La Grève du Climat brigue une place au Château

Succession de Jacqueline de QuattroEn rupture avec le cadre institutionnel, le mouvement tirera au sort le nom de la personne candidate au moment du dépôt des listes.

Plaidant l'action collective à tous les niveaux, le mouvement de la Grève du Climat Vaud fera campagne à plusieurs avant de désigner son ou sa candidate par tirage au sort, juste avant le dépôt des listes, le 23 décembre.

Plaidant l'action collective à tous les niveaux, le mouvement de la Grève du Climat Vaud fera campagne à plusieurs avant de désigner son ou sa candidate par tirage au sort, juste avant le dépôt des listes, le 23 décembre. Image: FLORIAN CELLA

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Assis en tailleur sur le gravier glacé de l’esplanade du Château à Lausanne, dix grévistes du climat ont annoncé jeudi leur intention de concourir à l’élection complémentaire pour le Conseil d’État. Le siège que la PLR Jacqueline de Quattro laisse vacant pour s’en aller au Conseil national n’a pas encore été officiellement revendiqué, avant le congrès d’investiture du PLR du 5 décembre. Mais la députée syndique Christelle Luisier s’est déjà annoncée comme candidate à la candidature. D’aucuns espéraient une élection tacite. Il n’en sera rien.

La Grève du climat Vaud, mouvement né dans le sillage des manifestations des jeunes, s’aligne donc pour la course au Château. Cassant les schémas institutionnels ordinaires, il tirera au sort son candidat ou sa candidate avant le délai du dépôt des listes, le 23 décembre, parmi les personnes intéressées: «Cela peut être n’importe qui», dit une militante. Pour rappel, la loi vaudoise exige que le candidat soit Suisse, majeur, domicilié dans le canton et sans curatelle. Lors du point de presse de jeudi matin, les militants ne se sont pas désignés nommément. Chaque parole articulée émane du collectif. Le traditionnel discours rapporté des médias en provenance de personnes identifiables n’a plus cours ici.

Face aux questions des journalistes, la parole n’est pas personnelle. Un petit temps de latence précède chaque énonciation. Les protagonistes se regardent avant que l’un ou l’une d’entre eux propose une réponse anticipée et débattue par le groupe en amont. Au milieu de la partie questions et réponses, une jeune femme rappelle son groupe à l’ordre, lui faisant remarquer que les prises de parole hommes-femmes ne sont pas paritaires à ce stade.

Selon la Grève du climat Vaud, l’action et l’intelligence collectives doivent pallier l’indigence des programmes politiques usuels, portés par des «carriéristes». Reçus par le Conseil d’État après les manifestations, les militants ont été déçus du plan climat cantonal.

Diffuser leurs idées

«Nous avons pu remarquer l’écart entre les objectifs de la Grève du climat et le manque de moyens économiques, humains et intellectuels de l’État pour résoudre la crise climatique», indique une gréviste. Le mouvement déplore «la lenteur des processus administratifs», des obstacles qui finissent par «miner» leurs espoirs. Le plan climat vaudois n’est en définitive, estime-t-il, qu’un plan de communication.

Ce que veulent les grévistes, c’est «changer le système», «reconstruire le vivre-ensemble». «Notre action ne concerne pas que la crise climatique, poursuit un militant. Nous la lions à d’autres problèmes économiques, sociaux, politiques.» Il y a pourtant «urgence»: «On est en train d’approcher des points critiques.» Il refuse ainsi les adaptations progressives ou le credo d’une sortie de crise par le biais de l’innovation technologique.

Pourquoi prétendre à un siège gouvernemental dans un système considéré comme dépassé? Les jeunes ne nient pas lancer une candidature de combat pour diffuser leurs idées, sans but absolu d’obtenir une élection.

Investir dans le débat public

Sont-ils conscients qu’une telle candidature aura pour effet concret de coûter 500'000 francs à l’État, alors que la succession aurait pu être tacite? Un militant objecte que le siège de Jacqueline de Quattro n’appartient pas au PLR et que la Grève du climat Vaud est le premier mouvement à s’annoncer. Techniquement, c’est le PLR qui va provoquer une complémentaire… Enfin, trop peu d’argent est mis dans le débat public: «S’il y a un domaine dans lequel il faut investir massivement ces prochaines années, c’est bien le débat public, pour faire participer les gens un maximum.»

Créé: 14.11.2019, 19h47

Gauche de la gauche

Il y a encore des décisions à prendre

Les formations de la gauche de la gauche seront-elles à nouveau présentes dans une élection complémentaire au Conseil d’État? La succession de la PLR de Quattro les intéresse-t-elle autant que celle du socialiste Maillard? Soutiendront-elles plutôt la candidature climato-gréviste? Le POP doit répondre lors d’un congrès samedi. «Nous avons sollicité les partis de la gauche pour une réunion la dernière semaine de novembre afin de discuter d’une éventuelle stratégie de gauche», précise Anaïs Timofte, vice-présidente du POP et candidate au Conseil d’État en mars dernier. Chez SolidaritéS, la secrétaire, Noémie Rentsch, indique que la candidature climato-gréviste est «considérée avec intérêt». Sa formation, soutien de la Grève du climat, statue le 20 novembre et Ensemble à Gauche le lendemain.

Enfin, le comité du Parti pirate (allié aux Vert’libéraux pour les fédérales) proposera à son assemblée de lancer une candidature. Cela serait une première vaudoise.

Jérôme Cachin

Les Verts

Un tiers des voix pour une candidature

Les Verts, déjà représentés par Béatrice Métraux au gouvernement, ont décidé mercredi soir de ne pas lancer de candidature à la succession de Jacqueline de Quattro. La base a suivi la direction par deux voix contre une. La séance du comité élargi, à huis clos, a duré plus de deux heures. Une trentaine des quelque 80 membres présents a pris la parole. Mercredi matin, le député et syndic d’Épalinges Maurice Mischler se mettait à disposition de son parti. «C’était comme si j’étais devant la face nord d’une montagne et que mes compagnons de cordée ont voulu redescendre parce qu’ils trouvaient l’ascension trop difficile», réagit-il au lendemain de la réunion. Le débat était toutefois «dépersonnalisé», assure-t-il. «Ce sont plutôt des nouveaux membres qui ne comprennent pas. Ils estiment que cette décision est contradictoire avec l’urgence climatique, précise Maurice Mischler. Sauf que le temps climatique n’est pas le temps politique.» Les Verts soutiendront une éventuelle candidature «favorable à l’environnement».

Jérôme Cachin

Articles en relation

«Il faut une femme de droite au Conseil d’État»

Politique Christelle Luisier brigue l’investiture PLR pour succéder à Jacqueline de Quattro. La syndique de Payerne met en avant son expérience, sa région et la carte féminine. Plus...

Le sort choisira le candidat de la Grève du climat, les Verts ont renoncé

Conseil d'État Le candidat de la Grève du climat sera tiré au sort, tandis que les Verts ont décidé à deux contre un de ne pas briguer le siège. Plus...

La Grève du Climat bascule dans la désobéissance civile

Activisme Déçu par le politique, le mouvement hausse le ton et annonce un changement de cap. Il suit la voie d'Extinction Rebellion. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.