Huit naissances font de Vaud le champion de la natalité

StatistiquesSix nouveau-nés à Rovray, deux à Mauraz: il n’en fallait pas plus pour que les deux petits villages établissent un taux de natalité quatre fois supérieur à la moyenne nationale en 2015.

A Rovray, la famille Despland – Vincent, Martha Cecilia et leur fille Emilie – s’agrandira encore à la fin de l’été.

A Rovray, la famille Despland – Vincent, Martha Cecilia et leur fille Emilie – s’agrandira encore à la fin de l’été. Image: PATRICK MARTIN

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Deux villages vaudois se partagent la plus haute marche du podium. Sur les quelque 2300 communes que compte la Suisse, les deux où le taux de natalité est le plus haut sont en effet vaudoises: Mauraz et Rovray. L’information émane des Portraits régionaux 2017 des communes de l’Office fédéral de la statistique (OFS). Chaque année, l’entité passe au crible l’intégralité des localités du pays en listant leur taille, leur démographie, leur couleur politique. Ou encore leur proportion de naissances.

Pour avoir vu naître 41 bébés pour 1000 habitants il y a deux ans, les deux villages font quatre fois mieux que la moyenne nationale. Mais, derrière l’incontestable réalité statistique des taux, la réalité du record du baby-boom vaudois prête à sourire. Car c’est très précisément la naissance de huit chérubins qui font du canton le champion national en la matière.

Ainsi donc tout est relatif. La formule, usée à force d’avoir trop servi, a tout du poncif. Pour autant, on ne saurait en trouver de meilleure pour qualifier la situation. La preuve à Mauraz, plus petite commune vaudoise avec à peine 50 âmes, où le cas est flagrant. Dans le petit village du pied du Jura, il aura suffi de la naissance de jumelles, Estelle et Léonore Chevalley, en juillet 2015, pour que la commune décroche la timbale. «Lorsque nos filles sont nées, nous nous sommes dit que nous faisions faire un bond à la démographie du village, mais pas forcément au point de décrocher le record national», sourit Maryvonne Chevalley. Comptable de formation, la mère des jumelles a vite fait le calcul: ses filles ont permis à la population du village d’augmenter de 4%. A titre de comparaison, il aurait fallu quelque 5400 naissances à Lausanne pour obtenir le même pourcentage. Avec environ 1620 nouveau-nés (1,2%), la capitale en est loin.

Statistique «faussée»

Autre raison pour prendre ce classement avec des pincettes, la commune dont le taux des naissances est le plus bas (Rüte, AI) ne compte qu’une naissance de moins que Mauraz. Mais sa population se monte à 3525 personnes. «Notre village est si petit que la situation est tout de suite faussée lorsqu’on parle statistiques, relève le syndic de Mauraz, Reto Zehnder. Le village a, par exemple, souvent été cité comme la commune suisse avec le moins d’étrangers. Facile, il n’y en avait pas. Mauraz compte aujourd’hui un étranger, nous avons dû faire un bond dans ce classement aussi.»

Des étrangers à Rovray, il y en a aussi. Mais ce ne sont pas sur eux que l’Office fédéral de la statistique a braqué ses projecteurs, mais bien sur six bambins. Ils s’appellent Yanita, Mila, Lenny, Emilie, Lindsay et Hadrien. C’est leur arrivée sur terre entre le 28 mars et le 24 décembre 2015 qui a boosté le taux de natalité de cette petite commune nord-vaudoise de 176 âmes. Curieusement, les deux tiers d’entre eux sont domiciliés à Arrissoules, village avec lequel Rovray a fusionné au tout début des années 2000 et qui n’abrite qu’un tiers de la population de la commune.

A dire vrai, il s’en est fallu de quelques jours pour que la statistique révélée par l’OFS soit plus forte encore. Mais, en pointant le bout de sa frimousse le 19 décembre 2014, Léon est arrivé treize jours trop tôt pour en faire partie.

Et Marc, né le 12 janvier 2016, douze jours trop tard. Quoi qu’il en soit, ces deux naissances confirment que l’année 2015 ne fait pas vraiment figure d’exception dans une commune dont la moyenne d’âge diminue depuis quelque temps. «Pour 2017, nous n’avons pas encore enregistré d’heureux événement, mais c’est imminent: une naissance est prévue pour mai et une deuxième pour septembre», sourit la secrétaire communale, Sabine Gallandat.

Le retour des jeunes

Bien qu’honorifique, ce titre national ne surprend pas vraiment le syndic Stéphane Raymondaz. «Depuis 2010, des jeunes gens qui avaient quitté le village y reviennent.» Et à cette tendance il existe une explication logique. «Il y avait dans la commune des possibilités de construire de nouveaux logements. Soit des maisons, soit via la création d’appartements dans des anciennes bâtisses», reprend le syndic. Papa de Mila, Raphaël Kummer en a profité, lui qui cherchait un logement à la campagne, pas trop loin d’Yverdon, où il travaille. «Et à Arrissoules plusieurs de mes voisins ont transformé leur habitation pour faire revenir leurs enfants», précise-t-il. Le syndic voit évidemment d’un bon œil l’arrivée de ces nouveaux habitants dans une localité qui ne dispose cependant pas encore de multiples possibilités de s’étendre, la LAT oblige. «Mais, pour le moment, la crainte de voir le village être abandonné est loin de nous.»

Enfant de Rovray, Vincent Despland partage son avis. «Nous sommes plus nombreux que quand j’étais gamin, affirme le quadragénaire. C’est réjouissant de voir tous les matins des enfants attendre le bus qui les emmène à Yvonand pour l’école.» Agriculteur à la tête d’un domaine de 35 hectares d’herbe et de cultures céréalières, avec 35 vaches laitières et une huitantaine de bêtes élevées à l’engraissement, il tient fort à ce coin de pays où sa famille est arrivée il y a tout juste un siècle.

Avec Martha Cecilia, une aide soignante espagnole rencontrée en 2011, il a activement contribué à la présence de Rovray au sommet de cette statistique. Le 7 septembre 2015, son épouse a mis au monde la petite Emilie. «On savait bien qu’on n’était pas les premiers au village cette année-là. Il y avait déjà eu des naissances en 2014 et il y en a d’autres à venir.»

Le couple est bien placé pour le savoir, lui qui offrira à Emilie une petite sœur pour ses 2 ans. (24 heures)

Créé: 22.05.2017, 07h00

Le taux a chuté depuis 1879

Si Mauraz et Rovray témoignent d’une bonne santé en termes de taux de natalité, il n’en reste pas moins que ce même taux est en chute libre à l’échelle du pays. «En 1879, la Suisse enregistrait 86 180 naissances, environ le même nombre qu’en 2015, où l’on en a dénombré exactement 86 559. Mais le taux de natalité était alors trois fois plus important qu’aujourd’hui (30,5‰ contre 10,5‰)», précise Corinne Di Loreto, de la section Démographie et migration de l’Office fédéral de la statistique.

Si, en 2015, le pays avait affiché le même taux de natalité qu’en 1789, la population suisse, forte de 8,2 millions d’individus, aurait augmenté d’un peu plus de 252 000 personnes. Soit presque deux fois la population actuelle de la ville de Lausanne.
E.BZ

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