L’intelligence artificielle réveille deux siècles d’images

Fête des VigneronsUne machine expérimentale de l’EPFL + ECAL Lab explore deux siècles de célébrations, via les photos postées sur les réseaux web.

Placées sur une table lumineuse, les images issues des réseaux sociaux déclenchent l’affichage d’illustrations anciennes sur un écran, permettant de remonter jusqu’au XVIIIe siècle.

Placées sur une table lumineuse, les images issues des réseaux sociaux déclenchent l’affichage d’illustrations anciennes sur un écran, permettant de remonter jusqu’au XVIIIe siècle. Image: Odile Meylan

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«Il s’agit de valoriser la richesse culturelle et sociale qui dort dans les immenses bases de données produites par l’homme aujourd’hui», explique Nicolas Henchoz directeur de l’EPFL + ECAL Lab. Lors de la Fête des Vignerons, le Centre de recherche en design de l’EPFL offre une exploration inédite – «Temps passé, temps réel» – dans le monde de l’image, au Musée de l’appareil photographique de Vevey, juste à côté de l’arène. Son installation expérimentale y réveille les deux siècles de la célébration grâce à l’intelligence artificielle et aux images postées actuellement sur les réseaux sociaux. «Nous avons développé cette installation pour la Fête des Vignerons, mais elle pourra être utilisée pour d’autres fonds d’archives», relève Nicolas Henchoz.

Un voyage dans le temps

Au troisième étage du musée, le visiteur entre vite dans un nouveau monde. Placées sur une table lumineuse, les images imprimées issues des réseaux sociaux déclenchent l’affichage d’une collection d’illustrations anciennes sur un écran immersif, permettant de remonter jusqu’au XVIIIe siècle. Les anciennes photographies évoquant le temps passé sont devenues numériques. En les faisant défiler, le visiteur s’interroge sur sa relation au temps, entre autres. Ce que Luc Debraine, directeur du musée, voit d’un très bon œil: «Participative et inclusive, cette installation crée du lien et de l’émotion. Elle nous permet aussi de rendre compte de l’évolution technologique en matière photographique, l’une de nos missions. Ce partenariat est une aubaine pour nous.»

L’association entre des documents d’origines très diverses repose sur des techniques d’intelligence artificielle, dites de deep learning: «Ils ne sont pas tous indexés de la même manière, précise Nicolas Henchoz. Il a donc fallu rendre le tout cohérent.» Mais plutôt que de limiter les résultats aux attentes des utilisateurs ou à des fins de promotions ciblées, comme le font les algorithmes de recommandation sur internet, l’installation vise à stimuler la découverte: «Il y a, en tout, près de 6000 documents répertoriés, issus de métadonnées de l’intelligence artificielle et d’archives diverses, gravures, photos ou autres vidéos, commente Hélène Portier, assistante de recherche. Ce qui offre une découverte très large tout en permettant de tisser des liens entre temps passé et temps réel.»

Pour répondre à l’obscurantisme des algorithmes, ajoute cette dernière, la machine dévoile ce qu’elle reconnaît dans les images et donc comment elle les associe: «L’utilisateur peut ainsi comprendre comment l’installation remonte jusqu’aux origines de la Fête en 1797.»

«Cette série d’installations ouvertes au grand public a permis de développer un savoir scientifique et pratique»

Avec la création de cette machine expérimentale, l’EPFL + ECAL Lab poursuit l’exploration menée depuis une dizaine d’années sur la valorisation des patrimoines. Au fil des ans, des millions de documents ont été numérisés. «Mais comment leur redonner vie? interroge Nicolas Henchoz. Comment leur donner un intérêt en dehors des cercles d’initiés? C’est ce à quoi nous nous attelons.» Cette recherche porte ses fruits: cet été, quatre projets de l’EPFL + ECAL Lab animent, ou ont animé, des lieux emblématiques: «Nina», le véhicule qui voyage dans le patrimoine audiovisuel du Montreux Jazz Festival, a pris place au cœur du festival lui-même. «Archives en mouvement» dévoile l’ampleur de l’œuvre de Roger Tallon, designer du TGV, au Musée des arts décoratifs de Paris. Et «Chronogram» exprime 265 ans d’horlogerie suisse à New York.

Sous l’œil des psychologues

«Cette série d’installations ouvertes au grand public a permis de développer un savoir scientifique et pratique», relève Nicolas Henchoz. L’EPFL + ECAL Lab observera l’impact de «Temps passé, temps réel» avec des psychologues. Il s’agit de comprendre comment ce projet peut dépasser l’attrait ludique et la performance technique pour engendrer des nouveaux usages du patrimoine numérique.

Créé: 30.07.2019, 08h09

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