Le groupe BOAS critiqué pour son management

AccusationsDes employés du Centre thermal d’Yverdon s’insurgent contre leur patron, évoquant mobbing et conditions de travail délétères. Le groupe se vante de ses bons résultats.

Image: Odile Meylan - A

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L’ancienne directrice d’Aquatis, Angélique Vallée-Sygut, claquait récemment la porte de l’aquarium-vivarium de Lausanne en fustigeant les méthodes de management du Groupe BOAS, propriétaire du site ( «24 heures» du 28 mars dernier). Ce départ tumultueux a libéré la parole au Centre thermal d’Yverdon, propriété du même groupe hôtelier (de même que le Grand Hôtel attenant).

Aujourd’hui, ce sont douze employés du temple du bien-être qui disent ne plus en pouvoir. À les entendre, pressions, mobbing, licenciements sans raisons valables, cahiers des charges impossibles à tenir, et révision des contrats en leur défaveur ont rythmé le quotidien du centre des mois durant. C’est dire si les propos de l’ancienne directrice d’Aquatis ont ravivé de mauvais souvenirs pour les uns et rappelé une réalité pénible à d’autres.

Plus de septante départs

Fin 2015, la Commune d’Yverdon-les-Bains vendait les thermes et l’hôtel à Credit Suisse, qui loue depuis le tout au Groupe BOAS. À la faveur d’un droit distinct et permanent de 80 ans, la Commune reste toutefois propriétaire du terrain, mais n’a plus son mot à dire dans l’opérationnel. Un changement de propriétaire que beaucoup semblent regretter.

Entre actuels et anciens employés du centre thermal, collaborateurs de longue date, cadres, membres des services technique, médical ou encore administratif, une douzaine de personnes témoignent. Et beaucoup affirment: en un an, quelque 70 personnes ont été licenciées, fait un burn-out, ou ont démissionné. «Au centre thermal, il y a désormais trois catégories d’employés: ceux qui ont été licenciés, ceux qui sont partis de leur plein gré car ils n’en pouvaient plus et ceux qui rêvent de ne plus y travailler mais qui n’osent pas franchir le pas», soupire François. «Si j’étais plus jeune, je n’hésiterais pas et partirais immédiatement», confirme Claude.

Encore en poste à Yverdon, ces deux employés, qui font le poing dans la poche, égrènent la longue liste de personnes qui auraient été «virées du jour au lendemain sans raison». Ils citent notamment Xavier. Ce dernier, ancien cadre, se souvient: «Nous avons été convoqués pour recevoir nos nouveaux contrats. Mais en arrivant, on m’a expliqué que je n’étais pas motivé ni impliqué dans mon travail. J’ai été remercié avec effet immédiat. J’ai demandé des exemples, des cas concrets que l’on avait à me reprocher, on ne m’en a pas donné un seul. Et aucun motif de licenciement ne m’a clairement été signifié», assure Xavier.

Plusieurs autres témoignages vont dans le même sens. Victime d’un burn-out avant de démissionner il y a plusieurs mois, Romain fait état d’un climat de travail particulièrement délétère. «Toute mon équipe a été renvoyée lorsque j’étais en vacances. À mon retour, on m’a mis dans un placard, mon autorité était systématiquement cassée. Des séances étaient organisées dans mon dos, on me reprochait ensuite de ne pas y avoir assisté. Mon cahier des charges se rallongeait un peu plus chaque semaine. J’ai fini par craquer.»

Autre personne, même son de cloche: Solange dit, elle aussi, avoir été victime de pressions incessantes du jour au lendemain. «J’ai travaillé au centre durant plus de quinze ans. Je n’ai pas eu le moindre problème avec l’ancienne direction, qui n’a jamais eu à se plaindre de moi. Dès l’arrivée du Groupe BOAS, mon travail était critiqué tous les jours, avec des attaques souvent mesquines. Je terminais souvent mes journées de travail en pleurs. Lorsque j’ai été renvoyée, pour restructuration, ça m’a presque soulagée.»

Objectif rentabilité

À en croire ces employés, la raison de ces conditions de travail nocives s’explique par une volonté du Groupe BOAS de maximiser les profits. Il faut dire que le centre thermal n’était pas loin de la faillite lors de son rachat. Une transaction à 32 millions et un investissement lourd pour BOAS, qui se réjouit d’avoir désormais redressé la barre (lire ci-dessous).

Mais le renflouement semble avoir un coût, et pas seulement financier. Sous couvert de «restructuration», de nombreux employés licenciés auraient ainsi été remplacés dans la foulée par des stagiaires ou par des personnes «qui coûtent moins cher». Ceux qui sont toujours en poste l’assurent, c’est par exemple ce qui est arrivé à Solange, remplacée depuis son licenciement par des stagiaires. La manœuvre permettrait de compenser les nombreux licenciements intervenus l’an dernier.

Un coupeur de têtes pour faire le ménage

Une personne exclusivement dévolue à cette «mission de nettoyage» a d’ailleurs passé plusieurs mois sur place. «Depuis l’embauche d’un coupeur de têtes qui a fait le ménage en commençant par remercier l’entier de l’ancienne direction, l’ambiance est malsaine. On s’épie, on se soupçonne les uns les autres, en se demandant qui nous cassera du sucre sur le dos pour tenter de sauver sa tête», renchérit Nathalie.

Profitant de la suppression des sociétés anonymes de l’époque pré-BOAS, tous les contrats ont été revus à la baisse, assurent plusieurs employés mécontents. «Nous sommes passés sous le régime de contrats hôteliers alors que nous travaillons dans le secteur médical. Outre le fait que nous avons désormais une semaine de vacances en moins, nous cotisons également moins, avec d’évidentes conséquences sur nos retraites», s’insurge Raphaël.

À notre connaissance, aucun de ces employés n’a saisi la justice. Mais pourquoi? Ils avancent plusieurs raisons: peur des représailles pour ceux qui sont toujours en poste, envie de tourner la page «et de penser à autre chose» pour ceux qui ont retrouvé du travail. Mais aussi la crainte de se lancer dans une procédure longue, incertaine et coûteuse pour les autres. (24 heures)

Créé: 25.04.2018, 06h39

«Si c’est si grave, pourquoi ne pas saisir la justice?»

PDG du groupe hôtelier BOAS, Bernard Russi n’a pas souhaité commenter les accusations émanant du Centre thermal d’Yverdon. Mission a été donc confiée au porte-parole du groupe, Alexandre Prior, qui rejette les allégations de mauvaise gestion. «Après avoir été gérés durant vingt-cinq ans par la Commune d’Yverdon, le centre thermal et l’hôtel étaient fortement déficitaires et étaient également la cible de plaintes de la part de nombreux clients. Il fallait donc impérativement pérenniser la structure. Avec notamment l’exemple des Bains de Saillon, le Groupe BOAS a une solide expérience en la matière, lance d’emblée Alexandre Prior, chiffres à l’appui. Entre 2016 et 2017, le déficit global a fortement baissé de l’ordre de 76% tandis que la fréquentation de l’hôtel a augmenté de 1650 nuitées
(+4-5%).» Interrogé sur les critiques et les accusations de plusieurs employés du centre thermal, le porte-parole assure que ces problèmes ne sont pas connus de la direction.

«À Yverdon-les-Bains, il n’y a eu qu’une seule conciliation entre le groupe et un employé. Et elle s’est terminée par un accord à l’amiable. Si la situation était aussi grave que ce que semblent assurer certaines personnes, pourquoi ne pas saisir les prud’hommes?» s’interroge Alexandre Prior.
Concédant tout au plus que le mode de fonctionnement du site a effectivement changé et s’est professionnalisé avec l’arrivée du Groupe BOAS, le porte-parole souligne l’effet de la reprise: «En passant d’une gestion communale à privée, il était évident que certaines habitudes devaient changer.»

D’un EMS à un empire hôtelier

L’histoire du Groupe BOAS a tout de la success story. Elle commence en 1989, lorsque Bernard Russi – gendarme de 1978 à 1986 – et son épouse, Anne, aujourd’hui décédée, achètent Joli Automne, une modeste maison de retraite à Écublens. Un objet qui constitue la première pierre de l’empire immobilier du Groupe BOAS, officiellement créé en 1995.

Le groupe se développe, acquiert d’autres EMS, devient
BOAS-YAKHIN Holding SA en 2005. Le groupe commence à se diversifier, essentiellement dans l’hôtellerie. Avec quelques «gros coups», comme le rachat des Bains de Saillon (VS) en 2008 et l’inauguration de l’Hôtel Nendaz 4 Vallées & Spa à Haute-Nendaz (VS), en 2013. Toujours en 2013 a lieu la pose de la première pierre de l’ambitieux complexe Aquatis.

Deux ans plus tard, BOAS vend les quinze EMS qu’il possède au groupe suisse alémanique Swiss Prime Site. La transaction permet à Bernard Russi et à BOAS de financer leurs projets hôteliers plus rapidement en se passant
au maximum des banques.

Aujourd’hui, BOAS compte douze établissements en Suisse,
dont sept en terre vaudoise. Parmi ceux-ci: Aquatis, L’Hostellerie Le Petit Manoir, le Grand Hôtel
des Rasses ou encore L’Ermitage.

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