L'huile de palme pourrait faire disparaître le colza de nos tables

AgricultureLes producteurs vaudois redoutent un futur accord de libre-échange avec la Malaisie jugé mauvais pour eux et les consommateurs.

Les champs de colza apportent une culture alternative bienvenue pour les paysans vaudois. L’huile possède en outre des qualités nutritionnelles reconnues.

Les champs de colza apportent une culture alternative bienvenue pour les paysans vaudois. L’huile possède en outre des qualités nutritionnelles reconnues. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Dans quelques jours, nous reverrons leurs grands à-plats jaunes presque éblouissants. Ces champs de colza qui s’apprêtent à fleurir pourraient pourtant disparaître du paysage, à l’avenir. C’est du moins ce que craignent les agriculteurs vaudois, inquiets des avancées d’un accord de libre-échange avec la Malaisie, grande productrice d’huile de palme.

Ces dernières semaines, le Grand Conseil s’est penché à plusieurs reprises sur la question et elle sera remise sur le tapis mardi prochain avec une initiative législative de l’UDC Philippe Jobin, qui demande au Conseil d’Etat d’intervenir à Berne pour «exclure l’huile de palme des négociations avec la Malaisie».

Le seuil de rentabilité

Claude Cavin, cultivateur de colza à Bussy-Chardonney, explique que cette plante a maintes vertus puisqu’elle sert de culture alternative tout en répondant aux critères paysagers et nutritionnels. Mais son prix a déjà bien baissé: «Dans les années 1980, nous le vendions à 1 fr. 80 le kilo. Aujourd’hui, c’est 78 centimes. Avec davantage d’huile de palme sur le marché, l’industrie achètera moins de colza et nous finirons par être confrontés au seuil de rentabilité.»

L’huile de palme, utilisée dans l’industrie alimentaire, suscite la polémique depuis des années pour ses mauvaises qualités nutritionnelles et les effets désastreux sur l’environnement que sa culture induit. Elle est maintenant perçue comme un concurrent sérieux aux graisses animales autochtones (crème, beurre) et aux huiles végétales maison comme le colza, dont Vaud fournit le tiers de la production en Suisse. Le conseiller national UDC Jean-Pierre Grin s’apprête à rédiger une intervention parlementaire: «Nous sommes inquiets. Ici on interdit la monoculture, or l’huile de palme est extraite d’une monoculture et elle viendra faire pression sur l’huile de colza.»

«Les négociations ont déjà avancé. Le but est de limiter l’importation au strict minimum»

Le Vaudois se dit conscient qu’il ne sera pas possible d’exclure complètement ce produit agricole de la négociation de libre-échange, qui porte aussi sur d’autres secteurs comme les services, les investissements ou encore les marchés publics. «Les négociations ont déjà avancé, poursuit-il. Le but aujourd’hui est de limiter l’importation au strict minimum.»

Du côté du SECO (Secrétariat d’Etat à l’économie), la porte-parole, Antje Baertschi, précise que ces pourparlers sont très importants pour la Suisse. Elle rappelle que la Malaise vient de signer le Partenariat transpacifique (TPP) avec les Etats-Unis et le Japon et qu’elle s’apprête à négocier un accord de libre-échange avec l’Union européenne. Dans ces conditions, la Suisse doit combattre le «potentiel de discrimination» que représente cette situation. La semaine dernière, le délégué fédéral aux accords commerciaux, Didier Chambovey, déclarait en outre au 19:30 de la RTS que l’huile de palme figurait parmi les principaux «produits d’intérêts» pour la Malaisie et qu’elle ne pouvait donc pas être exclue de la négociation.

L’initiative législative du député Jobin et une résolution de la PLR Véronique Hurni viendront en appui de l’action déjà entamée. Lors des débats, Philippe Leuba a déclaré que le gouvernement vaudois avait pris contact avec Johann Schneider-Ammann. Ce dernier se serait déclaré «attentif». Les discussions sont toujours en cours.

Créé: 05.04.2016, 18h16

En chiffres

30% Soit la production vaudoise de colza par rapport au reste de la Suisse.Le canton est le principal fournisseur, ce qui fait dire à certains qu’il sera bien seul pour plaider la cause
de l’huile de colza face à l’huile de palme.

87% Avec l’Indonésie, la Malaisie produit l’essentiel de l’huile de palme dans le monde. Il est donc difficile d’imaginer que les négociateurs pourront faire l’impasse sur ce produit, qui constitue l’un des principaux biens exportables pour la Malaisie.

78% Soit, en centime, le prix actuel du kilo de colza payé au producteur. Dans les années 1980, ce même kilo valait 1fr.80. Les producteurs craignent donc d’arriver au stade où il ne sera plus rentable de cultiver cet oléagineux.

La piste peu praticable du fairtrade

Le sujet inquiète aussi les associations de défense de l’environnement et des consommateurs, les syndicats paysans et les organisations de coopération. Dans un communiqué commun diffusé en mars dernier, les lobbies soulignent que les conditions de production de l’huile de palme ne sont «pas acceptables» tant sur le plan humain qu’environnemental.
Ils évoquent les standards internationaux sur les droits humains et les normes fondamentales sur le travail qui devraient, selon eux, être acceptés par la Malaise avant toute tractation sur l’huile de palme. La porte-parole du SECO, Antje Baertschi, fait valoir de son côté que les négociations se réfèrent notamment au développement durable. Reste que le fairtrade semble difficile
à mettre dans la balance à ce stade. Francis Egger, responsable Economie, formation et relations internationales à l’Union suisse des paysans, note que les labels privés, comme le Bourgeon bio des grands distributeurs par exemple, sont faciles à contrôler. «Mais dans le cadre d’un marché passé entre deux Etats, le contrôle n’est plus possible. Car la supervision d’un Etat par un autre dans le cadre d’un commerce pourrait être assimilée à de l’ingérence.»

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