Grosse indemnité exigée après une action antidjihadiste

JusticeUn des trois hommes arrêtés en juin 2017, à Lausanne et à Aubonne, réclame plusieurs dizaines de milliers de francs.

La justice fédérale annonce le prochain classement de son enquête sur un des trois hommes arrêtés à Lausanne et à Aubonne en juin 2017. Il réclame un montant de plusieurs dizaines de milliers de francs.

La justice fédérale annonce le prochain classement de son enquête sur un des trois hommes arrêtés à Lausanne et à Aubonne en juin 2017. Il réclame un montant de plusieurs dizaines de milliers de francs. Image: Image d'illustration/Keystone

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L’affaire avait marqué les esprits en raison d’une arrestation sur le parking bondé de l’Outlet d’Aubonne, le samedi 24 juin 2017. Une rumeur de présence d’explosifs dans une voiture, liée à un prétendu projet d’attentat djihadiste, s’était ensuite répandue, à tort. Six mois plus tard, le Ministère public de la Confédération, compétent en matière de terrorisme, commence à rendre des décisions judiciaires à propos des trois hommes interpellés à Lausanne et à Aubonne. Il vient d’annoncer un prochain classement et un abandon des soupçons de participation à la planification d’un acte terroriste concernant un Franco-Algérien de 29 ans arrêté le 24 juin 2017 alors qu’il circulait à vélo dans l’Ouest lausannois. Il avait passé 6 jours en détention avant d’être libéré.

Dans la foulée de la communication de la justice fédérale, l’avocate de l’homme arrêté pour rien, Me Aline Bonard, a déposé une requête d’indemnisation pour un montant de «plusieurs dizaines de milliers de francs». Elle ne se montre pas plus précise: «Cette requête se situe au-delà de ce que la jurisprudence admet en termes d’indemnisation dans ce genre de situation. Mais ce montant est largement en deçà de ce que mon client aurait pu demander. Il estime son dommage à plusieurs centaines de milliers de francs», affirme-t-elle. La demande est adressée à la Confédération, puisqu’il s’agit d’un dossier lié à des suspicions de terrorisme. «L’affaire avait été gérée au niveau vaudois uniquement dans les toutes premières étapes, dans le cadre d’une garde de week-end», rappelle Me Aline Bonard.

Conséquences durables

Selon l’avocate, les conséquences de la détention et de son impact public s’inscrivent dans la durée. «Mon client avait repris son travail. Il l’a ensuite perdu. Ce n’est pas sans lien avec cette affaire. Le patron a fini par avoir peur. Il faut aussi parler de la façon dont il a été traité. Il a été libéré à Berne, sans un sou, sans carte de crédit et sans téléphone. J’ai dû lui avancer de quoi subvenir à ses besoins immédiats», souligne Me Bonard, qui évoque en outre un coude blessé et du matériel informatique saisi puis rendu en mauvais état.

Ce montant est largement en deçà de ce que mon client aurait pu demander. Il estime son dommage à plusieurs centaines de milliers de francs

Me Aline Bonard, Avocate d’un Franco-Algérien arrêté sur son vélo le 24 juin 2017

Un autre homme concerné par l’opération antiterroriste, un Tchétchène âgé de 31 ans au moment des faits, s’est rendu mardi à une audition du Ministère public de la Confédération (MPC). Ce père de famille s’était fait coffrer par le DARD, l’unité d’intervention de la police cantonale vaudoise, sur le parking de l’Outlet d’Aubonne. Il avait aussi été relâché après 6 jours. D’après son avocat, Me Sébastien Thüler, «les enquêteurs veulent savoir pourquoi les appareils électroniques de mon client contiennent des traces de vidéos à caractère violent. Mon client explique cet intérêt par sa volonté de comprendre certains conflits dans le monde à des fins de débat et de prévention. Ces éléments remontent à 2014-2015. Je suis donc serein sur la suite de la procédure.»

Selon les deux avocats, leurs clients, qui ne se connaissaient pas, avaient comme seul tort d’avoir eu des communications téléphoniques ou par SMS avec le troisième homme de l’histoire. Toujours en détention, c’est lui qui a tout déclenché. La police avait interpellé le 23 juin ce Suisse né en Serbie, âgé de 33 ans, ancien chrétien orthodoxe converti à l’islam, dans une auberge de jeunesse du sud de Lausanne. Dans cet endroit où les services sociaux placent des personnes en difficulté, les enquêteurs avaient découvert du matériel servant à la fabrication de cocktails Molotov, un Coran, un manuel de guérilla urbaine ainsi que des vieux billets d’avion pour l’Égypte et la Turquie. «Mon client l’avait rencontré en fréquentant des mosquées. Il voulait seulement soutenir quelqu’un qui n’allait pas bien», relève Me Bonard. Le détenu reste mystérieux sur ses motivations, ce qui met les enquêteurs en difficulté. En l’absence d’autre explication, la thèse du trouble mental reste d’actualité. L’expertise psychiatrique annoncée n’a pas encore été mise en œuvre.

Le MPC, lui, est aussi mystérieux que le détenu. Interrogé autant sur l’état de l’enquête que sur la demande d’indemnisation, il répond que «la procédure pénale est toujours en cours», sans autre précision.

Créé: 07.02.2018, 17h13

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