Gendarme accusé d'avoir cogné un prévenu en cellule

VaudLe caporal est poursuivi pour abus d'autorité. Il reconnaît avoir frappé un détenu, pourtant maîtrisé, mais en légitime défense.

Image: Vanessa Cardoso

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Je lui ai d’abord donné un coup dans les parties génitales, comme on nous l’enseigne, avec le dos de la main. Cela n’a eu aucun effet. C’est quand je me relevais que je l’ai vu venir contre moi. Et c’est là que je lui ai donné un coup de poing.» Lundi, devant le Tribunal de police de Lausanne, Sergio* se demande encore ce qu’il fait là, sur le banc des accusés. Pour le représentant du Ministère public, cela ne fait aucun doute: le caporal, membre de la gendarmerie mobile au moment des faits, s’est clairement rendu coupable d’abus d’autorité dans une cellule de la Blécherette. Pour la peine, il demande au moins dix jours-amende assortis d’un sursis de 2 ans.

Les faits remontent à avril 2017. En patrouille sur l’autoroute A1 au petit matin, le caporal et un collègue procèdent à l’interpellation musclée d’un conducteur sous le coup d’un retrait de permis. L’homme tente de prendre la fuite, est rattrapé plusieurs kilomètres plus loin et se montre oppositionnel. Il insulte les gendarmes qui ont toutes les peines du monde à le menotter. Direction la Blécherette où la tension ne va que s’amplifier.

Le conducteur, amateur de judo, se montre de plus en plus menaçant, tant et si bien que les gendarmes se retrouvent à cinq dans le petit local de fouille pour le contraindre à enlever son pantalon. Il gonfle ses muscles et prévient les gendarmes qu’il va tous «les coucher». C’est là, dans le feu de l’action et la confusion totale, que Sergio reconnaît avoir donné un coup de poing à la face du conducteur irascible, alors qu’il était déjà maîtrisé par ses collègues au niveau des bras. Le Ministère public retient deux coups dans son acte d’accusation, comme deux gendarmes présents dans la cellule. Un autre ne se souvient que d’un seul coup. Le quatrième gendarme assure n’avoir rien vu. Reste que le plus haut gradé de tous, un adjudant, s’emporte alors et lance au caporal cogneur: «Ce n’est pas professionnel, dégage!» À noter que le conducteur, interrogé une année et demie après les faits, dit quant à lui n’avoir reçu aucun coup et se souvient du caporal comme de quelqu’un de «sympathique».

Il se sentait menacé

Pour la défense, Sergio a agi en état de légitime défense, se croyant menacé. Le coup de poing n’était pas un geste de violence. «Dans ce local de fouille, il était impossible pour quiconque d’avoir une vue précise de qui faisait quoi. On parle d’un coup porté pour certains au cuir chevelu, pour d’autres au menton ou au front. Quand les mémoires ont des lacunes, elles remplissent les vides, en l’occurrence à l’aide des séances de débriefing qui ont suivi», a plaidé Me Leuba. «J’avais déjà reçu un coup de boule, il y a plusieurs années, lors d’une intervention à Moudon», a assuré le caporal. «Et alors? ce sont les risques du métier non?», lui a rétorqué le président du tribunal.

Le caporal a été dénoncé par le commandant de la police cantonale. Il n’a pas fait l’objet d’une suspension administrative, mais sa promotion au grade de sergent a été retenue, en raison de la procédure pénale en cours.

*Nom connu de la rédaction

Créé: 09.12.2019, 16h47

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 16 janvier 2020
(Image: Bénédicte) Plus...