L’incendie aurait dû faire disparaître le cadavre

LausanneUn Géorgien est soupçonné d’avoir, en 2012, tué un homme puis monté un dispositif pour bouter le feu à son logement. En vain.

Le verdict sera prononcé lundi après-midi au tribunal de Montbenon.

Le verdict sera prononcé lundi après-midi au tribunal de Montbenon. Image: Philippe Maeder

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Une planche en bois posée sur la cuisinière allumée, reliée à des tissus et à des couvertures, le tout jusqu’au lit où reposait la victime. Voilà le «système de mise à feu» dont il était question, mercredi, au Tribunal criminel de l’arrondissement de Lausanne. Un dispositif censé mettre le feu, à l’aube du 9 décembre 2012, à un appartement du chemin Louis-Boissonnet, à Lausanne, et faire disparaître le cadavre de son occupant, mort peu avant.

Le corps de cet homme de 52 ans, membre d’un réseau de cambrioleurs, a été retrouvé par la police le 26 décembre 2012 en travers de son lit après qu’un proche s’est inquiété de ne plus avoir de ses nouvelles. Le petit studio était verrouillé de l’extérieur et l’ensemble des stores était fermé. À l'intérieur, le logement était entièrement recouvert de suie.

Hébergé par la victime

Dans le box, mercredi, un Géorgien de 36 ans, soupçonné d’avoir agi avec deux complices qui n’ont toujours pas été interpellés. Ils auraient ligoté puis molesté la victime et lui auraient dérobé des bijoux avant de concevoir le système de mise à feu et de quitter les lieux. S’il admet qu’il était présent dans l’appartement ce jour-là, l’accusé nie être impliqué dans le décès et l’incendie avorté. «Je suis venu en Suisse pour trouver du travail, ce monsieur m’hébergeait. Ce soir-là, deux hommes parlant le russe ont aussi dormi dans l’appartement», explique-t-il. La victime était effectivement connue pour loger des malfrats et pour les aider à écouler leur butin.

L’accusé affirme être parti de l’appartement à l’aube pour prendre un TGV en direction de Paris. Selon lui, le logeur «était alors endormi dans son lit» et les deux russophones dormaient par terre. Il n’aurait donc rien à voir avec tout ce qui s’est passé ensuite: le décès, dont la cause reste mystérieuse «compte tenu de l’importante altération cadavérique» au moment de l’autopsie, et l’«incendie à retardement» qui s’est éteint de lui-même.

Comment expliquer, dès lors, que le prévenu a été contrôlé quelques heures après dans le TGV avec l’un de ses complices présumés et qu’ils étaient en possession des objets identifiés comme ceux de la victime? Ses explications vagues comme ses contradictions n’ont pas manqué d’énerver le président, mercredi.

Mort par étouffement?

Pour le Ministère public, malgré des «doutes abstraits et théoriques» qui subsisteront sur les causes de la mort et le mobile, l’enquête accrédite la thèse d’un assassinat. «Nous avons toutes les raisons de croire qu’il n’y a jamais eu deux personnes d’origine russe dans cet appartement. Le prévenu et ses complices avaient pour mission de tuer un maillon de la chaîne de la mafia géorgienne pour des raisons qui restent inconnues mais sûrement en lien avec ses activités.» Pour la procureure, la victime aurait été étouffée à l’aide d’une couverture ou d’un oreiller, «ce qui ne laisse pas de trace». Par cet acte et en tentant de bouter le feu à l’appartement sans considérer les autres occupants de l’immeuble, l’accusé a «témoigné d’un mépris éclatant envers la vie humaine», conclut-elle. Et de requérir 20 ans de prison. Alcool et médicaments

«Ce ne sont pas des enfants de chœur, mais ce sont tout au plus des voleurs opportunistes», rétorque l’avocat de la défense, qui ne croit ni à un acte commandité par la mafia ni à un crime crapuleux pour quelques objets en or. Pour lui, il «ne faut pas faire appel à l’imagination de la Cour pour combler les lacunes de l’instruction» et, en l’état, rien ne permet d’être sûr que la victime a été tuée. Ce serait plutôt le cocktail alcool-médicaments retrouvé dans le corps du défunt qui aurait causé un arrêt cardiaque, même si les légistes ne peuvent l’affirmer. Dès lors, il faut «acquitter le prévenu et l’indemniser pour ses bientôt deux ans de détention». Verdict lundi après-midi.

Créé: 23.10.2019, 20h40

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