Isabelle Moret, une campagne chaotique

Election au Conseil fédéral La conseillère nationale vaudoise n’a pas convaincu l’Assemblée fédérale. Son échec est aussi celui du PLR vaudois, qui n’a pas porté sa championne.

Isabelle Moret prend dans les bras le vainqueur Ignazio Cassis à l’issue du deuxième tour de scrutin.

Isabelle Moret prend dans les bras le vainqueur Ignazio Cassis à l’issue du deuxième tour de scrutin. Image: Keystone

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«Le PLR Vaud adresse à Isabelle Moret ses sincères félicitations et ses compliments pour le brillant parcours effectué.» Dans son communiqué de presse, le parti cantonal s’est senti obligé d’insister lourdement sur «l’excellente candidate». Lui qui a fait le service minimum durant cette campagne. La plupart des élus vaudois étaient aux abonnés absents. Une ambiance qui tranche avec celle de nos voisins genevois, dont une bonne partie de la classe politique était derrière la candidature de Pierre Maudet.

«Lancer Isabelle Moret était tout à fait légitime, estime Frédéric Borloz, président du PLR Vaud. Le parlement n’aurait pas accepté qu’il n’y ait aucune femme sur le ticket.» La conseillère nationale de Yens-sur-Morges est la seule femme PLR latine sous la Coupole. Mais Isabelle Moret semble avoir pâti d’un parti cantonal en ordre dispersé et d’une campagne chaotique. Surtout, les Vaudois seraient déjà «servis» au Conseil fédéral avec l’UDC Guy Parmelin. Comme l’ont seriné les Alémaniques. «Un deuxième Vaudois, c’était presque rédhibitoire pour certains collègues», relève le conseiller national Olivier Feller. Cette petite chanson a aussi trouvé un écho dans le canton. «Les Vaudois sont des gens respectueux des institutions, alors avant que nous lancions Isabelle Moret, certains estimaient que le tour du Tessin était venu, note Frédéric Borloz. Il y a eu une petite ambiguïté à un moment.»

Une mauvaise dynamique
L’affaire s’est mal engagée. En juillet, la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro a pris tout le monde de court en annonçant dans les médias son intérêt pour le siège de Didier Burkhalter. Le conseiller aux Etats Olivier Français a fait de même dans la foulée. «Jacqueline de Quattro a ressenti le besoin de marquer son territoire, cela a compliqué le jeu», explique un cacique radical. «Le débat interne a été envenimé par des questions d’ego», se désole un élu local. La direction du PLR Vaud a resserré les boulons. Mais les conditions n’étaient pas optimales pour ranger le parti derrière une candidature vaudoise.

«Isabelle Moret a fait un score plus que convenable si l’on prend en compte la présence de Guy Parmelin au Conseil fédéral et peut-être quelques maladresses de sa part, surexploitées durant la campagne»

«Isabelle Moret a fait un score plus que convenable si l’on prend en compte la présence de Guy Parmelin au Conseil fédéral et peut-être quelques maladresses de sa part, surexploitées durant la campagne, notamment en Suisse alémanique», analyse Olivier Feller. Un autre PLR vaudois se montre plus dur: «Elle est partie la fleur au fusil, mal préparée, mal entourée.» En comparaison avec les deux autres candidats, la campagne de la Vaudoise est apparue un peu légère pour cet élu libéral-radical: «Pierre Maudet s’est entouré d’experts politiques. Ignazio Cassis était toujours seul avec son sac à dos, mais il était extrêmement bien préparé et on sentait qu’il y avait du monde derrière lui. Enfin, Isabelle Moret s’est entourée de juniors, de personnes qui ne connaissent pas bien les arcanes de la politique fédérale.» Elle n’a pas cherché à utiliser davantage des collègues qui se sont montrés loyaux envers elle.

Les stratèges du PLR pressentaient que des attaques sur la vie privée d’Isabelle Moret risquaient de sortir durant la campagne. «Mais, elle pensait que non, personne autour d’elle n’était là pour la préparer, observe un élu. Elle a juste réussi à se mettre les médias à dos pendant que Maudet se les mettait dans la poche.»

La question femme
Les «contradictions» de la candidate ont «déçu» des «grands électeurs». Des hommes. Leurs griefs peuvent se résumer ainsi: d’un côté, Isabelle Moret a affirmé ne pas vouloir mettre en avant son statut de femme, et de l’autre, elle insistait sur sa situation de mère de deux jeunes enfants séparée. Ce qui aurait été une première au collège gouvernemental.

L’histoire l’a illustré, les deux sexes ne partent pas forcément de la même ligne de départ pour la course au Conseil fédéral. C’est en tout cas l’observation de la conseillère nationale Vert’libérale vaudoise, Isabelle Chevalley: «Quand on est une femme en politique, on ne vous pardonne rien. Aujourd'hui, je constate qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour les femmes dans ce monde politique qui est toujours machiste.»

Créé: 20.09.2017, 21h04

L'ambiance dans la commune d'Isabelle Moret. (Video: FABIEN GRENON)

Réactions

Les Vaudois présents à Berne s'étaient fait une raison avant l'élection

La délégation vaudoise a suivi l’événement, sagement assise au balcon du public, avec vue plongeante sur la salle du National. Quatre conseillers d’Etat étaient aux premières loges, Nuria Gorrite (PS), Cesla Amarelle (PS), Jacqueline de Quattro (PLR) et Pascal Broulis (PLR), accompagnés de la présidente du Grand Conseil, Sylvie Podio (Les Verts) et de plusieurs députés. Pourquoi pas le gouvernement in corpore? A la tribune d’à côté, tout le Conseil d’Etat genevois était là pour soutenir Pierre Maudet. «La règle veut que si un conseiller d’Etat se présente, tout le collège se déplace, sinon c’est une délégation de quatre», explique Nuria Gorrite, présidente du Conseil d’Etat. Il n’y a pas eu de convoi officiel non plus: les trois conseillères d’Etat sont venues la veille au soir (après la fête en l’honneur de Cesla Amarelle à Yverdon-les-Bains) et Pascal Broulis a rejoint le groupe le matin.

Après le vote, aucune larme sur les visages: on le savait bien, Isabelle Moret n’était pas la favorite. «C’était l’heure du Tessin, philosophe Pascal Broulis dans le couloir. Le choix du ticket était tactique et a au moins empêché une candidature sauvage de l’UDC.» Nuria Gorrite, qui avait soutenu Isabelle Moret cet été, regrette qu’il y ait «une femme de moins au Conseil fédéral». Cela dit, «chaque élection a ses critères prépondérants et, cette fois-ci, on sentait que c’était la cohésion de la Suisse avec la nécessité de valoriser le Tessin. Et puis le fait que le canton a déjà un élu au Conseil fédéral a pesé, avec une modestie toute vaudoise.»

Bref, personne ne s’attendait à faire de grandes libations au chasselas ce matin. Après des selfies et une photo de groupe, la délégation décide d’aller boire un café au Vallotton, qui jouxte le Conseil national. Sur le chemin, Frédéric Borloz, conseiller national et président du PLR Vaud, assure qu’il n’est «pas déçu. La constellation n’était pas favorable à Isabelle Moret, mais elle s’est montrée courageuse dans une campagne difficile.»

Jacqueline de Quattro essaie aussi de positiver et souligne que la candidate malheureuse «est encore jeune, elle pourra rebondir de tout un tas de manières. Pourquoi pas en devenant conseillère d’Etat?» Samuel Bendahan (PS), qui vient de rallier le Conseil national suite à l’élection de Cesla Amarelle, salue la délégation. «La politique fédérale est passionnante», dit-il, mais il avoue s’être ennuyé ce matin face à l’absence de suspense.

Cesla Amarelle arbore son ancien badge de conseillère nationale, qu’elle a pris avec elle pour la journée. S’ennuierait-elle de Berne? «Pas aujourd’hui en tout cas», assure-t-elle. Pendant le discours d’Ignazio Cassis, elle a tweeté: «Il ne suffit pas de citer Rosa Luxembourg pour cacher l’udc-isation toujours plus grande de la Suisse.» Allusion au fait que le candidat tessinois a renoncé à sa double nationalité afin de s’attirer les voix de l’UDC: «Le débat était à un bas niveau. Il n’aurait pas dû accepter d’entrer sur le terrain identitaire.»

Les cafés terminés, il est temps de descendre à la galerie inférieure pour rejoindre Isabelle Moret, puis se diriger vers le buffet. Ce n’est pas la journée du canton de Vaud, mais le taillé de Goumoëns est au moins à l’honneur, à côté des charcuteries tessinoises.

Patrick Chuard

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