«J’ai rencontré de la souffrance à tous les niveaux de l’Église réformée»

ReligionÉlue présidente du Conseil synodal, Marie-Claude Ischer doit faire oublier une législature marquée par la crise. Interview.

Marie-Claude Ischer veut mettre l’accent sur la collégialité au sein de l’exécutif.

Marie-Claude Ischer veut mettre l’accent sur la collégialité au sein de l’exécutif. Image: PATRICK MARTIN

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L’Église évangélique réformée du Canton de Vaud (EERV) aura un nouveau visage dès le 1er septembre prochain. Celui d’une femme, laïque et active dans un foyer pour les victimes de violences domestiques. Marie-Claude Ischer a été choisie pour présider un Conseil synodal presque entièrement renouvelé lors des élections du 29 juin dernier. Elle reprendra la barre après une législature très houleuse, marquée par plusieurs licenciements de pasteurs.

Qu’est-ce qui vous a poussée à vous présenter à l’exécutif?
C’est l’aboutissement d’une longue réflexion, aidée par des personnes qui ont siégé au Conseil synodal il y a quelques années. Je voulais comprendre en quoi consiste ce travail. Il y a aussi eu un cheminement spirituel, accompagné par un pasteur de la fraternité des Veilleurs, que j’ai rejointe il y a quinze ans. Enfin, je suis depuis dix ans l’une des responsables de la commission de médiation de l’EERV. J’y ai rencontré des personnes en souffrance qui m’ont questionnée sur notre structure, notre organisation et sur les liens entre la base et la maison des Cèdres (ndlr: le siège de l’EERV à Lausanne). Pour beaucoup, cette dernière représente «le Canton qui décide».

Vous parlez de souffrance. Comment avez-vous vécu ces années de crise?
J’ai rencontré cette souffrance à tous les niveaux, qu’il s’agisse de paroissiens, de ministres ou de membres du Conseil synodal. Pour une équipe dirigeante, il est souvent difficile d’expliquer ses décisions. Toutes ne peuvent pas être commentées et les gens manquent parfois de vue d’ensemble. En revanche, les personnalités jouent aussi un rôle et nous allons devoir apprendre à communiquer autrement sur nos décisions.

L’ancien Exécutif était perçu comme autoritaire, qu’allez-vous changer?
Le nouveau collège doit encore apprendre à se connaître, mais nous allons mettre l’accent sur la collégialité et le partage des tâches. Si le programme de législature reste encore à définir, à titre personnel je peux dire que nous ferons une place plus grande aux enjeux climatiques et à l’accueil des réfugiés. Ce sont des thèmes sur lesquels l’Église doit se positionner. Enfin, nous devrons recréer le lien avec ceux et celles qui œuvrent au quotidien au sein de l’Église et sont en prise avec le peuple vaudois.

Ce printemps, la moitié des collaborateurs ont signé une pétition pour contester la réorganisation des ressources humaines. Allez-vous en tenir compte?
Ce sera l’un de nos tout premiers dossiers. Nous allons entendre les pétitionnaires et consulter l’équipe RH en place, qui a elle aussi vécu des moments difficiles. Une personne a été engagée jusqu’en septembre pour la gestion administrative, mais, au-delà, nous aurons toute latitude pour réorganiser cet office. Nous ne sommes pas liés par la décision du précédent exécutif.

Une question taraude l’EERV: le pasteur est-il un employé comme un autre dans une entreprise comme une autre?
La question n’est pas simple. Un ministre a un statut public et un message à faire passer. Mais c’est aussi un employé qui a un salaire et un cahier des charges. Nous devons être souples sans oublier qu’il y a une loi sur le travail, ainsi que des droits et des devoirs à respecter de part et d’autre.

L’EERV doit-elle offrir plus de liberté aux paroisses et aux pasteurs, y compris de tendance évangélique?
L’ouverture est nécessaire et, en même temps, il est indispensable de se mettre d’accord sur les règles du jeu, pour que tout le monde soit à l’aise avec les nouvelles manières d’annoncer l’Évangile. Accroître l’autonomie au niveau régional est une demande forte, et nous sommes d’accord sur ce point. Mais il faudra respecter le cadre légal et tenir compte du fait qu’un modèle valable pour une paroisse ne l’est pas forcément pour d’autres.

Vous êtes femme et laïque, qu’allez-vous apporter en tant que présidente?
Le précédent exécutif comptait quatre femmes et nous ne sommes plus que deux. Il paraissait évident à mes collègues que la présidence revienne à l’une d’entre nous. Je pense avoir été choisie parce que je n’ai pas peur me confronter à des avis différents. Je le fais sur le terrain en tant que médiatrice. Mais, pour que cette confrontation soit saine et fasse émerger des solutions, il faut un seuil de confiance suffisant. C’est une attente très forte au sein de l’EERV.



Un coup de sac qui suscite des espoirs

C’est une page qui se tourne. Sur sept conseillers synodaux sortants, seuls deux se sont représentés le 29 juin dernier. Un seul a été repêché. Le renouvellement de l’exécutif était certes une chose entendue, mais l’élection du 29 juin dernier est visiblement allée au-delà des attentes. «Elle tient du miracle.

Il y a eu un réel resserrement des voix autour de ces sept personnes», commente Alain Martin, bon joueur, car lui-même candidat malheureux. Secrétaire général de la Ministérielle (le syndicat des pasteurs), il s’exprime à titre personnel sur le nouvel exécutif. «Il y a un réel potentiel, car chacun de ces élus, lors de sa candidature, a présenté une vision nouvelle en matière de gouvernance. Le parlement d’Église est une institution démocratique qui fonctionne bien, mais nous avons besoin d’un Conseil synodal qui consulte davantage afin de cheminer vers le consensus le plus fort possible.»

Daniel Fatzer, l’un des pasteurs au cœur de la crise qui a secoué l’EERV, a lui aussi suivi avec intérêt l’élection. «Je vois une fenêtre d’espérance s’ouvrir au vu des personnes élues. Leur défi principal sera d’organiser les ressources humaines au sein de l’Église. C’est un modèle qui reste à trouver», commente-t-il alors qu’il prépare justement un ouvrage sur le sujet.

Quant à celui qui présidera encore le Conseil synodal jusqu’à la fin du mois d’août, Xavier Paillard, son premier mot est pour Boris Voirol, l’un des deux candidats sortants. «Je regrette à titre personnel qu’il n’ait pas été réélu pour faire bénéficier de son regard et de ses connaissances.» S’il se réjouit de la diversité des compétences parmi les élus laïcs, il ne se prononcera pas davantage sur la nouvelle équipe: «Je ferai preuve de retenue par rapport à ce qu’ils auront à affronter.»

Créé: 16.07.2019, 07h18

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