Une guerre de voisinage dégénère et finit devant les juges

JusticeUn médecin et son voisin, propriétaires de villas mitoyennes sur un terrain commun, en sont venus aux mains. Le premier proteste contre sa condamnation.

Le Tribunal de police de Lausanne juge une affaire de voisinage peu banale.

Le Tribunal de police de Lausanne juge une affaire de voisinage peu banale. Image: Jean-Paul Maeder

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La scène se déroule dans une petite commune vaudoise cossue, au lendemain de Noël 2014. Elle met aux prises deux voisins, un médecin sexagénaire avec son grand fils, et un entrepreneur. Ils sont chacun propriétaire d’une des deux villas mitoyennes construites sur un terrain acheté en commun sans se connaître.

Une histoire de feuilles mortes

Les deux se déchirent depuis quinze ans sur leur droit d’usage respectif de l’espace devant leur maison. Les villas sont disposées de telle manière qu’il est impossible au premier de se rendre chez lui sans passer devant celle du second.

Ce soir-là, vers 22 h, le docteur, sa femme et son fils reviennent du restaurant. Le voisin est sorti de chez lui. L’engueulade démarre, semble-t-il pour une histoire de feuilles mortes de l’un poussées chez l’autre. Le voisin racontera qu’il a été maintenu par le père, frappé à la tempe gauche à plusieurs reprises par le fils. Qu’il est tombé à terre, a reçu encore des coups de poing sur le crâne. Il a déposé une plainte et produit un rapport médical attestant d’ecchymoses au visage et de douleurs à la nuque.

Sur la foi de cette accusation, une procureure a condamné l’homme de l’art et son fils pour coups et blessures, avec en prime une sanction pour violation du domaine privé au moyen d’images vidéo. Les deux ont fait opposition.

Le médecin et son garçon comparaissaient mardi à leur demande en audience publique devant le Tribunal de police de Lausanne, au côté de leur avocat, pour donner leur version de l’échauffourée. Problème: après les avoir entendus, la Cour a constaté que le voisin n’a pas été convoqué. La séance a été suspendue.

Échange de coups

Le docteur et son fils ont eu quand même le temps d’expliquer que c’est le contraire qui se serait passé. Le voisin se serait rué sur eux après les avoir insultés. «Moi je ne l’ai jamais touché, affirme le père. Il m’a empoigné avec les deux mains et m’a asséné un coup de poing qui m’a fait tomber.» C’est face à cette situation que son fils admet avoir donné une claque, ce qui explique les blessures constatées.

Quant à la vidéo, elle aurait, selon eux servi après un vol non élucidé à se prémunir contre les cambrioleurs.

«Et vous n’avez pas porté plainte après cette bagarre?» s’étonne le président. «Non, répond le médecin. Le soir même la police nous avait dit qu’il n’allait pas le faire, que c’était en ordre. Et aussi pour tenter de calmer le jeu.»

Le sexagénaire raconte qu’il avait fait de même et par gain de paix, lorsque ce voisin, dans d’autres circonstances, aidé de sa femme et de sa fille, aurait tenté d’étrangler son épouse.

À les entendre, cet homme leur pourrit la vie, par exemple en bloquant le passage ou en déplaçant les plots de délimitation qu’ils ont posés.

Au juge qui s’étonne qu’une médiation n’ait pas été tentée, l’accusé répond que cela avait été essayé, en sollicitant le syndic. Lorsqu’on lui demande s’il a songé à déménager, il admet y avoir pensé: «Mais on se plaît beaucoup ici. Nous participons à la vie sociale, ma femme siège au Conseil communal.»

Pourquoi ne pas avoir constitué une PPE afin de définir la propriété de chacun et les servitudes? «On ne nous a jamais dit qu’il fallait le faire», soupire le médecin. Le procès reprendra prochainement. On espère en présence du voisin.

Créé: 20.02.2019, 19h13

Articles en relation

Dénoncé pour un jouet «tueur de zombies»

Justice Un Vaudois a importé le «Not a Flamethrower» d’Elon Musk. Il ignorait qu’il aurait dû demander un permis individuel. Plus...

Guerre totale entre quatre avocats et un procureur

Justice Accusé de violation du secret de fonction, le magistrat Gabriel Moret reproche aux plaignants de vouloir «se faire un proc’». Plus...

Une juge s'endort: le procès du meurtre de Semhar est reporté!

Justice L'une des sept juges s'est assoupie à plusieurs reprises. La défense a stoppé net sa plaidoirie et demandé sa récusation. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.