Google Maps ne facilite pas l’évasion des prisonniers
PrisonsAprès la double évasion à Bochuz, Béatrice Métraux envisage de demander au géant américain de masquer les prisons suisses.
Deux détenus dangereux, un Suisse de 52 ans et un Bosniaque de 34 ans, membre du gang des Pink Panthers, sont parvenus, le 25 juillet dernier, à s’échapper des Etablissements pénitentiaires de la plaine de l’Orbe (EPO). Après avoir écrasé les barbelés à l’aide d’une fourgonnette de chantier et tiré des coups de semonce à l’arme automatique, deux complices ont installé une échelle de part et d’autre de la clôture, permettant aux détenus de s’enfuir. Le quatuor, qui a bouté le feu au véhicule bélier, a pris le large dans une voiture grise, et court toujours.
Au lendemain de cette évasion spectaculaire, la première à Bochuz depuis 1995, Béatrice Métraux, cheffe du Département de l’intérieur, a déclaré que le moment est venu de «dire non à la vétusté de nos prisons, à la surpopulation carcérale et au manque de personnel».
Vague d’incrédulité
Néanmoins, la première mesure évoquée n’entre pas vraiment dans ces trois catégories. Quatre jours après les faits, 20 minutes et la RTS ont en effet révélé que la conseillère d’Etat entend proposer, lors de la prochaine réunion de la Conférence des directeurs de départements de justice et police, qui aura lieu à l’automne, que l’on demande à Google de flouter les prisons suisses sur son site.
Une raison à cela: les photographies aériennes livrées par le géant américain pourraient avoir aidé les deux détenus et leurs complices à préparer l’évasion. L’information, confirmée par les services du Département vaudois de l’intérieur, a déclenché une vague d’incrédulité. N’importe quel citoyen qui s’est promené dans les environs des EPO a pu en observer, à l’œil nu, les détails sécuritaires, la hauteur de la clôture, l’épaisseur des barbelés, la situation des bâtiments et celle des terrains de sport. Comment imaginer que des professionnels aussi aguerris, qui ne négligent aucun détail lors de la préparation d’une opération, puissent se fier à des images satellites qui, souvent, ne sont pas de première fraîcheur?
Béatrice Métraux elle-même nous a répondu, le 31 juillet, qu’elle ne peut «pas affirmer, en l’état des connaissances actuelles du dossier, que les malfrats aient pu utiliser cette banque de données ou tout autre du même type». Un avis partagé par la cheffe du Service pénitentiaire vaudois (SPEN), Sylvie Bula, que la piste Google Maps laisse plus que sceptique.
Armement secret
Après l’évasion, les autorités ont par ailleurs précisé que les deux gardiens qui surveillaient les détenus et le Protectas armé qui patrouillait aux abords de l’enceinte avec son chien s’étaient opportunément mis à l’abri quand les malfrats ont ouvert le feu. Or, de source autorisée, 24 heures a appris que les armes des Protectas employés par le Service pénitentiaire ne sont pas chargées à balles réelles. L’homme n’avait donc guère le choix. Tant le SPEN, par la bouche de Sylvie Bula, que le directeur général de Protectas, Yves Berchten, ont toutefois fermement refusé de s’exprimer sur cette information: rien ne peut être révélé sur l’armement des Protectas.
En revanche, Sylvie Bula affirme elle aussi que le moment est venu de se retrousser les manches pour renforcer la sécurité des prisons. «Mais il s’agit de le faire, dit-elle, en gardant à l’esprit que le feu appelle le feu, et que toute augmentation du niveau de pression augmente les moyens utilisés pour la déjouer.»
Question d’époque
Le procureur général, Eric Cottier, utilise pour sa part moins de cautèles: «Les dispositifs ne sont plus du tout adaptés à notre époque et à la «clientèle» des prisons, dit-il. Des miradors, des murs, des projecteurs, bref, une sécurité digne de ce nom: voilà ce qui manque.»
Créé: 03.08.2013, 11h19
«Les dispositifs ne sont plus du tout adaptés à notre époque et à la clientèle des prisons»
Eric Cottier, procureur général
Articles en relation
Publier un nouveau commentaire
Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction
Caractères restants:
J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.


Veuilliez attendre s'il vous plaît 

