«J’ai gagné une seconde vie en perdant ma jambe»

TémoignageNicole Tille a frôlé la mort le 18 juin 1991. Elle publie un livre pour susciter l’espoir. Et se bat au parlement en faveur des amputés.

Aux yeux de Nicole Tille, amputée de sa jambe gauche, l’inattendu constitue l’essence même de la vie.

Aux yeux de Nicole Tille, amputée de sa jambe gauche, l’inattendu constitue l’essence même de la vie. Image: Patrick Martin

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Elle était en route sur la Gillies Highway en direction de Gordonvale, en Australie. Du haut de ses 21 ans, Nicole Tille espérait voir un kangourou. C’est la mort qu’elle a vue de près, ce 18 juin 1991. Après le violent choc frontal contre une autre camionnette, les pompiers ont mis longtemps pour la désincarcérer, sa chair lacérée se mêlant à la tôle. On l’amputera de sa jambe gauche. Cette Blonaysane de 49 ans établie dans le village voisin de Châtel-Saint-Denis (FR) publie un livre, «Survivre debout avec une jambe en moins», tel un message d’espoir.

La saveur de l’existence

«En perdant ma jambe, j’ai gagné une seconde vie, explique Nicole Tille. Mon goût pour l’existence a pris une tout autre saveur, plus authentique, une sorte d’urgence à vivre, debout!» Très vite, elle a pris conscience de la chance d’être encore de ce monde, miraculeusement, malgré une intégrité physique mise à mal.

Pas à pas, elle a accepté sa «normalité différente», au prix d’efforts quotidiens. «Plutôt que de me poser en victime, j’ai fait le choix d’affronter le destin et d’accepter ma situation.» Outre son handicap, elle a dû accepter son apparence. La première fois qu’elle a vu son reflet dans un miroir, après l’accident, ce fut un choc pour cette jeune femme qui, auparavant, portait volontiers des talons hauts et des jupes courtes. Des accessoires qui lui avaient permis d’apprivoiser la féminité refoulée de son adolescence de garçon manqué.

Ce qui ne l’a pas empêchée par la suite, avec une jambe en moins, de se remettre au ski, au trial, à la plongée et même à l’escalade. Nicole Tille, heureuse maman de Sophie, n’a pas fait l’impasse sur la maternité, même s’il a fallu adapter sa prothèse au fil de sa grossesse. «En fait, j’ai presque eu une vie normale, de l’amour et des divorces, sourit-elle. J’ai pu m’en convaincre: ce n’est pas mon handicap qui me définit en tant que personne.»

C’est en s’apercevant qu’elle a vécu des événements extraordinaires que Nicole Tille a décidé de publier un livre: «J’ai attendu de prendre un peu de bouteille avant de me mettre à l’écriture. Ce livre s’adresse directement aux personnes touchées par un tel bouleversement, mais aussi à leur entourage, le plus souvent projeté dans l’inconnu.»

Militante

Nicole Tille est aussi une militante. En 2015, elle a fondé l’association Promembro, avec les conseillers nationaux Balthasar Glättli (ZU) et Roger Golay (GE), pour que les assurances sociales prennent mieux en charge les personnes ayant besoin d’une prothèse. «Pour des raisons économiques, elles ne proposent que des prothèses basiques alors que le progrès technique permet de réduire les souffrances que ces personnes endurent au quotidien.» Les motions déposées par l’association ont été acceptées par le Conseil national en septembre dernier. Et le Conseil des États se prononcera cet automne.

Aux yeux de Nicole Tille, l’inattendu constitue l’essence même de la vie. «Quand on y fait face, les barrières tombent, tout comme la peur du lendemain. J’ai appris à éloigner mes angoisses face à des éléments qui ne sont pas de mon ressort. Et je laisse la place à des projets avec mon compagnon, mes proches et mes amis.»

Créé: 18.06.2019, 06h51

«Survivre debout avec une jambe en moins»

Éditions Attinger, 173 p: dans toutes les librairies romandes.

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