Grâce au Jazz, le cœur de Montreux bat entre le Casino et l’antre des concerts

UrbanismeLa manifestation a marqué la ville jusque dans le développement de son axe principal. Analyse.

Montreux s’est développée sur un axe essentiel: celui reliant le Centre de Congrès au Casino, soit l’actuel emplacement du festival et son lieu historique initial. C’est surtout là que bat le cœur de la ville (cafés, boutiques, promenades).

Montreux s’est développée sur un axe essentiel: celui reliant le Centre de Congrès au Casino, soit l’actuel emplacement du festival et son lieu historique initial. C’est surtout là que bat le cœur de la ville (cafés, boutiques, promenades). Image: Chantal Dervey

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La 50e édition du Montreux Jazz Festival (MJF) se clôt après-demain. En un demi-siècle, ses retombées économiques et touristiques ont souvent été soulignées. Outre ces bénéfices financiers et d’image, la manifestation a laissé son empreinte jusque dans le visage de la ville. Non pas seulement par la toile (à laquelle la population a participé), qui sera dorénavant installée à demeure sur l’une des faces du Centre de Congrès (2m2c). Pas uniquement non plus par les grandes lettres Jazz (6 mètres sur 4), en LED de couleur, qui trôneront de manière permanente au pied de l’antre du festival. Ni par les différentes traces de ces dernières années – l’arrivée d’un Jazz Café à l’année, le changement de nom d’une portion de la Grand-Rue, devenue avenue Claude-Nobs, et l’installation de bustes de jazzmen dans les jardins du Palace.

Pour rappel, le festival a placé Montreux sur la carte du monde. «Dès 1969, grâce à l’album Swiss Movement, enregistré à Montreux lors du concert d’Eddie Harris et de Les McCann, premier disque de jazz à avoir dépassé le million d’exemplaires vendus», précise Stéphanie-Aloysia Moretti, directrice artistique de la Montreux Jazz Artists Foundation. Vers l’extérieur, l’image de Montreux est donc passée de «station vieillissante à ville vivante, mélomane et festive», comme le déclarait en 2009 Pierre Salvi, alors syndic de Montreux.

«Le festival a structuré l’espace et transformé la géométrie des flux, les pratiques de déambulation des individus pendant le reste de l’année»

Mais, outre le reflet de la ville vers l’extérieur, le Jazz a changé jusqu’à la géométrie de Montreux. Elle s’est développée sur un axe essentiel: celui reliant le Centre de Congrès au Casino, soit l’emplacement actuel du festival et son lieu historique initial. C’est surtout là que bat le cœur de la ville (cafés, boutiques, promenades). Professeur à l’UNIL, se préoccupant notamment de l’influence de l’art sur les villes, Antonio Da Cunha détaille: «Toute l’axialité de cette portion de la Grand-Rue s’en est trouvée renforcée. L’impact du festival est évident, à plusieurs échelles. Même limité à deux semaines, de par son inscription dans le temps, il a requalifé l’espace public. Non seulement par l’ensemble de marqueurs liés au jazz – bustes, évocations ponctuelles sur les quais – mais aussi, par exemple, par la mise en scène du parc Vernex, attenant. Il a structuré l’espace et transformé la géométrie des flux, les pratiques de déambulation des individus pendant le reste de l’année.»

Territet s’est «effacé»

«On faisait ça entre copains. On ne se rendait pas compte de ce que ça allait devenir et que ça allait déplacer le contexte général physique de la ville côté ouest», constate Roger Bornand, ami de feu Claude Nobs et concepteur de la 2e affiche du festival. En effet, Montreux aurait pu se développer vers l’est: du côté où battait fort son cœur au début du tourisme, la gare de l’Orient-Express se trouvant à Territet (l’un des villages constituant Montreux). Ex-archiviste communale, Evelyne Lüthi-Graf nuance: «Le festival est venu renforcer et appuyer un développement qui était déjà rendu possible par le tram: historiquement, cette portion était à cette époque-là ce qu’on nomme le mall, sorte de Champs-Elysées, l’allée de peupliers qui mène au château.» Un autre élément a aussi contribué, à côté du MJF, à ce reprofilage de la ville: «Le déplacement du pôle d’attractivité vient aussi du fait que les hôtels de Territet ont presque tous fermé pour devenir des appartements par étages», souligne Michel Ferla, directeur de l’Office du tourisme de Montreux (de 1980 à 1993) et qui a codirigé le Festival de jazz.

«Sans le Jazz, Montreux ne serait pas ce qu’elle est. Comme Saint-Tropez sans Bardot. Les gens ne se rendent pas compte à quel point il faut rendre hommage à Claude Nobs, ce grand visionnaire qui a toujours dû se battre», conclut Evelyne Lüthi-Graf. (24 heures)

Créé: 13.07.2016, 17h10

Chiffres

55 000 Les nuitées générées par le festival.

50 millions C’est l’estimation de la somme investie dans l’économie régionale à chaque édition du festival. Ce montant avait été chiffré à 12 millions en 1997 puis 30 millions en 2003, dans des études successives pilotées par Francis Scherly, professeur à HEC Lausanne.

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