«L’interdiction des chauffages à mazout risque fort de venir de Berne»

Réchauffement climatiqueTrois mois après les Assises vaudoises du climat, Jacqueline de Quattro fait le point sur la lutte contre les émissions de CO2.

La Conseillère d'Etat Jacqueline de Quattro fait le point sur les chantiers de réduction des émissions de CO2 en cours trois mois après les premières Assises vaudoises du climat.

La Conseillère d'Etat Jacqueline de Quattro fait le point sur les chantiers de réduction des émissions de CO2 en cours trois mois après les premières Assises vaudoises du climat. Image: PHILIPPE MAEDER

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Le 12 novembre dernier, lors des premières Assises vaudoises du climat, la conseillère d’État Jacqueline de Quattro affirmait devant plus de 200 personnes que «la réduction des émissions de CO2 faisait désormais partie des priorités du gouvernement vaudois». Où en est-on trois mois plus tard? Quelles sont les pistes d’actions envisagées? Et quelles seront les conséquences pour des objets concrets comme les nouveaux aménagements autoroutiers prévus dans l’Ouest lausannois ou les systèmes de chauffage des maisons? La cheffe du Département du territoire et de l’environnement répond.

Que s’est-il passé en matière de réduction des émissions de CO2 depuis le 12 novembre dernier?
D’abord, il faut rappeler que nous n’avons pas attendu ces assises pour agir: le principe du développement durable est inscrit dans notre plan de législature et le Conseil d’État a déjà adopté la feuille de route du Plan climat vaudois. Le but de ces assises était de réunir des acteurs d’horizons très différents afin d’enrichir nos travaux en cours, ainsi que, je l’espère, de réveiller des consciences.

Mais, concrètement, que s’est-il passé depuis?
Nous avons engagé une spécialiste du domaine pour renforcer l’équipe qui élabore le Plan climat dans une démarche transversale au niveau des services de l’État. Nous avons aussi mis en place un comité interdépartemental de développement durable. En matière de climat, il n’est en effet pas possible de travailler isolément. La problématique s’étend de l’approvisionnement en énergie au tourisme en passant par la mobilité, la formation, l’agriculture ou les finances.

Quelles sont les pistes envisagées pour réduire les émissions vaudoises de CO2?
Nous avons commencé par identifier les sources de CO2. Il en ressort que 41% des émissions de gaz à effet de serre proviennent de la consommation de carburant fossile pour la mobilité des biens et des personnes. Et à peine moins, 38%, proviennent des combustibles utilisés pour chauffer nos bâtiments. Dans ces domaines, nous disposons d’un très grand potentiel de diminution.

Comment comptez-vous concrétiser ces intentions?
Il faut réduire la consommation et remplacer progressivement les énergies fossiles par des énergies renouvelables. Notre politique est, dans un premier temps, de sensibiliser, d’encourager, par exemple par le biais de subventions. Nous l’avons notamment fait dans le cadre du programme «100 millions pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique», qui a contribué à la réalisation de quelque 2500 projets. Mais si les incitations ne suffisent pas, il faudra envisager des mesures contraignantes.

«Avec l’arrêt de la centrale nucléaire de Mühleberg cette année, nous allons devoir acheter du courant à l’étranger, par exemple du nucléaire français ou des centrales à charbon allemandes. Cela n’est ni durable ni responsable.»

Justement. On a beaucoup parlé de l’interdiction des chauffages électriques, mais qu’en est-il de celle des chauffages à gaz ou à mazout, grands producteurs de CO2?
Il ne s’en installe déjà presque plus dans les bâtiments neufs. Ces installations vont progressivement disparaître au fil du remplacement des vieilles chaudières. Au niveau cantonal, nous ne travaillons pas sur une éventuelle interdiction, mais elle risque fort de venir de Berne.

Et la pression sur les propriétaires de maisons chauffées à l’électrique? Va-t-elle diminuer?
Non. Car même s’ils émettent moins de CO2, ces systèmes posent d’autres problèmes, notamment en consommant beaucoup de courant à des moments où le réseau est déjà saturé. Avec l’arrêt de la centrale nucléaire de Mühleberg cette année, nous allons devoir acheter du courant à l’étranger, par exemple du nucléaire français ou des centrales à charbon allemandes. Mais cela n’est ni durable ni responsable.

Quelles sont les mesures envisagées en matière de mobilité?
Là aussi, nous voulons d’abord inciter au changement: en mettant à disposition un réseau de transports publics efficace et en réduisant les taxes sur les véhicules moins polluants. Nous le faisons d’ailleurs depuis 2014 avec succès, puisque le parc de véhicules vaudois émettant moins de 120 g de CO2 par kilomètre a triplé.

À propos de voitures, quand on veut réduire les émissions de CO2, est-il cohérent de financer de grands projets routiers, comme ceux lancés dans l’Ouest lausannois?
La contradiction n’est qu’apparente: on ne peut se contenter d’opposer des politiques publiques. Ou alors, on interdit les voitures! Ces projets sont nécessaires à la fois pour garantir la fluidité du trafic et l’accès aux centres. En supprimant les bouchons, on améliore aussi la qualité de l’air dans les quartiers. En plus, pour toucher des subventions de la Confédération, les projets d’agglomération doivent répondre à des critères environnementaux. Il y a donc toujours des compensations en faveur du climat.

Avez-vous identifié d’autres moyens de lutte?
Oui. On en parle moins, mais il existe des mesures environnementales. La création de réserves forestières ou la restauration et la création de zones humides, des politiques en cours dans notre canton, ont des effets positifs pour le climat car ce sont d’importants sites de captage du carbone. L’encouragement à l’utilisation du bois local pour le chauffage et la construction, comme nous l’avons fait dans le cadre du Parlement et le ferons pour la future Maison de l’environnement, est également positif pour le climat, comme pour l’économie vaudoise d’ailleurs. (24 heures)

Créé: 24.02.2019, 17h32

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