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Les guettes ont appelé Lausanne à une nuit mauve

Du haut de la cathédrale, quatre femmes ont lancé la mobilisation du 14 juin. Un cri inédit, relayé une bonne partie de la nuit avant la grande journée de vendredi.

A minuit, du haut de la cathédrale, quatre femmes (dont la chanteuse Billie Bird, ici) ont appelé la ville à la grève.
A minuit, du haut de la cathédrale, quatre femmes (dont la chanteuse Billie Bird, ici) ont appelé la ville à la grève.
Keystone

Il faut «garder le dos bien droit, mettre les mains en porte-voix et s'adresser à Lausanne». Un rapide conseil, glissé par Renato Häusler, guet de la cathédrale de Lausanne, à celles qui s'apprêtent à prendre sa place. Pour la première fois depuis 614 ans, la voix d'une femme va donner l'heure à la ville, nous indique la Ville de Lausanne qui chapeaute l'action (en fait, Hélène Kung et Ada Marra l'ont fait en 2011 dans le cadre de la nuit des églises, ndlr). A 23 heures, ce jeudi 13 juin en guise d'échauffement, puis à minuit, 1 heure et 2 heures, avec en prime un appel à la grève des femmes, à la grève féministe.

C'est ainsi qu'à minuit, Nadia Lamamra, représentante du collectif vaudois pour la grève, Nicole Christe, cheffe du Service de l’architecture de la Ville de Lausanne, Joëlle Moret, déléguée à l’égalité, et la chanteuse Billie Bird crient de concert «C'est la grève, c'est la grève!» Et après un bref silence, les acclamations montent de l'esplanade, où plusieurs centaines de personnes affluent depuis 22 heures. «Il y a enfin un peu de reconnaissance, même dans les professions très atypiques les bastions masculins finissent par tomber», apprécient les guettes en chœur. La grève nationale du 14 juin est lancée à Lausanne, la cathédrale peut s’enflammer et briller en mauve dans la nuit.

«C'était un moment fou, j'en ai eu des frissons. Il y avait un grand silence, on entendait juste les tambours, il y avait quelque chose de mystique et, tout à coup, tout le monde a hurlé. J'ai failli pleurer», raconte Anne-Marie.

Au pied de la cathédrale, en continu, il y a les banderoles et les pancartes, les danses et les accolades, les chants et les slogans comme autant de cris du cœur. Entres autres: «Fortes, fières et pas prêtes de se taire» ou «Patriarcat t'es foutu, les femmes sont dans la rue». «Ça me rend euphorique cet engouement, j'espère que ce sera le début d'un vrai mouvement. Il faut que les gens comprennent ce que l'on vit, commente Charlotte. Je pense aussi à celles qui ont de grandes difficultés, les travailleuses pauvres, les mères isolées ou celles qui ne peuvent pas être là parce qu'elles sont empêchées par quelque chose ou quelqu'un.»

Puis comme la cathédrale, la place de la Riponne s'embrase. Autour d'un feu de camp, la foule donne de la voix tandis que quelques objets volent au milieu des flammes. Du carton, un tee-shirt ou un soutien-gorge, avalés par les flammes sous les applaudissements. «Symboliquement c'est déjà très fort ce que l'on voit ce soir, observe Yesmine. J'ai vécu près de la cathédrale et tous les jours j'ai entendu un homme crier. Alors aujourd'hui c'est beaucoup d'émotions, quelque chose se concrétise.»

Beaucoup d'émotions et pas mal d'actions, au moment de se disperser dans la ville aux alentours de 1h30. Un peu partout, l'eau des fontaines devient violette, comme la cheminée de Pierre-de-Plan. Les stickers militants fleurissent sur les murs et 56 rues sont même rebaptisées. C'est l'oeuvre du collectif ruElles, parti arpenter la ville toute la nuit avec de la colle et de faux panneaux en papier. «Une soixantaine de rues lausannoises portent le nom de personnes illustres ayant marqué l'histoire suisse. Trois d'entre elles seulement sont des femmes, expliquent les membres. Ce soir, les femmes sortent de l'ombre de l'histoire et vont dans les rues.» Elles feront de même ce vendredi 14 juin, dès 8 heures et pour toute la journée.

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