Quel genre de protestant vaudois êtes-vous?

FoiLes réformés sont une grande famille. Ses membres n’ont pas les mêmes idées, ils partagent des moments d’affection et des scènes de ménages. Au Jeu des familles, choisissez votre carte.

Image: Illustrations: Lionel Portier

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Une famille. C’est à cela que ressemble l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) cinq siècles après la Réforme, 480 ans après la dispute théologique à la cathédrale de Lausanne qui avait extirpé le Canton de Vaud des griffes de la papauté romaine. La famille réformée est tantôt unie, tantôt divisée, elle ressemble parfois à une tribu recomposée avec son lot de prises de bec.

Protestant, d’accord, mais quel genre de protestant? Les réformés vaudois professent des idées et des sensibilités parfois très différentes les unes des autres. Avec l’aide de théologiens, nous avons retenu six courants importants pour correspondre aux six cartes du Jeu des familles. L’exercice a forcément ses limites: il faudrait aussi parler des chrétiens qui doutent, de ceux qui s’inspirent d’autres spiritualités, des œcuménistes…

Les six courants retenus ont influencé la vie de l’Eglise ces dernières décennies. L’Eglise vaudoise elle-même «ne se revendique d’aucun mouvement en particulier et appelle à la cohabitation des tendances, souligne Xavier Paillard, président du Conseil synodal. Et donc à une grande humilité et au renoncement à toute prétention à vouloir imposer sa vérité. Nous avons récemment créé un mandat particulier pour stimuler la réflexion sur le pluralisme qui compose l’EERV.»

Il note aussi que «la majorité des réformés n’appartient pas à un mouvement particulier, ils sont chrétiens à la façon vaudoise, au centre.» Certains peuvent également se sentir proches de plusieurs courants. Et vous, quel genre de protestant vaudois êtes-vous?


Libriste

Vous ne mêlez pas Dieu et l’Etat Si vous êtes libriste, il y a fort à parier que vous affichez un âge respectable, car vous vous réclamez d’un courant que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Fondée en 1847, l’Église libre a officiellement disparu en 1966, lorsqu’elle a fusionné avec l’Eglise nationale pour aboutir à l’Eglise vaudoise actuelle.

«L’Eglise libre ne voulait pas être sous l’emprise de l’Etat, une bonne partie de ses membres provenait de la bourgeoisie commerciale et intellectuelle du canton, rappelait récemment Jean-Pierre Bastian, professeur de sociologie des religions. Cette bourgeoisie était liée au parti alors appelé conservateur, qu’on ne tarda pas à appeler le Parti libéral. Et ces familles, tout comme les pasteurs qui se sont séparés de l’Eglise nationale, défendaient la séparation entre l’Eglise et l’Etat, ce que les radicaux refusaient.» L’ancienne Faculté de l’Eglise libre, surnommée «la Môme», au chemin des Cèdres, a été transformée cet été pour accueillir le siège de l’EERV.

Se dire libriste aujourd’hui, c’est plaider pour la plus grande séparation possible de l’Eglise et de l’Etat tout en affichant un fort engagement social.


Liturge

Vous aimez allumer des cierges Vous aimez les psaumes chantés à l’ancienne et la célébration de la cène tous les dimanches? L’odeur des cierges allumés vous chatouille agréablement les narines et une liturgie haute en couleur vous ravit les oreilles? Diable, seriez-vous un(e) papiste à la solde du Vatican? Pas forcément, vous êtes simplement un(e) liturge. C’est-à-dire que vous vous sentez proche du mouvement Eglise et Liturgie, initié par le pasteur et historien Richard Paquier au début du XXe siècle et officiellement dissous. Ce courant de renouveau liturgique entendait s’inspirer de l’Eglise indivise (celle d’avant les grandes scissions de la chrétienté). Saint-Jean de Cour, à Lausanne, construite en 1915 sur le modèle des basiliques romaines, est un témoin architectural de cet élan. «Nous gardons un office dont la liturgie a traversé les siècles et qui peut être célébré aussi bien par des catholiques que par des évangéliques», indique un pratiquant. «Le courant liturgique est en régression, il a cependant influencé des formes de liturgie encore en vigueur à Crêt-Bérard, à Romainmôtier ou à Taizé», indique Simon Butticaz, pasteur et professeur à l’Université de Lausanne.


Social

La solidarité est votre priorité Vous estimez qu’il est impossible d’être chrétien sans vous engager dans la lutte pour les défavorisés? Vous vous situez dans le courant du christianisme social. «La foi nous conduit à suivre l’Evangile plutôt que des chemins vers l’exclusion, elle consiste dès lors à aider les gens à se remettre debout», explique Jean-Pierre Thévenaz, pasteur et spécialiste de l’éthique au travail. Le mouvement social, très ancien dans l’Eglise vaudoise, conduira à la création du Centre social protestant en 1961 et à des actions comme l’association Chrétiens au travail. On peut rattacher à ce mouvement les ministres et les croyants engagés pour la paix, la justice et la «sauvegarde de la création». Sur le terrain politique, il existe aussi un courant socialiste, appelé les Chrétiens de gauche romands. Créé en 1910, ce mouvement était marqué à ses débuts par le pacifisme et l’antimilitarisme. «L’Eglise vaudoise n’a pas de couleur politique officielle, note Simon Butticaz, mais une majorité de pasteurs se situe plutôt à gauche, ce qui était moins le cas il y a un demi-siècle quand les ministres étaient des notables.»


Libéral

Vous vous sentez moderne Vous êtes libéral(e) si vous pensez que les expressions de la foi doivent évoluer. Rien à voir avec la politique: on parle ici de libéralisme théologique. «Le protestant libéral accorde plus d’importance à la raison qu’à la tradition, explique Simon Butticaz, pasteur et professeur à l’Université de Lausanne. Le protestant libéral analyse la Bible de manière critique plutôt que de prendre les textes au pied de la lettre.» Cette approche est courante dans les facultés de théologie: une majorité de diacres et de pasteurs vaudois seraient aujourd’hui des libéraux. Une tendance que les évangéliques voudraient tempérer avec leur projet de Haute École de théologie professante (HET-PRO) à Saint-Légier.

Début 2016, un groupe de réformés libéraux a créé le mouvement Pertinence, «pour un christianisme libre, critique et démocratique». Leur but est de «mener une réflexion large et ouverte sur l’évolution de l’Eglise sans céder aux tentations identitaires», explique l’un de ses fondateurs, le théologien Pierre Gisel.


Evangélique

La Bible est votre unique best-seller Vous accordez une grande importance à la conversion individuelle. Vous vous référez à la Bible, rien qu’à la Bible. Vous vous exprimez avec émotion dans la prière et vous aimez les cultes avec de la musique entraînante… Pas de doute, vous êtes un(e) évangélique. Ce courant se manifeste à travers une multitude d’églises libres, mais il est également présent dans l’Eglise réformée vaudoise. Les évangéliques eux-mêmes estiment qu’ils représentent un tiers des protestants vaudois, les autres parlent «d’un faible pourcentage». Conservateur sur les questions de société, parfois fondamentaliste, l’évangélique s’oppose à la bénédiction des couples de même sexe, car «théologiquement incomplets et biologiquement stériles», rappelle le Manifeste bleu publié par le Rassemblement pour un renouveau réformé (R3). «La mouvance évangélique gagne en visibilité au sein de l’Eglise réformée, ce qui peut créer certaines tensions», constate Jörg Stolz, directeur de l’Observatoire des religions. Entendez que les membres libéraux de la famille réformée apprécient diversement les évangéliques.


Inclusif

Vous voulez intégrer les minorités Vous pensez que l’Eglise doit être ouverte à tout le monde, y compris aux minorités qui seraient rejetées ou critiquées ailleurs? Vous pouvez vous classer dans le mouvement inclusif. La communauté LGBT (lesbien, gay, bi et transgenre) bénéficie d’une reconnaissance grandissante au sein des églises protestantes à l’échelle mondiale. Elle a même sa propre église à New York, la Metropolitan Community Church, où certains officiants portent des vêtements arc-en-ciel. En 2012, le Synode de l’Eglise vaudoise a fait un bond de géant vers l’ouverture en acceptant un rite pour les couples de même sexe au bénéfice d’un partenariat enregistré. «Le courant inclusif est un prolongement de la vision libérale, observe le pasteur Nicolas Charrière, qui était l’un des partisans de ce rite lors des débats aux Synode. Inclusif, cela veut dire que l’on cherche à inclure tout le monde, non seulement les minorités sexuelles, mais toutes les personnes qui font partie d’une frange victime de préjugés raciaux ou sociaux.» L’idée est de les inclure au sein de l’Eglise et dans les paroisses, sans pour autant créer de ghettos. (24 heures)

Créé: 15.11.2016, 06h31

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