«J’ai repéré 37 tiques sur mon fils en un jour»

SantéÀ cause d’un printemps humide, les acariens sont très nombreux cette année. Les maladies qu’ils transmettent ne sont pas anodines. Les cas d’encéphalite augmentent.

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Julie Casolo aime la nature. Elle vit à la campagne, à Vaulion, dans le Jura-Nord vaudois. Cette mère de deux enfants vient de contracter la borréliose, une des maladies transmises par les tiques. «Il ne se passe pas une semaine sans que je me fasse mordre», explique-t-elle. Et pas besoin de passer ses journées en forêt pour être victime de ces acariens, jardiner suffit. «Dans la région, certaines personnes ne mettent plus le nez dehors par crainte de se faire piquer, continue Julie Casolo. Il y a quinze jours, j’ai repéré 37 tiques sur mon fils! Ma fille a déjà attrapé trois fois la borréliose au cours de ces cinq dernières années.»

«Les modifications climatiques sont favorables aux tiques. Elles aiment l’humidité et la chaleur. Ce printemps a donc été propice à leur multiplication»

Les chiffres publiés par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) confirment une nette augmentation des consultations pour piqûres de tiques en mai 2018, par rapport au même mois en 2017 et en 2016 ( voir infographie ). «Les modifications climatiques sont favorables aux tiques. Elles aiment l’humidité et la chaleur. Ce printemps a donc été propice à leur multiplication», explique Charles Dvorak, président du réseau épidémiologique Sentinella (un système de déclaration de certaines maladies centralisé à l’OFSP). Les journées de semaine pluvieuses et des week-ends ensoleillés, avec leur lot de balades dans les bois et d’activités en plein air, font le bonheur de ces bestioles assoiffées de sang.

Une semaine de coma

Le médecin, installé à Vallorbe, voit défiler dans son cabinet des patients mordus par une tique. «Il ne faut pas prendre ce genre d’événement à la légère. Ces acariens transmettent une trentaine de maladies différentes. En Suisse, on voit principalement des cas de borréliose et de méningo-encéphalite à tiques (FSME). Cette dernière est en augmentation. On recense environ 200 cas annuels dans notre pays. Elle est mortelle pour 1% d’entre eux. J’ai eu récemment un patient qui s’est présenté avec un mal de tête et de la fièvre. Une FSME étant suspectée, l’hospitalisation était impérative. Le lendemain, il était dans le coma, et il y est resté une semaine.»

Tous les cas de FSME doivent être obligatoirement rapportés à l’OFSP par les médecins. «Pour ce début de saison, nous avons enregistré quatre cas de méningo-encéphalite dans le canton, deux dans le Nord vaudois et deux à l’est», explique Christiane Petignat, médecin adjointe au médecin cantonal.

Les déclarations de cas de borréliose (aussi appelée maladie de Lyme, du village américain où elle a été repérée la première fois) se font sur une base volontaire. Difficile d’avoir des chiffres précis. L’OFSP affirme qu’il n’y a pas davantage de cas de maladie de Lyme cette année, malgré l’acharnement constaté et les consultations qui en découlent.

Vaccin indispensable

Les tiques porteuses de la borréliose sont présentes dans presque toute la Suisse. Cette maladie est due à la bactérie Borrelia burgdorferi. Elle se soigne avec des antibiotiques. La FSME, en revanche, se transmet par un virus. Aucun médicament ne permet d’en guérir, il faut donc prévenir. Vu l’augmentation des cas ce printemps, l’OFSP recommande plus que jamais le vaccin à toutes les personnes qui habitent ou séjournent temporairement dans des zones d’endémie (voir la carte). «Pour être correctement protégé, il faut trois doses de vaccins qui s’étalent sur neuf à douze mois, explique Charles Dvorak. On vaccine en principe dès 6 ans. Avant cet âge, on estime que le risque de contracter la FSME est faible.»

«Sainte-Croix est devenue une zone à risques pour la FSME, et il y a de plus en plus de tiques. Il faut sensibiliser davantage la population locale, même dans ma région»

Les morsures n’épargnent pas les randonneurs en montagne. Par le passé, les tiques restaient en principe en dessous des 1000 mètres d’altitude. Désormais, elles peuvent grimper jusqu’à 2000 mètres, réchauffement climatique oblige. «Sainte-Croix est devenue une zone à risques pour la FSME, et il y a de plus en plus de tiques, explique Rolf Zumschlinge, médecin-chef du Réseau Santé Balcon du Jura. Il faut sensibiliser davantage la population locale, même dans ma région.»

S’expatrier en Italie, en France ou partir sous le soleil valaisan ne sert à rien, les acariens ne connaissent pas les frontières. Dans le supplément Science & Médecine du journal Le Monde publié en début de semaine, on découvre que les cas de borréliose ont augmenté de 65% en France entre 2015 et 2016. Des chiffres qui font froid dans le dos, mais qui sont également liés à une meilleure médiatisation du phénomène. (24 heures)

Créé: 09.07.2018, 06h38

La maladie de Lyme déroute

La borréliose, aussi appelée maladie de Lyme, a de quoi faire frémir les personnes qui se font régulièrement attaquer par des tiques. Contrairement à la méningo-encéphalite à tiques, pour laquelle un vaccin existe, la borréliose est due à une bactérie. On peut donc l’attraper autant de fois que nos balades en forêt nous amènent à côtoyer, bien malgré nous, les vilains acariens. Si une rougeur apparaît autour de la morsure, le diagnostic est relativement aisé et des antibiotiques sont alors prescrits. Le problème, c’est que la maladie de Lyme peut passer inaperçue. «La forme cutanée de la borréliose est la plus fréquente sous nos latitudes, explique le docteur Charles Dvorak. Mais celle articulaire, répandue aux États-Unis, est aussi possible. Dans ce cas, la personne atteinte présente souvent des douleurs inexpliquées.» Paralysie faciale, gonflement des articulations, courbatures font partie des symptômes possibles et peuvent apparaître plusieurs semaines ou mois après une morsure.

Les gens ne se rappelant plus forcément avoir été victimes des acariens. Deux outils sont aujourd’hui à la disposition des médecins pour en savoir plus. Grâce à une prise de sang, on peut détecter les anticorps dirigés contre les protéines de la Borrelia burgdorferi. Cela indique que le patient a ou a eu la borréliose. En cas d’infections répétées, le test ne sert à rien, car il sera forcément positif. Si le résultat est négatif, il convient de refaire une prise de sang quatre à six semaines plus tard, le temps que les anticorps soient détectables. Autre possibilité: procéder à un test PCR (pour polymerase chain reaction), qui permet de repérer l’ADN de la bactérie. Gros inconvénient: il faut prélever des tissus là où l’on pense que Borrelia s’est localisée. «Ça peut être du liquide articulaire ou céphalorachidien que l’on prélève par ponction. C’est assez invasif et pas forcément concluant, car il y a parfois très peu de bactéries», explique Gilbert Greub, directeur de l’Institut de microbiologie du CHUV. Si la maladie n’est pas soignée, elle peut porter atteinte au système nerveux, entraîner des troubles du rythme cardiaque, voire laisser des séquelles cutanées.



L’application Zecke pour smartphone permet de connaître les risques de contamination et piqûre en fonction de sa position.

En chiffres

129

cas de méningo-encéphalite à tiques (FSME) ont été signalés à l’OFSP depuis le début de l’année 2018, contre 69 à la même période en 2017. Plus que jamais, les personnes vivant dans des zones à risques doivent se faire vacciner.

24

à 36 heures sont nécessaires à la tique pour transmettre la borréliose. En principe, si l’on retire l’acarien avant ce délai, on diminue fortement les risques de contamination.

3%

des personnes piquées par une tique attrapent la borréliose.

20

à 30% des tiques sont porteuses de la bactérie «Borrelia burgdorferi». On estime cette proportion moins élevée pour le virus de la FSME.

Éviter le pire

Activités en plein air

Les balades en forêt, grillades dans les bois mais aussi les activités de jardinage peuvent nous exposer aux morsures. Porter des habits longs et clairs, des chaussettes, se couvrir le cou et mettre du répulsif sont des mesures efficaces pour réduire les risques.

Auscultation

Elle est impérative après une des activités citées ci-dessus. Les tiques peuvent être minuscules et leur morsure est indolore. Il faut être bien attentif
et retirer immédiatement les spécimens trouvés, puis désinfecter la peau.

Surveillance

Dans les jours et les semaines qui suivent la morsure, vérifier si une rougeur apparaît sur la peau. En cas d’érythème migrant (tâche rouge qui s’étend autour de la piqûre), il faut consulter pour se faire traiter contre la borréliose. Maux de tête, rigidité dans la nuque, fièvre doivent aussi mettre en alerte, car ils peuvent indiquer un cas de FSME.

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