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Helga Lienhard raconte la vie en RDA et sa fuite à l’Ouest

Au lendemain de la chute du Mur, elle se rend à Berlin avec son fils et son appareil photo. Expos de ses clichés au Forum de l’Hôtel de Ville, à Lausanne, jusqu’au 16 novembre.

Helga Lienhard expose ses clichés au Forum de l’Hôtel de Ville, à Lausanne, jusqu’au 16 novembre.
Helga Lienhard expose ses clichés au Forum de l’Hôtel de Ville, à Lausanne, jusqu’au 16 novembre.
VANESSA CARDOSO

Les pressions politiques poussent Helga Lienhard, citoyenne de la RDA, à fuir l’Est par le rail en 1952. Elle est âgée de 22 ans. «Ce n’est pas mon caractère de ne pas dire ce que je pense. C’était mieux que je parte.» À l’époque, on impose à la jeune comptable des journées d’instruction politique. «Si on nous posait une question et qu’on haussait les épaules, on était déjà considéré comme un espion.»

Cette Vaudoise d’adoption a vécu la guerre et les bombardements britannico-américains de 1945 dans sa ville de Cottbus, entre Berlin et Dresde. «Une peur terrible… On s’est réfugiés à la cave. J’imaginais qu’une bombe allait tomber sur la maison et qu’on allait être enterrés vivants.» Sa famille s’en sort; certains voisins n’auront pas cette chance. S’ensuit une période de «grand désordre et de privations»: les cartes de rationnement, les chars tirés par des bœufs, le pain sec grillé sur le poêle, l’école occupée par des soldats blessés qui revenaient du front avec des membres gelés… «Cette odeur!»

«On avait peur des Russes, se souvient la photographe. Il y avait des vols et des viols.» Elle raconte la vie en RDA, faite de restrictions. «On n’avait que les aliments de base. Les gens ne pouvaient acheter que des produits frais de saison. Et encore, que ceux de deuxième qualité. Les autres étaient destinés à l’export.» L’octogénaire évoque aussi une grande solidarité. «C’est ce que je regrette le plus. On s’entraidait, on allait les uns chez les autres. On était heureux de se réunir, même autour d’un ersatz de café, rigole-t-elle, évoquant aussi sa marque préférée de concombre, disparue après la réunification. «Plus personne n’en voulait. Vous avez vu le film «Good Bye Lenin!»? C’était vraiment ça.»

Après sa fuite via Berlin en 1952 – «il n’y avait pas encore le Mur, sinon ça aurait été impossible» –, Helga Lienhard rallie Düsseldorf puis l’Angleterre, où elle rencontre son futur (ex-)mari suisse. Ils s’installent chez lui, à Morges. Elle visite parfois sa ville natale en Allemagne de l’Est, munie de son passeport suisse. «Ce qui me frappait, c’est que mes amis étaient très prudents. Au café, ils se retournaient pour regarder si quelqu’un les écoutait. Quand ils avaient l’impression que quelqu’un rôdait autour de la maison, ils éteignaient vite la télévision, branchée sur les chaînes de l’Ouest.»

Au lendemain de la chute du Mur, elle se rend à Berlin avec son fils et son appareil photo, immortalisant les passants franchissant Checkpoint Charlie, les «piques-mur», les Trabant calcinées… «J’avais une telle joie pour les gens de là-bas, enfin libres! Aujourd’hui, je les plains un peu. On leur a tant pris. Beaucoup de changements n’ont pas été à leur avantage.»

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Témoignages de Vaudois

Vidéo: Fabien Grenon

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