«Le gymnase en quatre ans, c'est déjà la norme en Suisse»

VaudÀ terme, le cursus gymnasial vaudois s’allongera d’un an. D’ici là, le Canton doit gérer l’afflux toujours plus grand d’étudiants. Interview de Lionel Éperon.

Lionel Éperon a été nommé, il y a dix-huit mois, directeur général de l’enseignement post-obligatoire.

Lionel Éperon a été nommé, il y a dix-huit mois, directeur général de l’enseignement post-obligatoire. Image: Olivier Vogelsang

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Grille horaire surchargée, gymnases bondés: l’affaire de ce prof de français licencié avec effet immédiat cet été au Gymnase Auguste-Piccard intervient dans un contexte qui n’est déjà pas tout simple sur le terrain. Le dernier rapport de la Commission de gestion du Grand Conseil, paru au printemps dernier, évoquait même un taux d’échec au gymnase de 30%, le qualifiant de «préoccupant». Directeur de l’Enseignement postobligatoire (DGEP) au Département de la formation, Lionel Éperon fait le point.

Le taux d’échec au gymnase est-il à ce point préoccupant?
Il y a un raccourci dans l’interprétation de ces chiffres, que je prends sur moi. Il n’y a pas 30% d’échec au gymnase: 30%, c’est la part des étudiants en école de maturité qui n’enchaînent pas une deuxième année après leur première. Soit parce qu’ils arrêtent, soit parce qu’ils redoublent, soit parce qu’ils changent de voie. En école de culture générale, cette proportion atteint même 40%. Mais il faut souligner qu’au bout de cinq ans de cursus plus de 90% des jeunes sortent du gymnase avec un titre.

Y a-t-il trop d’élèves qui s’orientent vers la voie gymnasiale?
Disons que l’attractivité des formations gymnasiales ne se dément pas. La tendance se marque: en dix ans, on a +20% d’élèves, soit 2000 de plus (ndlr: 12 200 au total), ce qui est proportionnellement bien supérieur à la croissance démographique des 15-19 ans. Cela dit, nous n’avons pas encore de recul statistique sur ces évolutions, car ce n’est que depuis trois ans que la DGEP «monitore» de manière fine les flux d’élèves à l’intérieur du système de formation. Jusque-là, nous n’avions comme données que les effectifs de chaque filière.

Alors quels constats tirez-vous de ces premières photographies statistiques?
Au sortir de l’école obligatoire, les jeunes tâtonnent beaucoup: 47% des écoliers poursuivent leur formation au gymnase alors que plus de 60% des diplômes délivrés dans le canton sont des titres de formation professionnelle: CFC, AFP, diplômes ES, maturité professionnelle. Mais seuls 21,5% des écoliers commencent directement un apprentissage, alors qu’une part plus grande, 22,5%, opte pour ce que l’on appelle des solutions intermédiaires: école de transition, raccordements, préapprentissage ou semestre de motivation. L’âge moyen d’entrée en apprentissage est passé de 16 à 18,5 ans en l’espace de trente ans. Cela questionne l’attractivité des formations professionnelles, dont le renforcement figure au programme de la législature. L’objectif, c’est que le système soit le plus efficient possible, pour éviter un allongement inutile des études.

Faut-il prendre acte de cette évolution et instaurer, comme à Genève, le principe de la formation obligatoire jusqu’à 18 ans?
La mesure genevoise part d’un constat identique: les jeunes, au sortir de l’école obligatoire à 16 ans, n’ont pas forcément la maturité nécessaire pour se projeter dans une formation professionnelle. Mais le Canton de Vaud préfère une solution plus souple, qui n’empêche pas un élève de sortir spontanément de sa scolarité avant sa majorité. Notre modèle repose sur des solutions diversifiées: nous cherchons à rendre plus affûtées nos solutions de transition comme les passerelles, les raccordements, préapprentissages ou perfectionnements.

Le taux d’échec en première année de gymnase ne s’explique-t-il pas aussi en partie par la densité d’élèves dans les établissements? On dit qu’ils sont devenus des «boîtes à bac» impersonnelles...
L’accroissement de la taille des gymnases témoigne d’un canton dynamique. Il est plus facile de gérer une croissance démographique qu’une décroissance, d’ouvrir des gymnases que de devoir en fermer. Mais l’augmentation de 20% des gymnasiens en dix ans a forcément remis en question notre planification, sachant que, pour construire un gymnase, il faut au moins sept ans, de l’identification du besoin à l’inauguration. Où il y a un sentiment d’établissement devenant trop grand, comme à Burier qui va accueillir 2100 élèves temporairement, la question de se demander s’il va se déshumaniser est légitime. Elle est posée, et nous avons convenu avec le personnel concerné de mesures d’accompagnement – notamment des postes d’encadrement supplémentaires – pour faire face à cette période transitoire. Ce qui est sûr, c’est qu’il faut répondre à la demande, car il n’est pas à l’ordre du jour du département de durcir les conditions d’admission à la voie gymnasiale.

Alors combien d’élèves devrait compter idéalement un gymnase?
L’idéal type serait d’arriver à des gymnases entre 1100 et 1500 élèves. Là où ce plafond est dépassé, le but est de pouvoir revenir à cette moyenne. Pour cela, il faut créer de nouveaux gymnases. Nous avons trois projets: un à Échallens, un à Aigle et un à La Côte, pour désengorger globalement les gymnases vaudois. Plusieurs scénarios sont à l’étude, y compris des locations. Cette solution aurait pour avantage de pouvoir ouvrir les classes plus rapidement.

Les syndicats demandent depuis longtemps l’ouverture de guichets sociaux dans les gymnases, pour aider les jeunes, qui sont de plus en plus nombreux à avoir des situations de vie compliquées.
Le Concept 360° est justement là pour tenir compte d’une hétérogénéité toujours plus grande de la population vaudoise. Son déploiement à venir dans l’école obligatoire devrait être la première brique de cette politique, qui concerne aussi le secondaire II. Dans les gymnases, il y a déjà des médiateurs et des infirmiers, et nous envisageons en effet l’ouverture de guichets sociaux. Une personne dans l’établissement servirait de lien vers l’extérieur, pour orienter l’élève vers des prestations dont il pourrait avoir besoin: psychologue, logopédiste, assistant social, etc. L’idée est de rendre plus faciles d’accès les mesures qui existent – ou qui n’existent peut-être pas encore.

Le gymnase en quatre ans au lieu de trois ne soulagerait-il pas aussi les étudiants?
Cette évolution-là s’inscrit dans une tendance lourde de la Conférence intercantonale des directeurs de l’instruction publique (CDIP) en vue de renforcer l’harmonisation des plans d’études des gymnases. Il n’y a plus que trois autres Cantons avec Vaud qui ont un cursus en trois ans: Neuchâtel, Jura et la partie francophone de Berne. Les autres ont des systèmes qui peuvent différer de l’un à l’autre mais qui, pour faire simple, couvrent quatre années. C’est donc déjà la norme, et nous en sommes conscients. Ce que nous constatons, c’est que les Cantons qui ont allongé le cursus d’un an ont bénéficié d’une longue période transitoire, vu les implications financières en termes de locaux et de personnel.

Mais cela allégera la grille horaire des étudiants.
Oui. Avec notre modèle de trois ans, la grille horaire est déjà chargée avec entre 33 et 37 périodes par semaine selon les années et les options choisies. D’ici à 2022, nous avons aussi l’obligation d’intégrer deux périodes d’informatique en première et deuxième années, c’est une décision de la CDIP. Pour résoudre ce casse-tête, nous travaillons sur quatre ou cinq scénarios, mais aucun ne prévoit de sacrifier une discipline au profit de l’informatique.

L’affaire du prof licencié à Auguste-Piccard a-t-elle péjoré l’ambiance dans les autres gymnases?
Comme vous l’avez déjà écrit dans vos colonnes, nous ne pouvons pas commenter cette affaire ni révéler le rapport d’enquête. Mais il faut reconnaître qu’il y a eu une certaine inquiétude. Nous la prenons au sérieux. Mais, comme l’a dit récemment la cheffe du département (ndlr: la socialiste Cesla Amarelle), cette affaire n’ébranle en rien la pleine confiance que nous avons dans le corps enseignant.

Créé: 19.09.2019, 08h10

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