«J’avais si mal que j’ai pensé au suicide»

TémoignagePrésidente de l’UDC Lausanne, Anita Messere se bat depuis cinq mois contre un cancer virulent. Récit d’un calvaire.

Anita Messere n’a lâché ni son job ni la politique. «Une manière de rester en vie.»

Anita Messere n’a lâché ni son job ni la politique. «Une manière de rester en vie.» Image: FLORIAN CELLA

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«À 42 ans, je voulais un enfant, pas un cancer!» Ce cri de désespoir, Anita Messere l’a lancé sur Facebook en décembre dernier. La Lausannoise venait de découvrir qu’elle avait un cancer aux poumons avec des métastases au cerveau. Élue à la tête de l’UDC Lausanne en 2016 pour relever un parti en lambeaux après des guerres internes, cette architecte et enseignante au tempérament de battante se retrouve face à un défi autrement plus crucial: sauver sa peau.

Ce mois de décembre 2017 marque le début d’un long cauchemar. Anita Messere fait d’abord une crise d’épilepsie dans un bistrot. «J’allais chercher des moules pour faire des chocolats, raconte-t-elle. Quand je suis arrivée dans le bar, j’ai commencé à parler toutes les langues, allemand, italien et anglais. Après je suis tombée par terre, j’ai fait une crise qui a duré, paraît-il, vingt minutes. D’abord les gens ne se sont pas trop inquiétés, puis j’ai commencé à avoir une hémorragie de la langue car ils ne m’avaient pas tenu la bouche ouverte.»

La crise a été provoquée par une tumeur de 2,7 centimètres au cerveau. Hospitalisée au CHUV, elle subit une opération. Il y aura sept autres «boules» à enlever. Il faudra aussi opérer les poumons. Les mois suivants sont rythmés par des opérations, des chimiothérapies et des séances de rayons. Elle décrit semaine après semaine leur déroulement sur Facebook, parfois avec force détails cliniques. «Facebook m’a été très utile, dit-elle, sans cela, j’aurais eu trop de téléphones.»

«Souffrance indicible»

Elle n’a pas tout écrit sur le réseau social. «C’est invraisemblable ce que j’ai dérouillé au niveau physique et psychologique. Il n’y a pas eu de déficit intellectuel, mais émotionnel, ça oui! C’est bien plus difficile à faire comprendre. J’ai été entourée par quatre psychiatres différents au CHUV. Le cirque… Des fois j’ai été imbuvable avec certains.» Elle dit s’être excusée après coup. «La souffrance était indicible. J’ai pensé au suicide. Je me disais qu’une balle dans la tête me soulagerait, tellement les chimios étaient difficiles. J’ai presque envié les gens qui se faisaient exécuter. Je me disais qu’eux ne souffraient que deux secondes.»

Sur le moment, elle a eu un sentiment d’injustice. «Je ne bois pas, je n’ai jamais fumé, je fais attention à ne pas manger trop de saletés industrielles, de viande, et je n’aime pas l’alcool.» Pourquoi ce cancer? Anita Messere a grandi dans une famille vigneronne d’Épesses. Elle se demande si les produits de traitement de la vigne ont pu jouer un rôle: «Quand mon père venait se nettoyer après le sulfatage, il était couvert de produit bleu. Il pulvérisait peut-être avec un masque, mais il est aussi mort d’un cancer du poumon, tout comme ma mère.» Ses parents fumaient «comme des pompiers». «J’ai été DJ pendant des années aussi dans des endroits où l’on fumait. Je ne sais pas si cela vient de ça.»

«C’est dégueulasse»

Elle se dit aussi que ce cancer, c’est peut-être juste «la faute à pas de chance». Une épreuve de plus dans une vie dont l’enfance n’a pas été rose: «On parlera des Thénardier chez Zola… Je ne peux pas dire qu’il y a eu de la bienveillance et des encouragements. C’était dur.» Ces derniers mois, son frère l’a épaulée. «Au début il est venu, il m’a prise dans ses bras, il m’a dit: «C’est dégueulasse ce qui t’arrive», et il a chialé avec moi.»

Cinq mois plus tard, Anita Messere recommence à marcher sans cannes. Physiquement, elle a changé: «Ils m’ont mise sous hydrocortisone. Ce qui explique que j’ai pris 12 kilos, que j’ai de la graisse.» Elle qui a toujours fait gaffe à son image ose à peine se regarder dans le miroir: «J’ai un goitre, je suis bouffie, j’ai les yeux gonflés, je fais de la rétention d’eau.» Elle porte un chapeau pour sortir. «Ils m’ont dit qu’avec la chimiothérapie je n’aurais pas de cheveux qui tombent. Mais ils tombent quand même. J’ai une tonsure de moine et des trous partout où ils m’ont irradiée.»

Selon des statistiques de 2015, le cancer des poumons laisserait 16% de chances de survie au-delà de cinq ans. Mais Anita Messere s’accroche. «Les progrès sont gigantesques en oncologie… J’espère être sur pied cet été. J’aimerais me remettre au vélo.»

Durant ces mois de combat contre la maladie, elle n’a pas lâché son job. «Je m’occupe du service après-vente de l’entreprise de mon frère. J’ai parfois répondu au téléphone même avec une grippe A et une pneumonie cumulées.» Elle n’a pas non plus lâché la présidence de l’UDC Lausanne. «Continuer à faire de la politique, c’est aussi une manière de rester en vie.»

Créé: 28.05.2018, 07h14

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