Après un incendie, la justice poursuit un octogénaire affaibli

LausanneCondamné pénalement pour un feu dans sa cuisine, un retraité refuse de payer une amende qu’il estime inique.

Eugène Mange, quelques jours après le sinistre qui a endommagé sa cuisine en septembre 2013.

Eugène Mange, quelques jours après le sinistre qui a endommagé sa cuisine en septembre 2013. Image: Florian Cella

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Une casserole en inox avec un peu de soupe oubliée sur le feu, une hotte et une partie du mobilier de la cuisine qui s’enflamment, une voisine qui appelle opportunément les pompiers et deux ans d’une vie qui partent en fumée.

Depuis l’automne 2013, Eugène Mange, 87 ans, ne décolère pas contre une justice dont il ne comprend pas l’obstination. C’est lui qui a oublié la casserole dans la cuisine de sa villa du chemin de Grande-Rive, à Lausanne, c’est lui qui a été vertement interrogé par les deux agents de la police municipale qui accompagnaient les pompiers, c’est également lui qui a payé 20'000 francs de frais de remise en état (sur un total de 50'000 francs) et c’est encore lui – cerise sur le gâteau! – qui a été condamné par le procureur Jonathan Cornu à vingt jours-amendes avec sursis et à une amende de 300 francs pour incendie par négligence, convertible en 7 jours de privation de liberté.

Frais de justice

Dans un premier temps, Eugène Mange s’est opposé à l’ordonnance pénale puis, fatigué et encore sous le choc, il a renoncé à poursuivre le recours, d’autant que le Tribunal de Lausanne l’a rendu attentif aux frais de justice: une demi-journée d’audience à 700 francs, et 400 francs si celle-ci dure moins d’une heure. Il s’est donc acquitté de 200 francs de frais de procédure puis a tenté d’oublier un incident qui l’a profondément ébranlé.

L’accalmie a été de courte durée. Début octobre, le Service juridique et législatif du Canton a en effet rattrapé Eugène Mange pour lui réclamer, sous peine de poursuite ou de convocation pour une détention, le paiement de l’amende judiciaire de 300 francs.

Bouleversé, il ne comprend pas que la justice se refuse à tourner la page: «Il me semble que ma femme et moi avons suffisamment été punis, dit-il, très affaibli. Nous avons eu la peur de notre vie, nous avons enduré des mois de travaux, déboursé des milliers des francs et on nous traite comme des criminels. Un oubli, sans doute dû à mon grand âge, ce n’est pas forcément une négligence. Je n’ai mis la vie de personne en danger et la maison m’appartient: je ne paierai donc pas un sou.»

Consterné, Vladimir Mange, 53 ans, a pris vigoureusement le relais de son père, qui avoue ne plus avoir la force de répondre et encore moins de se battre.

Peine de substitution

Le 8 octobre dernier, il s’est donc adressé au Service juridique et législatif pour s’étonner, c’est une litote, de l’entêtement de la justice vaudoise: «Vous voudrez bien le convoquer pour une peine de substitution, de manière à vous prouver le mépris que nous avons pour votre honteuse manière de traiter une personne âgée, écrit Vladimir Mange. Il serait idéal que cette peine puisse être effectuée du 26 au 31 octobre, puisque mon père devra justement être admis dans un EMS pour un séjour court, pendant que ma mère sera hospitalisée.

A toute autre date, vous voudrez bien prévoir deux assistances médicales pendant la durée de la peine de substitution, la première pour mon père en prison, la seconde pour ma mère, qui sera seule à la maison, sans pouvoir faire des achats et ne pouvant rester seule si longtemps.»

Le «secteur recouvrement» du service cantonal a sommé Eugène Mange de régler l’amende judiciaire d’ici au 4 novembre. D’ici là, son fils attend une réponse à son courrier de protestation.

Créé: 13.10.2015, 07h19

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