L’impossible traque des socialistes contre l’élitisme

Elections cantonalesSur le terrain, l’appel de Pierre-Yves Maillard pour des élus socialistes moins homogènes et moins universitaires est difficile à appliquer. La parité hommes-femmes reste le principal critère.

De g. à dr.: Valérie Induni, cheffe du groupe PS au Grand Conseil et présidente du PS de Cossonay, Benoît Gaillard, président du PS lausannois et conseiller communal, Pierre-Yves Maillard, conseiller d’Etat.

De g. à dr.: Valérie Induni, cheffe du groupe PS au Grand Conseil et présidente du PS de Cossonay, Benoît Gaillard, président du PS lausannois et conseiller communal, Pierre-Yves Maillard, conseiller d’Etat. Image: JONATHAN PICARD / YVAIN GENEVAY

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Les candidats et les élus socialistes sont trop homogènes, trop universitaires. Leurs formations se ressemblent trop, ce qui explique en partie le score «assez moyen» du PS vaudois lors des élections fédérales de 2015. Dans les grandes lignes, c’est l’analyse que faisait Pierre-Yves Maillard en octobre dans les médias. Les propos du conseiller d’Etat socialiste avaient alors provoqué de tels remous qu’il avait dû s’en expliquer en privé et en public.

«Il y a la liste idéale et celle qu’on réussit à avoir»

A cinq mois des élections cantonales, qu’en disent ceux qui concoctent des listes pour le Grand Conseil et multiplient les appels à candidatures? Le constat est clair: le critère socioprofessionnel n’est pas la priorité.

«Il y a la liste idéale et la liste qu’on réussit à avoir», commente Valérie Induni, la cheffe du groupe PS au Grand Conseil, qui est aussi municipale et présidente du PS communal à Cossonay. A ses yeux, la multiplication des critères complexifie la recherche de candidats. «Nous n’enlèverions pas des candidats de notre liste en fonction de leur formation. Le procès n’est pas juste de faire la distinction entre les personnes avec une formation supérieure et les autres.»

Géographie, âge et expérience

Le critère principal pour la majorité des présidents locaux, c’est la parité hommes-femmes, comme pour les autres partis de gauche. Deuxième condition: l’origine géographique, pour récolter des voix dans toutes les régions d’un même district. Puis viennent l’âge et l’expérience politique.

A entendre Benoît Gaillard, président du PS lausannois, atteindre la parité entre les formations est impossible. «Pour des critères comme la formation ou la catégorie professionnelle, nous sommes dans une logique de diversité plus que de parité», explique-t-il. Il s’agit d’aligner des candidats aux profils hétéroclites, mais pas d’en compter un nombre égal. Et l’idée des quotas, comme pour les candidatures féminines? «Ce n’est pas que nous n’arriverions pas à les remplir, répond Benoît Gaillard. Mais il serait difficile de les définir.»

Adaptation prudente

Les propos de Pierre-Yves Maillard ont fait le tour des cénacles socialistes, du haut au bas du parti. De peur de froisser, la prudence est de mise quand il s’agit d’adapter les propos du ministre à la réalité. «Pierre-Yves Maillard a très justement dit que nous devons essayer de recouvrir un panel le plus large possible», commente Germain Schaffner, président du PS de l’Ouest lausannois, le fief du conseiller d’Etat. «Nous faisons passer le message lorsque nous recrutons des candidats, et la profession peut être un atout. Avoir à tout prix des gens non universitaires peut être difficile. Et traduire cela par l’idée d’imposer des ouvriers sur une liste n’est pas possible.»

Il semblerait que la pêche aux candidatures hétérogènes fonctionne mieux dans les régions périphériques. C’est l’avis du député Alberto Cherubini, président du PS de Bex. «Parmi les gens actifs dans notre parti, les personnes avec une formation supérieure sont moins nombreuses, commente-t-il. Mais l’écho de notre programme, sur nos stands, est bon parmi tous les profils. Peut-être le souci de l’homogénéité se rencontre-t-il davantage en ville.»

«Encourager et rassurer»

Pierre-Yves Maillard reconnaît que l’exercice de concocter des listes avec des salariés ou des personnes sans formation supérieure est complexe. «Ça bouge, certains se lancent, mais je sais combien c’est difficile, ajoute-t-il. Il faut du volontarisme, en faire un objectif dans la durée. C’est le rôle d’un parti né du monde du travail.»

La solution tient en quelques mots: «encourager, respecter et rassurer» ces candidats «moins sûrs d’eux, qui ont besoin d’un revenu stable et doivent obtenir l’accord d’un employeur». «En cas de concurrence à l’interne pour faire partie d’une liste, ces personnes sont les premières à renoncer, ajoute Pierre-Yves Maillard. Nous devons montrer que la démocratie est ouverte à tous.»

A la tête du parti vaudois, le député Stéphane Montangero veut prouver que la chose est faisable et regrette que le système limite l’accès à des postes politiques. Mais certaines personnes ont pu émerger, tient-il à rappeler. A Lausanne, le député et municipal Oscar Tosato a une formation d’assistant social; à Renens, le syndic Jean-François Clément a suivi un cursus d’infirmier; et à Morges, le syndic Vincent Jaques est au bénéfice d’une formation de typographe.

Créé: 12.12.2016, 07h01

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