Jackpot pour décortiquer le monde de l'invisible

UNILLa Confédération soutient six projets de recherche d’importance stratégique. L’Université de Lausanne fait partie des primés.

Jan Roelof van der Meer, de l'Université de Lausanne, dirigera l’ambitieuse étude. (UNIL)

Jan Roelof van der Meer, de l'Université de Lausanne, dirigera l’ambitieuse étude. (UNIL) Image: UNIL

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On ne les voit pas, mais ils sont partout. Chez l’être humain, dans le règne animal mais également dans l’environnement ou encore sur les plantes, les micro-organismes forment des communautés complexes où les individus se comptent par milliards. Ces ensembles largement méconnus, nommés microbiomes, jouent un rôle essentiel à la vie et occupent de fait une place prépondérante dans l’environnement.

Ce monde de l’invisible vient d’être jugé d’importance stratégique pour la science, l’économie et la société par la Confédération, qui a choisi de doper la recherche qui l’entoure. Lundi matin, face à la presse, le conseiller fédéral chargé du Département fédéral de l'économie, de la formation et de la recherche (DEFR), Guy Parmelin, a fait des microbiomes un Pôle de recherche national (PRN). Véritables graals des financements scientifiques (lire encadré), les PRN, imaginés et développés par les institutions académiques du pays, sont assortis d’enveloppes qui se chiffrent en centaines de millions. Pour la première phase du projet, devisée à 31,2millions, la contribution fédérale se monte à plus de 16millions. L’UNIL et l’EPFZ assumeront le solde.

Équilibre subtil

Le PRN Microbiome est porté par l’Université de Lausanne – et l’EPFZ en tant qu’institution hôte associée. Professeur de microbiologie fondamentale à l’alma mater lausannoise, Jan Roelof van der Meer expose l’immensité de la tâche à venir. Et en profite pour tordre le cou au cliché récurrent qui voudrait que tous les microbes sont mauvais. «Les micro-organismes forment un subtil équilibre particulièrement complexe qui est indispensable à la vie. De nombreux problèmes que l’on constate dans l’agriculture ou qui sont liés à la pollution relèvent d’une perte de diversité du microbiome. Sans parler de la santé. Lorsque, par exemple, on prend un antibiotique, on élimine tous les microbiomes sans distinction. Mais notre bonne santé dépend énormément des bactéries. Sans elles, on ne pourrait pas développer de système immunitaire. Et sans défense, les organismes meurent.»

Maintenir l’équilibre en préservant certaines bactéries, en en éliminant d’autres, est donc indispensable. Pour ajouter à la complexité, poursuit le professeur Van der Meer, chaque organisme vivant possède son propre microbiome, avec chacun ses spécificités. Grâce au séquençage, au recours à la numérisation de données monstres et à des modèles informatiques encore à affiner, les quelque 150personnes des groupes de travail qui composent le projet tenteront de percer les secrets de l’invisible.

Approche transversale

Les ressources allouées sont au niveau des enjeux: immenses. Car, par effet domino, la perte d’équilibre d’un microbiome n’est pas sans conséquence pour les autres. Dans une interconnexion généralisée, analyser et comprendre les micro-organismes, qui lient agriculture, conservation de la diversité biologique et santé, nécessite une approche qui convoque les sciences de la vie, la médecine, la bio-informatique ainsi que les sciences de la nutrition et de l’environnement. Avec l’espoir d’innover et d’amener des solutions dans des domaines aussi divers que la nutrition, la médecine personnalisée, le diagnostic médical, l’agriculture et l’environnement. «Le sujet est extrêmement transversal et les collaborations qu’il prévoit, avec l’EPFZ notamment, sont enthousiasmantes. Nous avons beaucoup recruté pour relever ce défi. C’est une belle reconnaissance pour l’université», se réjouit François Bussy, vice-recteur de l’UNIL chargé des questions liées à la recherche et aux relations internationales.

Créé: 16.12.2019, 18h36

Berne pourrait investir 500 millions

En plus des microbiomes, cinq autres projets ont décroché le sésame très convoité des prochains PRN sur une cinquantaine de projets déposés au Fonds national de la recherche (FNS), a précisé Guy Parmelin à l’heure de l’annonce, lundi.

On en trouve dans les domaines de l'automatisation, de la lutte contre la résistance aux antibiotiques ou encore des technologies quantiques. En Suisse romande, outre l’UNIL, l’Université de Genève et l’EPFL en bénéficient.

Côté enveloppes, sur la période 2020-2023, ce sont plus de 100 millions que la Confédération va mettre sur la table. La suite? Elle dépendra de la capacité des institutions à pouvoir convaincre Berne de poursuivre l’aventure.

Tous les quatre ans, une évaluation est faite pour tous les projets. Répondent-ils au cahier des charges? Enregistrent-ils des avancées significatives? En cas de réponse positive, deux nouvelles phases assorties d’une enveloppe similaire peuvent être lancées.

Une même étude peut ainsi bénéficier d’un soutien durant douze ans. «La Confédération pourrait donc investir plus d’un demi-milliard», indiquait le chef du Département de la recherche. Lancés en 2001, les PRN font collaborer de nombreuses institutions, domestiques et internationales.

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