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«J’ai été abandonné dans une étable, j'avais 3 mois»

Plusieurs anciens enfants placés ont assisté hier aux excuses officielles du Canton de Vaud. Ils témoignent de leur calvaire.

Clément Wieilly a fondé l’Association pour la Dignité (APLD). Elle regroupe plusieurs anciens «enfants placés». «Il n’est jamais trop tard pour s’excuser», note-t-il.
Clément Wieilly a fondé l’Association pour la Dignité (APLD). Elle regroupe plusieurs anciens «enfants placés». «Il n’est jamais trop tard pour s’excuser», note-t-il.
ARC/Jean-Bernard Sieber

Je suis née dans une famille d’accueil. Ma maman y avait été placée à 18 ans, car elle était une fille-mère. J’y ai moi-même été violée.» Le destin de Marianne Steiner est dur à écouter. Hier, elle le racontait avec une voix tremblante dans la buvette du Grand Conseil à Lausanne.

Pourquoi cet endroit particulier? Car elle faisait partie des quelques «enfants placés» qui sont venus assister aux excuses officielles des autorités vaudoises. Celles-ci s’adressaient à toutes les «victimes de mesures coercitives» jusqu’aux années 1980. Ces termes regroupent plusieurs catégories de personnes: enfants arrachés à leurs parents, malades mentaux stérilisés, alcooliques, prostituées et «fainéants» internés.

Vies ballottées

Mais quels ont été les destins de ces enfants marginalisés? Une vie de gamin trimballé entre familles d’accueil, orphelinats et internats, faite de violences physiques et sexuelles pour certains.

«Ma mère et moi avons pu quitter notre famille d’accueil pendant deux ans. Mais j’y ai été à nouveau placée à l’âge de 2 ans, car ma mère s’était mariée à un homme peu recommandable.»

Le reste de l’enfance de Marianne Steiner a été fait de va-et-vient. A nouveau violée avant ses 10 ans, elle a été placée dans une famille en Suisse alémanique à l’âge de 16 ans, puis dans un internat à Genève dont elle a fugué plusieurs fois, puis à nouveau outre-Sarine. «Là, j’ai encore fugué quelques fois et, à cause de cela, on m’a envoyé dans une prison pour femmes dans le canton de Berne pendant une année. J’avais 18 ans. J’étais mineure, car la majorité était fixée à 21 ans.»

«Le problème subsiste»

Les excuses, Marianne Steiner les accepte avec difficulté: «Aujourd'hui, les problèmes subsistent. Ma fille a aussi été en internat et y a subi des violences.»

Ces excuses, Clément Wieilly les accepte aussi. «Il n’est jamais trop tard», note ce sexagénaire qui a fondé l’Association pour la dignité (APLD). «Ma mère m’a abandonné dans une étable dans le canton de Fribourg alors que j’avais 3 mois, raconte-t-il. Elle avait demandé de l’aide à l’Etat, qui la lui avait refusée. Je ne l’ai vue qu’une fois, sur son lit de mort dans les années 1960.»

Son parcours? D’abord l’orphelinat catholique à Fribourg jusqu’à 13 ans. «Nous étions battus et il existait un système d’électrocution automatique pour les enfants qui faisait pipi au lit, se souvient Clément Wieilly. Ensuite j’ai vécu deux ans dans une famille de paysans, où j’avais un papa et une maman pour la première fois.» Puis retour en institution, où les violences ont recommencé. Clément Wieilly touche désormais l’AI, après avoir travaillé dans l’enseignement et comme animateur socioculturel.

En prison pour alcoolisme

Les drames subis par les «victimes de mesures coercitives» semblent sortir d’une autre époque. Mais certains les ont vécues il y a à peine plus de trente ans. Anne-Catherine Menétrey-Savary s’en souvient. Cette ancienne députée et conseillère nationale Verte a été à l’origine de certains changements de lois dans les années 1970 et 1980.

«A l’époque, j’avais rencontré un alcoolique. Il était en prison à Bochuz à cause de son alcoolisme et sans avoir commis un délit. On parlait très peu de ces internements. Ils étaient considérés comme des problèmes législatifs, avant d’être des problèmes humains.»

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