L’horaire de la crèche colle mal à la réalité des parents

CrèchesLes structures ouvrant après 19h restent très rares. Toutes soulignent le peu de demande des parents et les soucis potentiels pour les enfants, mais des projets émergent

Une surface totale de 1400 m2, deux grandes terrasses de 80 m2 chacune et une capacité maximale de 170 enfants: Garde & Ris qui ouvre ses portes en janvier sera l'une des plus grande structure d'accueil préscolaire en Suisse.
Vidéo: Fabien Grenon

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«Le soir, nous devons courir pour récupérer nos loulous car la garderie ferme trop tôt.» Cette phrase revient dans la bouche de nombreux parents ayant des horaires de travail irréguliers ou tardifs. Résultat: ils jonglent entre la crèche, une baby-sitter, une maman de jour, les grands-parents ou des amis. Notre sondage auprès de 700 internautes de 24heures.ch la semaine dernière montre que 40% militent pour une ouverture après 19h.

Il n’existe pas de statistique des horaires d’ouverture des crèches. Dans le milieu, on s’accorde à dire que la plupart ferment à 18 h ou 18 h 30, et que 19 h reste une exception. Mais des projets émergent. Le dernier en date, c’est la crèche privée Garde & Ris qui ouvrira en janvier à Paudex. Elle vise une ouverture jusqu’à 20 h, voire 22 h, et le samedi. À terme, elle proposera 171 places d’accueil (lire ci-dessous). Comme elle est hors réseau, les enfants bénéficiaires pourront venir de n’importe où.

Sa fondatrice et directrice, Anne Simond, croit à son projet. «Dix-huit heures trente est un horaire impossible pour ceux qui travaillent dans un hôpital, qui sont conducteurs de bus ou dont le bureau est à Genève et qui doivent faire le trajet, avec parfois des bouchons, commente-elle. Un horaire élargi permet d’avoir des professionnels pour s’occuper des enfants. C’est plus sécurisant pour les parents.»

Or, il y a un «mais», comme le dit d’emblée Anne Simond. De nombreuses questions restent ainsi en suspens avant la mise en place définitive de ces horaires élargis: l’enfant doit-il voir ses parents avant de passer sa soirée à la crèche? Que faire s’il s’endort? Comment éviter que les parents ne réveillent leur enfant ou les autres? Pour affiner les réponses, Anne Simond est en contact quasi permanent avec l’Office cantonal de l’accueil de jour des enfants (OAJE).

Où est le bien-être de l’enfant?

Tous les professionnels de l’enfance que nous avons contactés reconnaissent l’importance d’une telle offre car elle répond à un besoin. Mais tous se posent les mêmes questions qu’Anne Simond. Dès lors, l’association professionnelle AvenirSocial Vaud présente un «a priori défavorable» aux horaires élargis. «L’enfant a moins d’énergie pour gérer la négociation avec ses pairs au-delà de 19 h, après une journée intense d’excitations, de frustrations et de stimulations», commente Isabelle Houmard, membre du comité d’AvenirSocial et directrice de la garderie Trottiz à Étoy. «En fin de journée, un enfant a besoin de se retrouver. C’est comme pour nous, les adultes.»

Paradoxe: si le besoin existe, la demande est limitée. Selon, la Commune de Lausanne, moins de 1% des 1300 dossiers en attente d’une place en garderie mentionne des difficultés d’horaires. Et l’expérience prouve que la demande est relative, comme dans les garderies Little Green House à Gland, Morges, Versoix et Zurich, qui ferment à 18 h 30, mais peuvent pousser jusqu’à 21h.

«Moins de 5% des enfants restent jusqu’à 20 h», explique Barbara Lax, fondatrice et directrice de Little Green House. «À nos débuts, notre idée était de proposer une garde de nuit, avec des ouvertures flexibles, mais très peu de parents étaient intéressés. Ce qu’ils apprécient par contre, c’est la flexibilité de pouvoir ajouter une demi-heure ou une heure en cas de besoin.»

«Pas dans les mœurs»

Pourquoi la demande est-elle faible en général? Nathalie Caracas a son idée, elle qui préside l’association KinderLeader, dont dépend la Crèche du Centenaire à Lausanne. «C’est une décision difficile à prendre pour un parent et cette solution n’est pas rentrée dans les mœurs. Mais il est important qu’une crèche propose de tels horaires.» Ainsi le Centenaire, qui accueille des enfants du quartier, ouvre jusqu’à 20h30 pour les bambins du personnel de la Clinique de La Source. Mais seules deux familles utilisent cette option.

La retenue n’est pas propre aux Vaudois. À Genève, la crèche Lina Stern, vers l’Hôpital universitaire, ouvre jusqu’à 20 h. «Nous avions prévu de l’ouvrir jusqu’à 22 heures, mais il n’y a pas de demande connue dans ce sens», note la Verte Esther Adler, membre du Conseil administratif de la Ville de Genève.

Des millions pour des projets

Il y a quand même de quoi rassurer les parents. Les projets d’horaires élargis devraient se multiplier sous l’impulsion des pouvoirs publics. La Confédération va débloquer 100 millions de francs pour, d’une part, faire diminuer la facture de certains parents et, d’autre part, financer des projets pilotes d’horaires atypiques. Et le Conseil d’État vaudois en a fait une priorité dans son programme de législature. Quant à la Fondation vaudoise pour l’accueil de jour des enfants (FAJE), elle a créé un fonds de 2,9 millions pour financer aussi des projets pionniers.

Ouvrir les garderies plus tard n’affecte pas que les enfants, mais aussi les éducatrices, assistantes et auxiliaires. Il s’agit de respecter le droit du travail, notamment les dispositions sur le travail de soirée ou de nuit. «Nous rendons attentives les structures sur ce point», souligne Martine Ray-Suillot, juriste de l’OAJE. «Des exemples à Zurich et à Bâle montrent que certaines institutions ont dû revenir en arrière pour ces raisons.» D’autres solutions à l’étude

D’autres pistes existent ou sont à l’étude. Il y a par exemple le baby-sitting effectué par des employés de la garderie. Ces professionnels raccompagneraient l’enfant et resteraient avec lui un moment. AvenirSocial y réfléchit. Certaines employées de Little Green House le font déjà. «Nous mettons en contact les parents avec nos employées, explique Barbara Lax, mais ces contrats ne passent pas par nous.» (24 heures)

Créé: 20.11.2017, 07h05

La plus grande garderie vaudoise à Paudex

Cent septante et une places pour des enfants de 3 mois à 4 ans. Ce serait un record dans le canton et c’est ce que vise Anne Simond, fondatrice et directrice de la crèche Garde & Ris, qui ouvrira en janvier à Paudex. Elle est entièrement privée et ne bénéficie d’aucune subvention publique, mais espère un soutien financier communal.
Tarif de base: 120 francs par jour. «Dans une crèche publique ou privée subventionnée, cela revient au tarif pour un couple au revenu cumulé de 11 000 francs», explique Anne Simond. L’équipe pédagogique devrait compter à terme une soixantaine d’équivalents temps plein. Les locaux abriteront aussi un cabinet de pédiatre.
La garderie fermera à 19h, voire 20h, et espère une autorisation jusqu’à 22h et le samedi. Elle vise un bassin de clients de toute la région et aussi des pendulaires qui passeraient à Paudex. Les activités proposées? Piscine, bébés nageurs, zoo, pâtisserie, cuisine, poney, escalade, prof d’anglais, etc.
Formée à l’École hôtelière de Lausanne, Anne Simond a travaillé dans la restauration et le monde des boîtes de nuit. Secondée par une directrice pédagogique, elle a investi 1,75 million de francs et prévoit un budget de fonctionnement de 1,5 million en 2018.

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