«J’envisage de me présenter pour le Conseil national en 2019»

PolitiqueAprès avoir renoncé au Conseil fédéral, Jacqueline de Quattro explique son choix et dit son envie de quitter le Conseil d’Etat pour siéger à Berne.

La ministre Jacqueline de Quattro songe à quitter le Gouvernement vaudois en 2019 pour siéger à Berne.

La ministre Jacqueline de Quattro songe à quitter le Gouvernement vaudois en 2019 pour siéger à Berne. Image: Philippe Maeder-A

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Fin de l’ascèse médiatique pour la ministre Jacqueline de Quattro. Elle s’y astreignait depuis sa postulation, il y a trois semaines, à la succession du conseiller fédéral Didier Burkhalter. Jeudi, la conseillère d’Etat s’est officiellement ralliée à la candidature d’Isabelle Moret. Cela faisait partie d’un plan, explique-t-elle aujourd’hui. A l’avenir, elle ne renoncera pas une nouvelle fois à siéger à Berne et les élections fédérales de 2019 pourraient l’amener à quitter le gouvernement cantonal.

Alors finalement, vous n’êtes pas candidate à l’investiture pour le Conseil fédéral. Pourquoi?
Pour laisser le maximum de chances à Isabelle Moret. Ma candidature avait un double objectif: rompre avec le leitmotiv du «Ticino First», entendu en ritournelle dès que Didier Burkhalter a annoncé sa démission. Ce siège est romand et s’il revient à un Tessinois, on ne sera pas près de le récupérer. C’est celui de l’UDC Guy Parmelin que l’on peut considérer comme «surnuméraire», car acquis au détriment des Suisses alémaniques. De plus, le PLR vaudois avait une longue tradition d’être représenté au Conseil fédéral, interrompue depuis le départ de Jean-Pascal Delamuraz. Notre section est la plus importante de Suisse avec celle de Zurich. Nous ne sommes pas moins légitimés à revendiquer ce siège que le Tessin.

Il s’agissait aussi d’ouvrir la voie à une candidature féminine, non?
C’était mon autre objectif. Il est important de profiler les femmes compétentes et expérimentées. Nous avons encore de la peine à être élues dans les partis bourgeois. La preuve: je suis la seule conseillère d’Etat PLR dans toute la Suisse latine! Et cela fait vingt-huit ans, depuis la démission de la radicale Elisabeth Kopp, qu’il n’y a plus de femme PLR au Conseil fédéral. En tant qu’ancienne présidente des Femmes PLR suisses, j’estime que l’égalité l’emporte sur les considérations régionalistes. D’ailleurs, si la section tessinoise avait présenté Laura Sadis aux côtés d’Ignazio Cassis, j’aurais retiré ma candidature. Isabelle Moret et Pierre Maudet ont fait savoir qu’ils n’auraient alors pas fait acte de candidature. Et le Tessin aurait son siège! Isabelle Moret montre l’exemple: une femme, qui plus est mère de famille, n’a pas à renoncer à ses ambitions en se disant: «Je n’ai pas le droit, on va me le reprocher.»

Tout cela ne dit pas pourquoi c’est vous qui vous effacez devant Isabelle Moret et pas le contraire…
Parce que c’est elle qui a les meilleures chances d’être élue et que de voir accéder une femme vaudoise au Conseil fédéral l’emporte sur mon intérêt personnel. L’élection au Conseil fédéral est en fait une cooptation par les pairs, et Isabelle Moret est évidemment plus connue des parlementaires que moi. Nous avons toutes les deux les compétences requises par notre parti pour la fonction, elle par son expérience parlementaire et sa vice-présidence du parti et moi par mon expérience de dix années dans l’Exécutif d’un des plus gros cantons suisses. J’y ai conduit avec succès des dossiers complexes, comme ceux de la sécurité, de l’aménagement du territoire ou encore de l’énergie. Je n’ai pas peur de prendre des décisions difficiles. Isabelle maîtrise les dossiers fédéraux et est très respectée à Berne. C’est une excellente ambassadrice de notre parti, que je soutiens avec enthousiasme.

Votre retrait était convenu d’avance avec elle?
Nous avons discuté ensemble tout l’été. Contrairement aux miens, ses enfants sont jeunes et elle devait réfléchir calmement à l’organisation à mettre en place si elle se portait candidate. J’ai donc décidé de la protéger du battage médiatique, tout en ouvrant la voie à une candidature vaudoise et féminine. Si elle avait choisi de renoncer, je me serais maintenue dans la course. J’étais prête.

Vous avez toujours dit que siéger à Berne vous intéressait, mais vous avez aussi renoncé en 2015 à briguer le Conseil des Etats. Serez-vous enfin candidate aux élections fédérales de 2019?
Je me mettrai probablement à la disposition de mon parti pour l’élection au Conseil national, oui. En 2019, j’aurai fait douze ans au Conseil d’Etat, l’équivalent de trois législatures sous l’ancienne Constitution. J’estime que j’aurai alors accompli le travail pour lequel j’ai été élue et qu’il est temps de laisser la place à quelqu’un de plus jeune. Le PLR dispose d’une belle relève!

Vous viserez le Conseil national. Pourquoi pas le Conseil des Etats?
Olivier Français (ndlr: l’actuel conseiller aux Etats PLR) a réussi le tour de force de reprendre ce siège à la gauche en 2015. Cet exploit-là se respecte.

Vous avez sans doute laissé filer cet été votre dernière chance d’être élue au Conseil fédéral. Comment le vivez-vous?
Sereinement. J’ai bien sûr un petit pincement au cœur car j’aurais adoré relever ce défi passionnant. Je suis une compétitrice dans l’âme. Je sais que le train ne repassera pas une nouvelle fois, mais je n’ai pas de regret. Je ressens de la fierté d’avoir placé les intérêts des Vaudois et des femmes au-dessus des miens. (24 heures)

Créé: 12.08.2017, 08h00

L’ouverture des jeux au PLR

Analyse

Quarante-trois jours après le début de la législature, Jacqueline de Quattro annonce qu’elle compte bien plier bagage pour Berne en 2019. Une déclaration qui surprend par son caractère précoce, mais pas sur le fond. D’abord, la conseillère d’Etat avait déjà assuré durant la campagne des cantonales qu’elle briguait son dernier mandat au Château. Mais surtout, il est acquis que le premier parti du canton s’apprête à vivre une législature de transition. Les trois «vieux» ministres PLR (Pascal Broulis siège depuis 2002, Jacqueline de Quattro et Philippe Leuba depuis 2007) ont verrouillé le jeu en se représentant aux dernières élections. Un, voire plusieurs départs avant 2022 semblent donc inévitables. Le parti ne peut pas prendre le risque de partir sans sortants lors des prochaines élections générales.

Jacqueline de Quattro n’a jamais caché son intérêt pour la politique fédérale, mais elle a déjà raté le train pour Berne à plusieurs reprises. L’élue a tergiversé pour le Conseil des Etats en 2015 et maintenant elle doit laisser la voie libre à Isabelle Moret dans la course au Conseil fédéral. Cette fois, elle plante rapidement les jalons de sa candidature au Conseil national. Une manière de ne pas se faire griller la priorité.

La ministre libérale-radicale ouvre ainsi le jeu pour sa succession au Conseil d’Etat, très tôt dans la législature. Les candidats ne manquent pas. Ils attendent depuis de longues années que les ministres en poste daignent enfin laisser la place. Mais le PLR peut-il se passer d’une femme? Jacqueline de Quattro est la seule représentante féminine du parti dans les Exécutifs des cantons latins. Tout comme Isabelle Moret est la seule femme PLR francophone aux Chambres fédérales. Cela explique pourquoi ces deux seuls noms de femme ont circulé en Suisse romande pour succéder à Didier Burkhalter.

Au niveau du Conseil d’Etat vaudois, 2019 pourrait bien être l’année de la syndique de Payerne, Christelle Luisier. A moins qu’une certaine Isabelle Moret ne soit pas élue au Conseil fédéral…

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