L'invitation au voyage

Les îles du Léman 3/5L’île de Salagnon, la seule du Léman à être habitée, a inspiré peintres et cinéastes et s’est retrouvée sur toutes sortes de supports publicitaires.

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C’est une invitation au voyage, à la rêverie. Bien qu’elle ne se trouve qu’à quelques brasses du rivage, l’île de Salagnon, à Clarens, semble flotter dans un improbable ailleurs, à la fois exotique et familier, avec sa villa de style florentin plantée devant l’un des plus somptueux panoramas du Léman.

Sur la terrasse de l’auguste demeure tournant le dos à la côte, avec à ses pieds le majestueux escalier qui descend dans le lac et face à soi les Dents-du-Midi, on croit être seuls au monde. La vague rumeur urbaine provenant du rivage tout proche ne parvient même pas à couvrir le doux clapotis de l’eau. Pas étonnant que l’endroit ait inspiré des peintres, dont son actuel propriétaire, Ernst Pflüger, ainsi que des cinéastes, qui l’ont choisi pour décor de leurs films. L’île et la villa se sont également retrouvées sur nombre de supports publicitaires et touristiques. Pourtant, depuis le quai, le caractère insulaire de Salagnon ne saute pas aux yeux. Les agrandissements successifs du port du Basset et de ses digues ont peu à peu encerclé l’île, qui a presque l’air aujourd’hui d’être rattachée à la terre et disparaît derrière la forêt de mâts des bateaux de plaisance.


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Un tableau très différent des cartes postales d’époque, où l’île de Salagnon paraît perdue au milieu du lac. Et cela aurait pu être pire: en 2016, la Municipalité de Montreux voulait ajouter une centaine de places d’amarrage au port, un projet finalement abandonné.

Une végétation luxuriante

Ernst Pflüger possède au Basset un ponton privé muni d’une boîte à lettres, un détail rappelant que l’on s’apprête à embarquer pour l’unique île habitée du Léman. À bord de sa barque à moteur électrique, on accoste celle-ci en silence par un petit port couvert d’une élégante verrière Belle Époque. On pénètre alors dans un petit coin de paradis à la végétation luxuriante, classé à l’inventaire des biens culturels d’importance nationale.

À la fin du XIXe siècle, lors de la construction de la ligne ferroviaire du Tonkin, sur la rive française du lac, l’ingénieur Joseph d’Allinges déverse les matériaux d’excavation du tunnel de la Meillerie sur l’écueil rocheux situé devant la baie du Basset et surnommé l’île aux Mouettes. Il la rebaptise du nom de Salagnon, en référence à l’époque où le sel de Bourgogne était dédouané à Clarens.


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D’abord ouverte au public, l’île artificielle est rachetée en 1900 par le peintre français Théobald Chartran, qui y fait construire la villa de douze pièces. Artistes, mécènes américains et politiciens français se pressent à la fête d’inauguration, qui se conclut par un flamboyant feu d’artifices. «Chartran se vantait d’avoir une île en Suisse mais constituée de terre française», rigole Ernst Pflüger.

L’île ne porte pas bonheur aux propriétaires suivants, un industriel alémanique qui meurt deux ans après l’avoir acquise, puis une riche héritière américaine qui fait rénover la villa mais décède avant d’avoir pu s’y installer. En 1947, un courtier zurichois anobli, le baron Ernst Pflüger senior, rachète l’île. Sa famille en fera sa résidence principale durant sept ans. «Nous allions à l’école en bateau, se souvient son fils. J’appréciais cet isolement, nous nous sentions un peu comme des Robinson Crusoé. Et puis, je n’avais pas de problèmes pour avoir des copains! Tout le monde voulait venir ici.»

Des hivers glaciaux

Mais en hiver, ce n’était pas toujours drôle. L’île était particulièrement exposée aux vents glaciaux. «Nous devions parfois casser la glace sur le ponton et dans le port privé à coups de pioche avant de pouvoir prendre la barque pour aller à l’école, raconte la sœur d’Ernst Pflüger», Erna-Verena Yoshitori-Pflüger.

Aujourd’hui, le frère et la sœur, copropriétaires, n’utilisent plus la maison que comme résidence secondaire, y venant surtout en été. «Je me vois plus comme un conservateur qui préserve les lieux en l’état, confie Ernst Pflüger. La décoration n’a pas beaucoup changé depuis l’époque de nos parents. Mais nous n’avons plus besoin d’apporter les sacs de charbon par bateau, il y a le gaz.»

Créé: 14.08.2019, 09h53

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