Intimidations et tensions, printemps pourri à l’école

RéformeLe climat est tendu avant le démarrage de la LEO. En cause: la multiplication des nouveautés, mais aussi l’intransigeance du Département de la formation (DFJC).

Les adolescents sont particulièrement concernés 
par la nouvelle loi, qui supprime une voie et offre un enseignement à niveaux.

Les adolescents sont particulièrement concernés par la nouvelle loi, qui supprime une voie et offre un enseignement à niveaux. Image: PATRICK MARTIN

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A part la pluie, ce mois de juin est un peu pourri pour l’école. D’ici à dix semaines, la réforme LEO (loi sur l’enseignement obligatoire) entre en vigueur avec, dans son sillage, les nouvelles directives HarmoS. La rentrée sera très observée.

En septembre dernier, la publication par le Département de la formation (DFJC) des critères d’orientation LEO pour les enfants qui sont aujourd’hui en 6e année a suscité la polémique. Les seuils d’admission dans les nouvelles voies ont paru trop bas, presque laxistes. Deux députées PLR, Christine Chevalley et Christelle Luisier, qui disaient avoir fait confiance à la nouvelle école exigeante promise par la ministre Anne-Catherine Lyon, se sont plaintes dans une interpellation d’avoir été «trompées sur la marchandise».

Doyen sanctionné

Un malheureux concours de circonstances est venu assombrir encore le tableau. Un soir d’avril, un doyen a pris l’initiative de dire aux parents des classes de 6e année de son établissement que ces critères permettraient, selon les données du moment, d’orienter 68% des enfants en voie prégymnasiale, ce qui est énorme en comparaison des 36% actuels.

Or, parmi les parents d’élèves se trouvait un papa ami d’Olivier Delacrétaz, opposant historique aux réformes scolaires vaudoises. Quelques jours plus tard, ce dernier publiait dans notre journal une Réflexion, où il s’appuyait sur cette information précoce des 68% d’élèves orientés en prégymnasiale pour prédire la fin de l’apprentissage.

La réaction du DFJC a été sèche. L’enseignant a été démis de ses fonctions de doyen. L’événement a soulevé un vent de révolte dans le collège concerné, et la Société pédagogique vaudoise, syndicat d’enseignants, a été informée. Cette dernière juge la sanction «disproportionnée» et se dit prête à soutenir le prof puni.

A ce stade, le chef de la Direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO), Alain Bouquet, ne souhaite pas faire de commentaire, car la «décision du département» fait l’objet d’un recours.

Cette mesure a eu pour effet d’instaurer un «climat lourd», comme le disent plusieurs personnes en aparté. L’une d’elles dénonce même une «infantilisation» des directeurs.

Silence sur l’orientation

La LEO va-t-elle réellement favoriser l’ouverture de la voie prégymnasiale (VP) à une majorité d’élèves? Le DFJC donnera les chiffres définitifs à la rentrée et ne se prononce pas pour l’heure sur les tendances.

Sur le terrain, quelques directeurs acceptent de parler de cette question. L’un d’eux a cette formule: «La surprise, c’est qu’il n’y en a pas.» Les autres décrivent une tendance à la «stabilité».

Au DFJC, Serge Martin, adjoint, indique que les tout récents résultats des Epreuves cantonales de référence (ECR) laissent entrevoir une répartition traditionnelle: «A l’aune de ces épreuves, l’orientation de cette année ne donnera pas lieu à une vague d’élèves en prégymnasiale.»

Deux réformes à organiser

Aux aspects pédagogiques s’ajoutent les questions d’organisation. Les directions d’école et les Communes sont en train de régler la répartition des élèves dans les classes et les bâtiments. Or, tant la LEO que la réforme HarmoS, qui fait passer les enfants de 5e et 6e au secteur primaire, ont une influence.

A Blonay - Saint-Légier, par exemple, l’établissement se débat pour organiser la volée de 7e année. Membre du corps enseignant et député écologiste, Jean-Marc Nicolet relate que la possibilité donnée aux élèves de l’actuelle 7e de redoubler pour se retrouver dans le système LEO a eu un (trop?) grand succès: «Un fort pourcentage des élèves qui sont actuellement en 7e VSO ( ndlr: la «voie secondaire à options» qui sera supprimée avec la LEO) utilise ce droit pour quitter la VSO. Du coup, nous nous retrouvons, pour la rentrée 2013, avec des effectifs grossis en 7e et des classes à fermer en 8e.»

Un fin connaisseur du dossier, par ailleurs chef d’un Service communal des écoles, relève, quant à lui, que les questions de financement entre le Canton et les Communes sont loin d’être résolues dans de nombreux dossiers sensibles, ce qui «fait grogner de toute part».

Enfin, le président de la Société pédagogique vaudoise, Jacques Daniélou, décèle un phénomène nouveau: «Lors de la réforme EVM, toutes les inquiétudes et les questions se focalisaient sur le devenir pédagogique de l’élève. Avec la LEO, c’est l’organisation. Les gens se replient sur des questions locales, attendent tout du DFJC et lorsque ce dernier répond, on lui reproche ses précisions.»

LEO comme EVM?

Le démarrage de la LEO connaîtra-t-il les mêmes tempêtes que celui de la défunte Ecole vaudoise en mutation (EVM)? A la fin des années 1990, EVM s’est mis à dos les parents d’élèves à cause de la transformation des notes en appréciations. Le mécontentement avait été abondamment exploité sur le plan politique, et les notes ont fini par réapparaître. Barbara de Kerchove, présidente de l’Association vaudoise des parents d’élèves (Apé), qui s’était investie dans la défense de la LEO au moment de la votation, s’inquiète: «Il n’y a pas eu beaucoup de communication de la part du département. Les éléments positifs et encourageants de la LEO, comme la perméabilité entre les voies et les niveaux, ne sont pas perçus. Je ne voudrais pas qu’une génération d’enfants fasse les frais d’une forme de découragement devant l’ampleur de la tâche.»

Créé: 12.06.2013, 07h09

Les changements

Les voies
Jusqu’à aujourd’hui, les adolescents des années 7,8,9 ont été orientés dans trois voies, soit celle de baccalauréat (VSB), la générale (VSG) et la voie à options (VSO). Dès la rentrée, les 7e seront répartis en deux voies, la voie prégymnasiale (VP) et la voie générale (VG), dont les élèves suivent le français, l’allemand et les maths en niveau 2 (le meilleur) et en niveau 1.

La procédure d’orientation
Jusqu’au printemps 2012, les élèves de 6e ont été orientés en fonction de leurs notes, mais aussi de critères dits qualitatifs (attitude de l’élève face aux apprentissages, projet personnel de l’élève). Ces critères-là tombent. Depuis cette année, les 6e sont évalués selon leurs notes et leurs résultats aux Epreuves cantonales de référence, qui comptent pour 30%, tandis que les résultats du semestre comptent pour 70%.

HarmoS
Dès la rentrée, l’articulation du cursus scolaire change, de même que la nomenclature des degrés. Ainsi, les deux années de l’école enfantine deviennent la 1re et la 2e année. La 1re primaire devient la 3e, etc. Le secteur primaire, qui va aujourd’hui de l’école enfantine à la 4e année, s’étire jusqu’à la 6e, désormais nommée 8e.
Le Plan d’études romand Le PER introduit une idée romande de la pédagogie avec des contenus communs. A terme, l’allemand sera enseigné dès la 3e (5e HarmoS) et l’anglais dès la 5e (7e HarmoS), alors que les deux langues sont données actuellement respectivement dès la 5e et dès la 7e en VSB et en VSG.

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