L’Harmonie des Campagnes joue à l’opéra

CréationLe Chœur d’hommes de Goumoens-la-Ville a commandé pour ses 150 ans une histoire diabolique à son directeur, Blaise Mettraux. Nicolas Ruegg initie les chanteurs au jeu d’acteur.

Le Chœur d’hommes de Goumoens-la-Ville s’est lancé 
dans une grande aventure, celle de la création, pour célébrer ses 150 ans.

Le Chœur d’hommes de Goumoens-la-Ville s’est lancé dans une grande aventure, celle de la création, pour célébrer ses 150 ans. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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Il existe des opéras réservés aux Noirs («Porgy and Bess», de Gershwin), ou à une seule voix («La voix humaine», de Poulenc), ou d’autres pour des interprètes enfants, mais il n’y avait pas eu jusqu’à aujourd’hui d’opéras pour chœurs d’hommes.

Ce sera chose faite à partir du 18 octobre grâce à l’Harmonie des Campagnes qui a décidé, pour son 150e anniversaire, de s’offrir un opéra inédit, sorte de fantaisie diabolique intitulée «Lucius».

«Pour cet anniversaire hors du commun, nous voulions vraiment faire quelque chose de différent», lance Philippe Stoudmann, chanteur et président du comité d’organisation.

Le défi est de taille pour la cinquantaine de choristes amateurs. Mais ils ont un atout avec Blaise Mettraux, leur chef attitré depuis 12 ans, et compositeur habitué aux fresques populaires. Ce dernier a d’ailleurs emmené dans le nouveau projet son parolier Nicolas Ruegg avec qui il avait monté un hommage à Tinguely à Thierrens en 2012.

«Avec Nicolas, détaille Blaise Mettraux, nous avons eu de longues discussions pour savoir où situer notre chœur d’hommes. En prison, dans une galère, dans un monastère? Finalement, nous avons décidé d’inventer une histoire autour d’un chœur d’hommes à l’époque où notre société chorale est née, une sorte de club de la bonne société avec chapeaux haut de forme.» Le librettiste crée Lucius, personnage diabolique en quête d’âmes à damner: «Lucius est un personnage inquiétant, tapi dans l’ombre comme Jack l’éventreur, mais il a ses faiblesses, ce qui nous permet de trouver une fin heureuse à notre tragédie festive.»

La lutte entre Lucius et les choristes s’organise à travers l’éclatement des voix, des individus ou des petits groupes sortant du lot de façon à varier les ensembles (solos, duos, trios, quatuors), une donnée de base essentielle pour le compositeur qui doit varier l’écriture. «C’était aussi l’occasion de travailler avec deux solistes professionnels, la basse Jérémie Broccard dans le rôle de Lucius et la mezzo-soprano Carine Séchaye dans le rôle de Lady Va, qui apportent beaucoup à l’œuvre et à la chorale.»

«Je suis une éponge. Mes influences vont de Bach au rap, de Mozart à Black Sabbath, avec une patte harmonique qui reste la mienne»

Musicalement, Blaise Mettraux s’inscrit dans une tradition tonale bien assise, toujours enrichie de ses goûts éclectiques: «Je suis une éponge. Mes influences vont de Bach au rap, de Mozart à Black Sabbath, avec une patte harmonique qui reste la mienne. La difficulté d’un opéra, c’est de créer des personnages sonores, de les faire vivre et évoluer vers quelque chose de plus profond, de vivant.»

Neuf mois de gestation

Neuf mois de travail ont été nécessaires pour mettre le point final à une partition prévue pour orchestre de chambre, mais dont on n’entendra que l’accompagnement au piano… «On ne peut pas composer d’opéra sans orchestre si on veut qu’il s’inscrive dans le répertoire, reconnaît Blaise Mettraux. À Goumoens, il y a tout juste la place pour le chœur et un piano.» C’est à Guy-François Leuenberger que revient la charge de faire imaginer l’orchestre absent!

Au-delà du défi que représente l’apprentissage par cœur de cette musique entièrement nouvelle, il y a celui du jeu de scène, encore plus inédit pour des chanteurs vierges de théâtre. C’est là que Nicolas Ruegg se fait metteur en scène, meneur d’hommes et fin psychologue. Maniant l’ironie et l’autorité souriante, il brise le rang d’oignons choral pour faire émerger sur scène l’illusion d’une société bien vivante. À 150 ans d’écart.


Goumoens-la-Ville, salle du Battoir
Du 18 au 27 octobre
Rens.: 079 412 20 05
www.lucius-hdc.ch (24 heures)

Créé: 16.10.2018, 10h26

Le sacrifice d’un diable

Zoom

Opéra en 4 actes, «Lucius» est une création originale à quatre mains de Blaise Mettraux (musique) et Nicolas Ruegg (livret) pour 50 choristes masculins, une basse et une mezzo-soprano.

Il met en scène un bras droit de Lucifer qui a jeté son grappin sur la chanteuse Lady Va. Or cette diva est censée accompagner un chœur d’hommes à l’occasion d’un concours international, mais les choristes sont partagés et un petit groupe d’entre eux (le quatuor noir) décide de faire capoter le voyage.

Lucius profite de ces dissensions pour séquestrer la belle cantatrice. C’est son droit: elle avait jadis vendu son âme pour devenir riche et célèbre. Démasqués, les traîtres sont sommés de retrouver Lucius et faire libérer Lady Va, en vain. Lucius est pourtant troublé par sa voix.

Qui des deux est le plus ensorcelant? Les péripéties s’enchaînent jusqu’à ce que le chœur de nouveau uni réussisse à faire plier Lucius qui se sacrifie pour sauver Lady Va.

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