Le Gymnase du soir résiste à son étatisation

Canton de VaudDans l’idée de créer un pôle de la formation des adultes, la ministre Cesla Amarelle veut que l’État absorbe le gymnase autonome. L’association qui le gère rejette ce plan.

Gymnase différent. Extrait du documentaire de Stéphanie Chuat et Véronique Reymond en 2005.

Gymnase différent. Extrait du documentaire de Stéphanie Chuat et Véronique Reymond en 2005. Image: CAB Productions

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Le Gymnase du soir, qui prépare aux études de niveau universitaire, est voué à disparaître après cinquante-cinq ans d’existence. L’établissement autonome, qui est une association subventionnée par l’État de Vaud, doit voir son activité reprise par le Gymnase pour adultes, une subdivision du Gymnase de Chamblandes, à Pully, orienté sur l’entrée dans les HES. À la rentrée de septembre 2020, il ne devrait plus y avoir de nouveaux élèves. Les volées existantes pourraient toutefois aller au bout de leurs trois ou quatre ans de cursus.

L’ambition d’un pôle

Cette absorption voulue par la conseillère d’État Cesla Amarelle est la conclusion d’une réflexion lancée en 2018. Dans une lettre datée du 3 décembre adressée à l’association qui gère le Gymnase du soir, elle affirme que son département «a pour projet de mettre sur pied un pôle de formation initiale et continue des adultes», pôle qui «devrait regrouper les cursus académiques et professionnels destinés aux adultes». «Vous l’aurez compris, poursuit la patronne de la formation vaudoise, la mise sur pied de ce projet me conduit à privilégier un regroupement progressif de toutes les structures de formation académique pour adultes sous l’égide du DFJC et, en l’occurrence, de l’actuel Gymnase pour adultes.» Mais aujourd’hui, face aux résistances de l’association (voir son entretien ci-contre), la conseillère d’État préfère faire un pas en arrière.


Lire l'édito: Au petit matin de la formation des adultes


Le conseiller national socialiste Samuel Bendahan préside l’Association du Gymnase du soir depuis cinq ans. «Un projet comme celui-là ne peut se faire qu’avec une adhésion très large des personnes concernées, explique-t-il aujourd'hui. Nous devons travailler jusqu’à ce qu’il y ait un accord.»

«La décision de Mme Amarelle n’aurait dû être qu’une proposition» Olivier Maggioni, directeur du Gymnase du soir

En 2018, Cesla Amarelle a pourtant déjà tenté d’aboutir à un accord en lançant un groupe de travail paritaire, comptant trois délégués de son département et trois du Gymnase du soir. Dans son rapport de mars 2019, après quatre réunions, ce groupe prônait la réunion du Gymnase pour adultes et du Gymnase du soir dans une même structure. Il listait les concrétisations possibles sans trancher: mettre en place la structure sans changer la loi tout de suite; créer une nouvelle institution dans le giron de l’État; créer un établissement de droit public; ou encore créer une fondation. Les trois dernières pistes auraient impliqué de passer par la consultation et le parlement.

Coup de massue

Pour Bernard Voutat, professeur à l’Université de Lausanne, la décision finale de la ministre a été comme un coup de massue. Il était l’un des trois délégués du Gymnase du soir phosphorant au sein du groupe de travail. «Le département fait l’économie d’une réflexion générale sur les besoins de formation des jeunes adultes souhaitant rejoindre une haute école, estime Bernard Voutat en se fondant sur la décision de décembre dernier. Il met la charrue avant les bœufs. Au final, on nous a dit: «On vous absorbe et on réfléchira ensuite.» Les recommandations du groupe de travail n’ont pas été suivies.»

Souci de flexibilité

Baptiste Müller, responsable de la politique de formation à la Fédération patronale vaudoise, est aussi membre de l’association, car celle-ci tient à ce que les partenaires sociaux en fassent partie. «Il s’agit d’une association de droit privé qui fonctionne bien et offre des prestations de qualité, assure-t-il. Pourquoi vouloir la cantonaliser? Il y aura moins de flexibilité pour choisir les enseignants. Les chargés de cours ont des profils de gens de terrain. Cela peut être des anciens du Gymnase du soir, qui ont fait l’université et qui ensuite ont été préparés à la formation d’adultes.» Samuel Bendahan exprime aussi des craintes sur les horaires, alors que les élèves travaillent le jour: «Parmi les questions importantes, il y a les horaires. Le nombre d’heures hebdomadaires doit être supportable, orienté sur les besoins.»

Les trois délégués du Gymnase du soir ont aussi affirmé par écrit leur préférence pour la création d’une «structure autonome de droit public». Ils s’appuient notamment sur l’histoire du Gymnase du soir, qui a débuté en 1965 sous l’impulsion de la Ville de Lausanne, avant que le Canton ne prenne le relais au tournant du siècle. Les trois délégués, parmi lesquels figure le directeur du Gymnase, Olivier Maggioni, évaluaient aussi à 1,1 million le surcoût budgétaire résultant de l’absorption par l’État.

Une assemblée générale de l’association se tiendra fin mars. Elle devrait confirmer le refus de suivre la décision de Cesla Amarelle. Que se passera-t-il alors? «Le Gymnase du soir et l’État sont liés par une convention qui dure jusqu’à la rentrée 2021, répond Olivier Maggioni. Il y a eu une maladresse de communication de la part de Mme Amarelle. Cette décision n’aurait dû être qu’une proposition.» Mais le Gymnase du soir peut-il continuer à exister sous cette forme? «La réflexion engagée nous faisait espérer plus d’imagination, ce qui en est sorti est un pur transfert d’activité à un gymnase cantonal», conclut-il.

Créé: 30.01.2020, 06h39

Cesla Amarelle, cheffe du Département dela formation

Cesla Amarelle temporise: «La forme reste à définir...»

Votre décision est donc prise, le Gymnase du soir va être absorbé?

Nous sommes en discussion. Mais le projet fait sens car ce passage d’une structure à l’autre permet de réunir les classes et d’étendre l’offre publique de formation pour adultes. La forme exacte reste à définir, notamment en accord avec l’Association du Gymnase du soir. Le Conseil d’État est convaincu de l’utilité de proposer à la population vaudoise un pôle public de formation pour adultes, continue et de base, un pôle à réaliser d’ici à la fin de la législature. D’ailleurs, la Confédération attend de chaque Canton sa politique en la matière en 2020. Dans notre canton, environ 80'000 adultes ont de tels besoins et ce chiffre va croissant: des migrants qui veulent mieux maîtriser la langue française, des personnes faiblement qualifiées et des personnes qualifiées visant une reconversion.

Pour tous ces besoins, de multiples structures existent en dehors de l’État. Le Gymnase du soir en est une. Pourquoi le fusionner, lui en particulier?

Mon département souhaite renforcer l’efficacité de notre système de certification et harmoniser les conditions d’obtention des titres de formations destinées aux adultes. Cette réunion des classes du Gymnase du soir et du Gymnase pour adultes permet d’atteindre les effectifs nécessaires à cela. En toile de fond, il s’agira de réaliser un droit universel à la formation des adultes.

Le Gymnase du soir vit grâce à une subvention cantonale. À terme, vous pouvez aussi la couper s’il ne suit pas le concept que vous défendez?


Nous ne fonctionnons pas de cette manière. Nous n’allons pas couper la subvention à cette association si elle ne va pas dans notre sens.

De toutes les variantes envisagées par le groupe de travail, vous avez choisi la plus étatique.

Certains représentants du Gymnase du soir auraient souhaité la création d’une fondation de droit public. Notre solution a l’avantage de regrouper toutes les compétences et toutes les classes dans une seule et même structure. Cela garantit non seulement une certaine égalité des chances entre les adultes qui souhaitent suivre ces voies de formation, mais également un nombre de classes assez important pour justifier les moyens financiers nécessaires. La structure de droit public serait beaucoup trop lourde pour le Gymnase du soir, qui ne compte actuellement qu’une dizaine de classes et qui est quasi exclusivement financé par les deniers publics.

Vous admettez quand même que votre choix n’est pas de créer un nouveau gymnase, qui garantirait un minimum d’autonomie…

Les représentants de l’association se sont montrés très soucieux, à juste titre, que ce qui existe actuellement en matière de philosophie de l’enseignement, d’attention aux élèves ou de conditions de travail des enseignants soit préservé dans la nouvelle structure. Nous avons accédé à toutes leurs demandes. En ce sens, nous projetons effectivement de créer à terme un nouvel établissement regroupant toutes les voies de formation générale et professionnelle pour adultes.

Les représentants du Gymnase du soir critiquent aussi cette fusion pour son coût supplémentaire, estimé à 1,1 million par an.

Cette estimation n’est pas fondée. La mise en commun de ressources des deux gymnases permettrait au contraire une meilleure utilisation des moyens existants et de développer une offre de formation de qualité pour un public plus important qu’aujourd’hui. Toute l’expérience des enseignants des deux gymnases sera nécessaire pour atteindre nos objectifs d’une politique durable de formation d’adultes. Et cela tant dans les voies certifiantes qu’il nous semble indispensable de regrouper que dans celles que le Gymnase du soir est le seul à avoir développées jusqu’ici, comme la préparation aux examens d’admission à l’université.

En chiffres

1965 Le Gymnase du soir est créé à Lausanne. À l’origine, il est financé par la capitale vaudoise et plusieurs Communes.

250 élèves environ suivent les cours dans les trois filières: matu gymnasiale, examen préalable d’admission à l’UNIL ou passerelle de la matu professionnelle (ou spécialisée) au niveau universitaire.

2600 adultes ont ainsi accédé aux études universitaires en cinquante ans, a estimé le Gymnase du soir pour son 50e, en 2015. Le taux d’échec est d’environ 60%.

De 18h30 à 21h45 du lundi au jeudi, tels sont les horaires que doivent respecter les élèves.

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