Après la grève, quelle suite à la lutte des éducatrices?

SocialLes professionnels de l’enfance veulent des négociations avec les Communes après leur journée d'action de mardi.

Reportage durant la journée de grève et de manifestation des éducateurs. VIDEO: FABIEN GRENON

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Avec 8'000 personnes dans la rue, des actions dans presque toutes les structures d’accueil de jour du canton et une grève dans un grand nombre de structures lausannoises, la journée de mobilisation des éducatrices et éducateurs de l’enfance a été un succès mardi.

Volonté d'une «négociation»

Emmenés par le Syndicat des services publics (SSP) et l’association AvenirSocial, les professionnels de l’accueil de jour de l’enfance ne comptent pas en rester là. Ce qu’ils veulent désormais, c’est une «négociation» avec l’Établissement intercommunal pour l’accueil parascolaire (EIAP). C’est cet organisme, composé de 10 élus communaux, qui a rédigé les futures normes au cœur de la colère des éducatrices: groupes d’enfants plus grands et professionnelles moins nombreuses.

Si l’EIAP est d’accord pour une rencontre, hors de question de parler de «négociation». Le retrait de ses normes n’est pas à l’ordre du jour. Argument: le futur «cadre de référence» (c’est le nom officiel de ces normes) est issu de l’observation des pratiques actuelles. Au lendemain de la mobilisation, les deux camps font le point.


Professionnels

«Vu nos soutiens, nous voulons négocier»


Christine Guinard Dumas Secrétaire générale, Avenir Social Vaud

Quelle sera la suite de cette mobilisation exceptionnelle?
Nous demandons très clairement des négociations aux Communes et la suspension de l’entrée en vigueur des nouvelles normes. C’est une évidence au vu de nos soutiens: parents, enseignants, pédiatres, associations, lieux de formation, etc. Tous disent que l’accueil de jour est important pour les enfants et pour le canton. C’est clairement un champ professionnel qui risque de disparaître avec ces nouvelles normes.

Votre combat est donc avant tout corporatiste.
Notre combat va au-delà du corporatisme. Nous nous battons pour l’apport de l’accueil de jour aux enfants et à la société. Prenez le soutien des pédiatres. Ils soulignent l’importance de l’accueil de jour et estiment que diminuer le nombre de professionnels aura des conséquences délétères sur la santé des enfants.

En quoi les conditions de travail du personnel éducatif sont-elles liées à la sécurité et la santé des enfants?
Si vous diminuez de manière drastique les gens formés, alors les enfants seront pris en charge par des personnes non formées, sans outils pour gérer les situations complexes. Si une seule professionnelle est présente et qu’elle doit soutenir un enfant en particulier, le reste doit être confié à une personne non formée, qui pourra offrir une prise en charge basique. C’est aussi pour cela que les enseignants nous soutiennent.

Les nouvelles normes doivent permettre des économies à la collectivité. Pourquoi refusez-vous aussi les normes sur le matériel ou les locaux?
Nous sommes prêts à discuter certains points, en bonne intelligence avec les Communes. Mais deux éléments ne sont pas négociables: le nombre d’enfants par adulte et la formation exigée.

En quoi une formation est-elle nécessaire pour s’occuper d’enfants?
Les enfants qui vivent en groupe ont d’autres besoins qu’une fratrie. Les professionnels ont été formés au développement et aux besoins de l’enfant, à la gestion d’un groupe, à l’appui de l’autonomisation des enfants, à la perception de certains soucis que d’autres n’auraient pas vus. Tous ces outils s’acquièrent avec une formation, de niveau tertiaire ou de secondaire II.


Communes

«Dans toute politique, il doit y avoir un équilibre»


Christelle Luisier Brodard Établissement intercommunal pour l’accueil parascolaire

Quelle réponse apporterez-vous à cette mobilisation?
Il est vrai que la mobilisation a été forte. J’observe que notre cadre de référence entrera en vigueur le 1er janvier. Nous avons entendu tous les milieux concernés et avons revu notre premier projet en fonction de certaines remarques qu’il avait provoquées. Le processus démocratique, voulu par la loi, a été suivi. Désormais nous proposons que les critères d’évaluation de ces normes soient définis avec les milieux intéressés. Les professionnels ont demandé à nous rencontrer, il est très bien que nous puissions le faire. Mais nous ne sommes pas dans la négociation.

Comment expliquez-vous cette forte mobilisation?
Par plusieurs éléments. L’EIAP est un nouvel organisme, d’où une certaine méfiance, alors que tout le monde était habitué que le Canton soit le répondant du dossier de l’accueil parascolaire. Le deuxième élément est une pierre dans notre jardin: notre communication n’était pas optimale. Troisième élément: le personnel éducatif, en contact constant avec les parents, a expliqué que la qualité de l’accueil et la sécurité des enfants vont diminuer. C’est un message très porteur. Je ne juge pas les éducatrices, qui sont certainement de bonne foi, et je comprends leur message quant à la reconnaissance de leur profession. Mais nous avons regardé ce qui se fait dans les autres cantons pour écrire les futures normes et nous voyons que ça fonctionne.

Si le parascolaire coûte trop cher aux Communes, pourquoi ne pas l’avoir confié en totalité au Canton?
Cela aurait été irréaliste politiquement. L’État et les Communes ont négocié durant des années, sans arriver à un accord sur le financement. Le modèle actuel résulte des équilibres politiques.

Pourquoi voulez-vous revoir les normes du parascolaire?
Nous visons trois objectifs: augmenter le nombre de places d’accueil, assurer la qualité de l’accueil et veiller aux réalités budgétaires. Comme dans toute politique publique, il doit y avoir un équilibre. Nous ne devons pas nous interdire de faire un tour d’horizon des pratiques qui fonctionnent ailleurs ou sur le terrain. Je comprends que cela puisse être désécurisant. Mais ce sera de la responsabilité des réseaux d’accueil d’adapter ce cadre minimal à leurs besoins.

Créé: 14.11.2018, 21h40

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