Les gains en espèces font leur entrée dans les lotos

Jeux de hasardLes organisateurs vaudois peuvent proposer des prix en cash depuis le début de la saison 2019-2020. Seule une vingtaine d’entre eux ont pour l’instant sauté le pas.

L’argent cash concurrence désormais le bon vieux panier garni.

L’argent cash concurrence désormais le bon vieux panier garni. Image: CHANTAL DERVEY

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Si vous aviez encore l’image du loto où les quines, les doubles quines et les cartons permettent de gagner un jambon, un panier garni ou un chapelet de saucisses, il faudra peut-être bientôt l’oublier. Depuis cette saison, les organisateurs vaudois ont le droit de distribuer des gains en espèces. Comme disent certains: «Le pognon remplacera le jambon.» Mais l’arrivée du cash est encore timide.

La demande de changement est venue principalement des sociétés locales et petits clubs de sport de la Broye. Ils souhaitaient pouvoir régater avec les lotos fribourgeois, déjà autorisés à récompenser les gagnants avec de l’argent sonnant et trébuchant. Les Broyards vaudois voyaient dans cette inégalité de traitement l’une des sources de leurs difficultés et de leur manque d’attractivité.

À l’heure actuelle, la police cantonale du commerce a enregistré une vingtaine de demandes pour des lotos avec des gains en espèces, sur un total d’environ 400 autorisations accordées à des organisateurs de telles manifestations pour la saison 2019-2020, commencée à la fin de l’année dernière. À Payerne, cité prise en sandwich entre plusieurs communes fribourgeoises, la quasi-totalité de la dizaine de lotos de cette saison se fait désormais avec du cash.

Succès au rendez-vous

«Les quelques lotos qui ont déjà eu lieu cette saison ont rencontré un peu plus de succès que l’an dernier», observe Philippe Savary, vice-président de l’Union des sociétés locales de Payerne. C’est positif, mais ça dépend également beaucoup de l’aura de la société locale qui organise le loto.» Comme d’autres, Philippe Savary dit avoir constaté une baisse de fréquentation ces dernières années: «Notre région est enclavée et la concurrence est importante, notamment quand nos lotos ont lieu au même moment qu’un loto fribourgeois.»

«Je peux le confirmer: on a arrêté l’érosion! Nos lotos sont redevenus attractifs»

Philippe Cornamusaz, député broyard libéral-radical

La réforme porte déjà ses fruits, juge lui aussi le député broyard libéral-radical Philippe Cornamusaz: «Je peux le confirmer: on a arrêté l’érosion! Nos lotos sont redevenus attractifs.» C’est notamment d’une demande relayée par ce dernier au Grand Conseil en 2016 qu’a découlé le changement de pratique. Il n’y a même pas eu besoin de réformer la loi. Le Canton a changé sa façon de voir les choses: les lotos avec des gains en espèces sont désormais considérés comme de petites loteries et non plus comme des lotos, même s’ils conservent cette appellation.

Partage des gains facilité

Philippe Cornamusaz a déjà participé à plusieurs lotos cette année, dont une fois où les gains n’étaient qu’en argent. Il a joué en binôme avec une connaissance. «Nous avons gagné 120francs et nous les sommes partagés», raconte «Finfin», comme il se surnomme lui-même. La possibilité de mutualiser les gains, c’est l’un des avantages de l’argent le plus souvent avancé par les organisateurs. En effet, quand des joueurs partagent la mise et gagnent, il peut être compliqué de se répartir un jambon... Le cash a une autre utilité: combler le manque de lots traditionnels en cas de grosses soirées.

«En espèces, évidemment, nous n’aimons pas trop», explique Gérald Nicolet, qui organise le loto «Pêcheurs – Petits animaux», à Chavornay. «Mais il arrive que nous soyons mal en fin de journée et qu’il nous manque de la marchandise, si les gains ont été nombreux. Alors, pour les royales, nous donnons parfois des bons d’achat.» De tels bons, à faire valoir dans des commerces locaux ou des grands magasins, sont distribués depuis longtemps déjà aux chanceux qui couvrent les numéros de leur carte avant les autres. D’une certaine manière, l’arrivée de l’argent s’inscrit donc dans la continuité d’une tendance qui avait déjà cours.

«L’attractivité du système vaudois tient dans la palette de lots que vous pouvez offrir aux joueurs»

Pascal Fellay, président du Club de tennis de table de Penthalaz

Certains s’inquiètent toutefois que cette évolution fasse disparaître l’esprit des lotos de campagne. «L’attractivité du système vaudois tient dans la palette de lots que vous pouvez offrir aux joueurs», estime Pascal Fellay, président du Club de tennis de table de Penthalaz, qui organisait son loto au début du mois. Lui propose plus de 300 gains par soir, avec une affluence avoisinant les 250 personnes.

Un autre «problème» des lotos avec de l’argent, c’est que les organisateurs perdent le contact avec les commerçants locaux, soulève Philippe Savary. «Ce n’est pas forcément un mal pour les lotos, mais peut-être quand même pour les sociétés locales organisatrices. Quand un organisateur va acheter des bons chez un commerçant local, celui-ci pourra également soutenir la même société lors d’autres événements pendant l’année. C’est un échange de bons procédés, en toute amitié.»

Il n’y a pas que la nature des lots qui change. Leur valeur également. À l’heure actuelle, les lotos vaudois doivent redistribuer au minimum 30% des mises sous forme de gains. L’année prochaine, cela montera à 50% au minimum. Cela fait partie des nouveautés introduites par la loi fédérale sur les jeux d’argent, acceptée en votation populaire en 2018 (voir encadré).

Dans la pratique, les organisateurs de lotos disent être déjà aux environs de 50%. «C’est une sorte d’entente entre les organisateurs», explique Cédric Pillard, président de l’Union des sociétés locales yverdonnoises. «Avec des gains de 30%, les gens ne viendraient plus.»


La Loterie Romande, futur organisateur

Dans le canton de Vaud, la grande majorité des lotos sont actuellement organisés par les sociétés locales et les associations elles-mêmes. Dès l’an prochain, la Loterie Romande (LoRo) pourrait faire son entrée sur ce marché. Alors qu’elle a le monopole des paris de grande envergure, elle planche en ce moment sur un projet de filiale pour se mettre aux jeux de petit calibre.

Une façon de diversifier ses revenus? Pas du tout, selon son directeur, Jean-Luc Moner-Banet: «Pour nous, c’est un devoir d’aide de proximité et d’utilité publique en faveur des sociétés locales, qui peinent à organiser leurs lotos.» La raison principale se trouve dans la loi sur les jeux d’argent, acceptée en votation fédérale en 2018. Celle-ci interdit aux sociétés locales de faire appel à des privés à but lucratif pour organiser leurs lotos. La pratique est rare dans le canton de Vaud, mais fréquente en terres fribourgeoises notamment.

L’offre, facultative, serait donc disponible pour les sociétés locales qui délèguent l’organisation de leurs lotos, ainsi que pour celles qui la prennent elles-mêmes en charge mais qui voudraient se simplifier la tâche. «Organiser un loto est compliqué pour une société locale, qui doit louer une salle, trouver le matériel, les lots, les boissons et le personnel bénévole, ajoute Jean-Luc Moner-Banet. La loi sur les jeux d’argent va compliquer la chose, avec de nouvelles règles (voir encadré). Notre monopole sur les grands jeux appelle des devoirs d’utilité publique. De la même façon que notre bénéfice est réparti pour soutenir les activités culturelles et les associations, ainsi que le sport local, nous soutiendrons les sociétés locales avec cette nouvelle offre.»

Les sociétés qui feraient appel à la LoRo obtiendraient en quelque sorte un «loto clés en main», avec une salle, du personnel professionnel, du matériel et des lots, mais uniquement en argent. Une participation, non encore définie, serait demandée, mais la filiale de la LoRo n’aurait pas le droit de dégager un bénéfice. «Notre mandat d’utilité publique et la loi l’interdisent», ajoute Jean-Luc Moner-Banet.

Créé: 19.02.2020, 07h06

Nouvelles règles

Il n’y a pas que les casinos et les grandes loteries qui sont impactés par la loi fédérale sur les jeux d’argent, acceptée en votation populaire en 2018. Les organisateurs de petits lotos vont aussi devoir s'adapter.

Gains relevés
Parmi les nouveautés, la loi prévoit que les organisateurs doivent distribuer des gains correspondant à 50% des mises, contre 30% dans le canton de Vaud actuellement.

Bénéfice à expliquer
En outre, les responsables devront fournir au Canton un rapport après chaque loto. Ils devront expliquer le déroulement de la soirée et ce qu’ils pensent faire du bénéfice.

Réputation à tenir
Parmi les conditions à remplir désormais, les organisateurs devront jouir d’une bonne réputation et garantir une gestion «irréprochable» de leur loto.

Articles en relation

La cagnotte des lotos aiglons est tombée!

Jeux Les 6160 francs mis en jeu ont été remportés dimanche par un Aiglon. Plus...

La botte secrète des lotos qui font carton plein

Société Le XXIe siècle a signé l’arrêt de mort des lotos «saucisse aux choux» qui n’ont pas su se réinventer. Certains, comme celui d’Aubonne ou d’Aigle, ont trouvé la clé du succès. Plus...

À Aigle, la fièvre augmente

Lotos L’an passé, 20 lotos ont eu lieu dans le chef-lieu du district. Plus...

Bientôt des lots en cash dans le canton?

Récompenses Dans la Broye intercantonale, il est possible de jouer presque tous les jours, mais surtout sur Fribourg, où le paiement en espèces est possible. Plus...

Pas encore de cash dans les lotos vaudois

Jeu Acquis à l’idée d’un postulat déposé par Philippe Cornamusaz, le canton veut toutefois attendre la révision, en cours, de la loi fédérale. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.