Imbroglio familial autour d’un magot dérobé

VeveyPour avoir prélevé dans le bas de laine d’une dame âgée sous curatelle, trois générations d’une même famille ont affaire à la justice.

Face à la présidente Anne-Catherine Page, de g. à d.: Cédric Matthey, curateur de la lésée, Olivier Buttet et sa cliente Eva, Bernard et son avocate Regina Andrade Ortuno, Gaëtan-Charles Barraud et sa cliente Marion.

Face à la présidente Anne-Catherine Page, de g. à d.: Cédric Matthey, curateur de la lésée, Olivier Buttet et sa cliente Eva, Bernard et son avocate Regina Andrade Ortuno, Gaëtan-Charles Barraud et sa cliente Marion. Image: Dessin: Manuel Perrin

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Si elle avait été l’œuvre d’un romancier, l’histoire vaudrait son pesant d’économies dissimulées en droits d’adaptation cinématographique. Elle nourrira vraisemblablement une vie de remords pour trois générations d’une famille de la Riviera: une retraitée comparaît cette semaine devant le Tribunal correctionnel de l’Est vaudois aux côtés de son fils et de sa belle-fille pour avoir puisé dans le pactole d’une dame âgée dont elle avait la curatelle. Son petit-fils, déjà condamné par la justice des mineurs, a fait éclater l’affaire dans des circonstances rocambolesques (lire encadré).

Rembobinons. En fin d’été 2015, Eva*, curatrice d’une veuve avec qui elle s’était liée d’amitié, est chargée d’inventorier le patrimoine de sa pupille fraîchement placée en EMS. Elle va découvrir que la vieille dame cachait dans des banques et des coffres sécurisés pas moins de 8 millions de francs.

À Chailly-sur-Montreux, Eva doit trier les bibelots et œuvres d’art accumulés dans le logement de sa protégée. C’est là que son petit-fils Romain*, venu en renfort dans cette vaste tâche, va faire des découvertes stupéfiantes. Le 17 octobre, il remonte de la cave avec une enveloppe contenant une liasse de billets de 1000 fr. et de 200 fr. ainsi que des euros. Il la remet à sa grand-mère. Le lendemain, dans un meuble à chaussures, il découvre plusieurs sachets recelant des sommes similaires.

Quart de million dérobé?

À partir de là, difficile de savoir ce qu’il est advenu du magot, les déclarations des uns et des autres fluctuant et se contredisant jusque devant les juges. Mais l’argent n’est pas arrivé sur les comptes de sa propriétaire.

Quatre années d’enquête, une cinquantaine d’auditions et une audience du Tribunal des mineurs n’ont pas suffi à tirer au clair les agissements des uns et des autres. Se fondant sur les estimations de Romain quant au contenu des enveloppes, le Ministère public retient qu’au moins un quart de million de francs a dû être volé. Combien chacun s’est-il attribué et qu’est-il advenu de l’argent? Impossible de l’établir avec précision. Le procureur Anthony Kalbfuss a requis 3 ans, dont 1 ferme, contre les époux pour vol en bande et par métier, et 3 ans dont 6 mois ferme contre Eva, pour abus de confiance qualifié et blanchiment d’argent.

Dans une affaire où les preuves ne sont pas légion (ce que les avocats de la défense ont souligné, réclamant peines clémentes et sursis), le procureur s’est convaincu de la culpabilité des prévenus grâce à des messages échangés en marge de la première découverte: «Je me réjouis des trouvailles de demain», écrit la belle-fille à la belle-mère. Autres indices, précisément à la période des «trouvailles», cette famille qui fait l’objet de poursuites et ne paie pas ses factures courantes, se met à rêver d’une autre vie. Un sofa luxueux est acquis, Marion* commande un devis pour une opération de chirurgie esthétique («je comptais me la payer avec des économies»), Bernard* fait cadeau d’un smartphone neuf à son épouse («une offre de l’opérateur»). Des voyages sont évoqués, des liasses de billets immortalisées.

Le procès se poursuit mardi

Marion reconnaît avoir «eu l’intention de garder» 20'000 fr. pour elle. Eva est obligée d’admettre 3000 francs placés sur un de ses comptes et Bernard ne nie pas que sa mère lui a passé quelque 20'000 francs pour éponger des factures de sa fiduciaire. Dans un coffre ouvert au nom d’une société de Bernard, plus de 83'000 francs ont été retrouvés. Leur provenance reste floue, les prévenus ayant souvent recouru à leur droit au silence lors du procès. Mais ils se sont dits prêts à céder l’essentiel de leurs avoirs bancaires en guise de réparation.

Le procès se poursuit mardi. La Cour a décidé d’examiner de nouveaux chefs d’accusation: le recel (passible de 5 ans de prison au plus), subsidiairement l’appropriation illégitime (3 ans de prison au plus).

* Prénoms d’emprunt

Créé: 24.02.2020, 19h53

Langue trop bien pendue

Personne n’aurait sans doute rien su de cette histoire si Romain, 16 ans lors de la découverte du pactole, n’avait pas eu la langue bien pendue. Se vantant devant ses copains, il attise des convoitises et l’appartement familial est visité deux fois coup sur coup: un cambriolage puis un braquage mettent la puce à l’oreille des enquêteurs. Pourquoi ces gens aux dehors modestes sont-ils devenus une cible? Quel est cet argent que des agresseurs masqués réclament à Marion en appuyant la lame d’un couteau sur la gorge de son fils?

Le garçon finit par avouer la découverte du cash, déclenchant la procédure contre ses proches. Depuis, ceux-ci l’accusent de mentir, racontent qu’il est seul en tort, responsable des 2 mois de détention provisoire qu’ils ont subi.

Âgé de 20 ans, le jeune homme se terre chez lui, souffrant de phobie sociale. De quoi irriter la présidente de la Cour à l’endroit des prévenus: «Vous ne pensez pas que défendre une version diamétralement opposée à la sienne peut avoir eu des conséquences sur son mal-être?»
F.W.D.M.

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