L’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin veut mettre sur la touche sa directrice

CriseFrancine Behar-Cohen a été écartée de la tête de l’institution. Elle conteste. L’UNIL et le CHUV la soutiennent.

L’Hôpital Jules-Gonin souhaite que sa directrice quitte ses fonctions dirigeantes pour se dédier uniquement à la recherche.

L’Hôpital Jules-Gonin souhaite que sa directrice quitte ses fonctions dirigeantes pour se dédier uniquement à la recherche. Image: Patrick Martin

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C’est l’histoire d’un divorce qui ne se passe pas vraiment comme prévu… L’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin veut se défaire de sa directrice médicale, Francine Behar-Cohen. La Française, arrivée à Lausanne il y a tout juste trois ans, ne serait pas à la hauteur de certaines de ses tâches. «Francine Behar-Cohen s’investit beaucoup pour la recherche, mais n’est pas assez disponible pour gérer l’équipe médicale, déplore François Logoz, président du Conseil de la Fondation Asile des aveugles. Elle continue à suivre son unité de recherche à Paris et son agenda est ainsi trop sous pression pour qu’elle parvienne à tout mener de front. Nous lui avons demandé de renoncer au management afin qu’elle puisse s’investir pleinement dans ce qui l’intéresse le plus.»

Une proposition que la mariée n’a pas acceptée. Depuis quelques semaines, Francine Behar-Cohen n’exerce toutefois plus ses fonctions de directrice médicale, mais continue à voir ses patients et à mener ses recherches.

Mais, pour une personne habituée à prendre des décisions, lancer des projets de recherche, recruter les jeunes médecins capables de les mener à bien, cette solution n’en est pas une. «Je ne suis pas un rat de laboratoire. Mon intérêt à développer de nouveaux traitements vient de ma pratique auprès de mes patients.»

«Mon intérêt à développer de nouveaux traitements vient de ma pratique auprès de mes patients»
Francine Behar-Cohen a en effet une triple casquette (lire ci-contre). Elle est à la fois directrice médicale, cheffe de service et professeure à l’UNIL. «D’un point de vue académique, nous n’avons aucun reproche à lui faire et souhaitons qu’elle poursuive son mandat à l’Université», explique Géraldine Falbriard, chargée des relations médias à l’UNIL. Ce dés­accord n’est pas sans gêner les manœuvres de l’Hôpital ophtalmique. «La fondation se doit d’écouter ses partenaires que sont le CHUV et l’UNIL et nous reconnaissons les qualités de Francine Behar-Cohen dans un certain nombre de domaines», poursuit François Logoz. En attendant une issue à cette crise, le professeur Thomas J. Wolfensberger assure l’intérim de la direction médicale et comme chef de service.

Malgré le climat actuel, Francine Behar-Cohen souhaite rester à Lausanne. «La région a d’énormes richesses à offrir aux patients et je travaille sur un projet qui vise à mettre en réseau toutes les forces interdisciplinaires existantes. L’ophtalmologie est une spécialité toujours en lien avec une autre.»

Forte personnalité

Pour rappel, la venue de cette personnalité importante dans le monde de l’ophtalmologie avait soulevé plusieurs résistances au sein des collaborateurs de l’hôpital. D’aucuns ne voyant pas d’un bon œil que la fondation attribue ce poste à un médecin venant de l’extérieur. Le caractère très dynamique (trop?) de l’intéressée et sa forte personnalité ne sont pas du goût de tout le monde.

Créé: 26.08.2016, 06h48

Un mariage à trois délicat

Géré par la Fondation privée Asile des Aveugles, l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin est toutefois affilié au CHUV, qui le subventionne à hauteur de
5 millions par année. L’UNIL est également impliquée car elle fournit des titres de professeur aux personnes qui en ont les compétences. Une convention règle ainsi les termes de ce mariage à trois. Lorsqu’une décision importante doit être prise, la Fondation Asile des Aveugles doit se mettre d’accord avec ses partenaires. Dans le cas de Francine Behar-Cohen, «l’adhésion de l’UNIL et du CHUV n’a pas été atteinte, explique Pierre-Yves Maillard, chef du Département de la santé et de l’action sociale. Il s’avère donc difficile pour le CHUV de poursuivre une relation, qui passe par un important financement, si un accord sur une décision si importante n’est pas trouvé. La semaine dernière, j’ai donc procédé à une médiation avec les trois acteurs concernés et Francine Behar-Cohen. Les institutions ont alors accepté de mandater Jean-Daniel Tissot, doyen de la Faculté de biologie et médecine, afin qu’il fasse une proposition de gouvernance qui prévoie un rôle redéfini pour l’intéressée.» Mais pourquoi le CHUV et l’UNIL tiennent-ils tant à garder la Française en terres vaudoises? «Cette personne a une forte réputation dans la communauté ophtalmologique internationale. Ses évaluations académiques sont par ailleurs excellentes.» Et le politicien de déplorer que ce sont souvent des femmes, dans des postes similaires, qui se font désavouer par les hommes qu’elles dirigent.

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