L'intelligence artificielle au secours des hôpitaux pour mieux remplir les blocs

DataUn prototype visant à optimiser l’occupation des salles d’opération sera bientôt testé.

Karim Bensaci planche sur un outil dédié à la planification des interventions en chirurgie ambulatoire. Le but: passer d'un taux moyen d'occupation des salles d'opérations de 60% à plus de 70%.

Karim Bensaci planche sur un outil dédié à la planification des interventions en chirurgie ambulatoire. Le but: passer d'un taux moyen d'occupation des salles d'opérations de 60% à plus de 70%. Image: VANESSA CARDOSO

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

L’intelligence artificielle (IA) frétille aux portes de nos hôpitaux. Les premiers essais viseront la planification des interventions chirurgicales en ambulatoire.

Combien de temps durera une opération selon le profil du praticien, du patient et la nature de la pathologie? La société de data intelligence Calyps – qui dispose d’une antenne à Lausanne – développe une application visant à optimiser l’occupation des blocs. Innosuisse, agence de la Confédération pour l’encouragement de l’innovation, a alloué un demi-million de francs à la société pour aller de l’avant dans ses recherches sur ce qu’il convient d’appeler l’intelligence médicale. Un prototype sera prêt à la fin de l’année et des discussions sont en cours avec plusieurs hôpitaux – dont le CHUV – pour le tester. «Il n’y a pas plus de dix équipes de recherche dans le monde qui travaillent sur ce type de planification», précise le Vaudois Karim Bensaci, informaticien chez Calyps. Ses explications.

– En quoi l’intelligence artificielle peut-elle aider les hôpitaux?
– Nos recherches ambitionnent d’anticiper le défaut d’un patient, d’un praticien ou d’une salle et de prévoir combien de temps une opération va durer. La demande en chirurgie ambulatoire ne cesse d’augmenter alors que les blocs ne sont utilisés que 60% du temps pour opérer en moyenne. Nous développons avec la HEIG-VD un outil malin de planification et de gestion des flux.

– Quel rendement visez-vous?
– Nous ambitionnons de dépasser 70%, avec un objectif d’arriver à 75%.

– Comment fonctionnerait cet outil?
– L’étape ultime serait une intelligence artificielle qui planifie à votre place et interagit avec les chirurgiens, les anesthésistes, les nettoyeurs, les responsables de planification, etc. L’IA est capable de prendre en compte les différents aspects provoquant des retards et de prévenir les acteurs impliqués. Elle identifie la propension d’un praticien à être en retard, par exemple. Au système de trouver la bonne heure et le bon jour pour telle opération, de façon que cela n’arrive pas. C’est de la gestion de flux sous incertitude. UPS le fait très bien. Ils prennent votre colis à 10 h 15 et vous annoncent que, dans 36 heures, il sera arrivé à l’autre bout du monde. Ça fonctionne, alors que les imprévus entre le point de départ et d’arrivée sont innombrables. Notre première étape: éviter les no shows: à savoir les patients ou les professionnels qui ne viennent pas – ou en retard –, un patient qui a oublié qu’il devait être à jeun…

– Est-ce fréquent?
– Relativement. Une opération, c’est un peu comme une pièce de théâtre: plein d’acteurs se retrouvent. L’absence d’une ressource engendre un coût énorme, estimé aux États-Unis à 150 milliards de dollars par année. Non seulement l’équipe s’est déplacée pour rien mais en plus l’argent aurait pu être utilisé pour autre chose.

– Qu’est-ce qui cloche aujourd’hui dans la planification des opérations?
– Les hôpitaux, comme le CHUV par exemple, fixent des plages horaires. Le médecin arrive quand il peut. Les planificateurs ont aussi tendance à prévoir une marge de sécurité pour le «au cas où». Tout cela, c’est du temps «rajouté» que l’on pourrait gagner si tout était parfaitement synchronisé, à savoir qu’à 16h pile, par exemple, l’opération commence et que tous les acteurs sont présents.

– Comment prévoir plus précisément la durée de la prise en charge?
– Ce sera la deuxième étape: identifier quels cas sont potentiellement complexes pour les anticiper. Plein d’études montrent que c’est possible. Parmi les facteurs à prendre en considération, il y a le patient, sa pathologie, mais aussi le médecin, le contexte… La force de l’intelligence artificielle, c’est qu’elle «apprend» en accumulant des données. Elle s’adapte, au fur et à mesure, aux éléments rencontrés sur le terrain. Les protocoles sont différents au CHUV, aux HUG ou à Berlin. Le système en tiendra compte.

– C’est l’intelligence artificielle qui va décider, et plus le chirurgien?
– Comme je l’ai dit, l’intelligence artificielle apprend. Elle n’impose rien. Nous apportons un savoir-faire algorithmique et proposons une planification, mais en bout de chaîne c’est le médecin qui prendra les décisions. Il y aura toujours un pilote à bord, mais il pourra se concentrer sur l’essentiel. Nous commencerons à travailler avec des hôpitaux d’accord de jouer le jeu d’ici à la fin de l’année, dans l’idée d’avoir des résultats tangibles au premier trimestre 2019. Notre modèle semble complet, mais peut-être que nous nous rendrons compte, sur le terrain, que c’est trop beau pour être vrai.

– Allez-vous imposer des horaires aux médecins?
– Non. Nous appliquons des théories de changement comportemental pour que les personnes se sentent impliquées et comprennent que c’est dans leur intérêt. On peut craindre que l’IA ne mette des professionnels au chômage… Notre objectif n’est pas de remplacer les gens mais de faire plus avec moins. La demande en chirurgie ambulatoire augmente. Pas les ressources. (24 heures)

Créé: 26.06.2018, 06h26

Articles en relation

Santé digitale, la foi dans une révolution miraculeuse

Santé Dans un essai pédagogique et décoiffant, Xavier Comtesse raconte comment le numérique promet l’avènement d’une médecine meilleure pour tous et surtout moins chère. Trop beau pour y croire? Plus...

Paid Post

Le casual dating est-il fait pour vous?
L’idée d’une rencontre purement sexuelle sans aucun engagement peut paraître séduisante, mais une petite mise au point s’impose.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Publié le 12 novembre 2018
(Image: Valott) Plus...