

Avec le recul, voyez-vous une taille idéale pour dimensionner les projets?
Non. Le périmètre est souvent déterminé par la configuration territoriale et l’existence d’associations intercommunales. Les fusions autour d’un centre semblent plus faciles à faire aboutir car elles permettent à chacun de mieux garder son identité. Le contexte est différent lorsque les communes d’un projet ont toutes plus ou moins la même taille. Enfin, alors qu’elles sont parfois dénigrées, les «fusionnettes» à deux ou trois petites communes sont pour moi des projets en or. Elles permettent de tester le concept. Dans mon étude, j’avais été très surprise de constater que 70% des communes fusionnées seraient prêtes à repartir dans un nouveau projet. (24 heures)

Créé: 30.06.2016, 08h01

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