Jacqueline de Quattro, bilan d'une ministre atypique

Politique vaudoiseL'élue PLR a passé douze ans au gouvernement. Entre crises, tensions et réussites.

Jacqueline de Quattro a eu l’opportunité de présenter différents visages et de défendre les valeurs qui lui sont chères.

Jacqueline de Quattro a eu l’opportunité de présenter différents visages et de défendre les valeurs qui lui sont chères. Image: PATRICK MARTIN

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Pour Jacqueline de Quattro, l’année 2019 s’est achevée sur les planches. Celles de la Revue de Fribourg, où elle a incarné plusieurs personnages féminins, Greta Thunberg, une femme en burqa, une mendiante, ou encore elle-même, devenue conseillère nationale… Dans la réalité de ses douze années au gouvernement vaudois, elle en a campé, des rôles, et des moins ludiques: réformatrice de la police, défenseuse de l’environnement, avocate de l’égalité et aménagiste du territoire. Le bilan de cette ministre pas comme les autres se déroule en quatre époques.

Décollage par vents contraires

Le Parti radical fit de Jacqueline Maurer la première ministre cantonale en 1997. Dix ans après, la pionnière s’en va. Une femme doit remplacer une femme. Non sans mal, Jacqueline de Quattro va s’imposer à ce parti en perte de vitesse.

Mais qui est cette femme-là? Nouvelle municipale de La Tour-de-Peilz, ex-députée éphémère, elle obtient la bénédiction du patronat et du PLR Suisse. Le président Fulvio Pelli la promeut. «Ingérence!» crient ses adversaires. «Une illusion d’optique» dit un ponte broulisien. La suite lui donnera tort. André Kudelski, les femmes radicales et des éditorialistes du «Matin Dimanche» et de «L’Hebdo» la soutiennent. Elle bat à plates coutures ses deux concurrents mâles, Olivier Français et le broulisien Armand Rod. Une fois candidate officielle des radicaux, elle appelle à baisser les impôts, réprimer plus fort la violence des jeunes, reprendre l’École aux socialistes… Ses inflexions droitières gênent ses colistiers, allongent la liste de ses gaffes, fruits verts d’une communication éloignée du consensus vaudois. Son élection en2007 doit autant à la division de la gauche qu’à la force de son personnage, avocate, mère divorcée, dans une droite vaudoise encore unie.

Élue, la voilà en charge de la Police et de l’Environnement. Elle cède le Pénitentiaire à Philippe Leuba mais obtient le Bureau de l’égalité. Elle passe pour la mal lotie du gouvernement. Alors que la gauche garde École, Santé, Social et Infrastructures, la droite majoritaire lui offre la cause des femmes. Mais c’est dans la cause des hommes qu’elle a une obligation de résultats car la réforme des corps de polices s’est enlisée sous Mermoud et Rochat.

Pour ses 100jours, elle dit qu’elle aurait préféré le Département de l’économie. Mais plus que pleureuse, elle se veut décideuse. Après des «émeutes» à Lausanne et Yverdon, elle convoque de fumeuses Assises sur la violence des jeunes. Les crises éclatent chez les tuniques bleues: grève des amendes à la base, guerre des chefs au sommet. Elle n’arrange rien en donnant publiquement de bons et mauvais points aux candidats au poste de commandant. Tout cela stresse le Château, où la sourde guerre avec Broulis se poursuit. La tension est maximale quand elle annonce au parlement qu’il faut 100 policiers de plus mais que les moyens manquent, sous-entendu que Broulis n’en veut pas.

Réussite policière et conversion verte

L’initiative «D’Artagnan» pour une police unique relance le débat. Jacqueline de Quattro mitonne le contre-projet opposé à ce texte du syndicat des gendarmes, fantassins rejoints par les officiers. Elle travaille contre ses employés, en somme. Son modèle des polices coordonnées clarifie le rôle du Canton et préserve l’autonomie de Lausanne et des villes. Il est approuvé quand le peuple rejette l’initiative, en septembre 2009. «La réforme policière s’est faite dans une situation crispée et complexe, relève le président du PLR, Marc-Olivier Buffat. Les polices coordonnées, ce n’était qu’une étape, pensaient certains à l’époque. Aujourd’hui, on ne les entend plus guère. Si ce n’est que ce que Jacqueline de Quattro a réussi à faire est appelé à durer, alors c’est à mettre à son actif.» Elle a alors payé ses galons de ministre, là où ses adversaires souhaitaient un échec. Juste avant les élections de 2012, la nouvelle organisation policière s’applique et la création d’une centaine de postes sur cinq ans est annoncée. L’environnement a aussi attendu. C’est en 2011 seulement que le Conseil d’État crée un fond de 100 millions pour les économies d’énergie. Elle peut déployer les parcs éoliens sur la carte du canton. Fukushima a converti les pronucléaires.

Puis la majorité du gouvernement passe à gauche, quand l’UDC perd le siège du défunt Mermoud. Elle, la mal-aimée du camp bourgeois, cherche à s’inscrire dans une majorité d’un autre genre, celle des femmes, en multipliant les clins d’œil médiatiques. «Mais elle n’a jamais vraiment réussi à trouver sa place, ni parmi les hommes, ni parmi les femmes», note un observateur. Cette configuration lui permet de valoriser son travail en faveur de l’égalité. D’abord pour la protection des femmes contre les violences conjugales, des outils pour l’égalité salariale et, plus tard, la lutte contre les affiches sexistes. Les élections de 2012 confirment sa haute popularité.

Pour elle, le grand chambardement est encore à venir. La gauche dicte la réunion de la chaîne pénale (police-justice-prisons) en un seul département. La Police est ainsi transférée chez Béatrice Métraux, qui lui cède l’Aménagement du territoire.

Territoire en forme de casse-tête

Ministre cantonale de la Sécurité, Jacqueline de Quattro affirmait des revendications fédérales, sur le système pénal ou la sécurité aux frontières. Ministre du Territoire, la voilà plutôt à défendre les vaudoiseries contre Berne. Le 1er janvier 2014, elle hérite du Service du développement territorial, cible de toutes les critiques. Les Communes le considèrent comme un «État dans l’État» trop interventionniste. Les réformes engagées avant son arrivée n’ont pas suffi et le chef de ce service en fait les frais. Habilement, elle le remplace par un socialiste, le Monsieur Métamorphose de Lausanne, Pierre Imhof, ancien haut fonctionnaire vu comme le sauveur du métro M2 et fin connaisseur des tensions Communes-Canton.

En 2013, la Suisse et le Canton ont voté massivement pour un aménagement du territoire plus qualitatif. Il faut redimensionner les zones à bâtir. L’application de la loi pose des problèmes touffus. Dans cette jungle réglementaire, Jacqueline de Quattro choisit de mener un combat contre les services de la Confédération. En2016, le Tribunal fédéral désavoue le Canton, qui réclamait des exceptions à la rigueur de la loi. Reste que nombre de communes vaudoises peinent à réduire leurs zones à bâtir. Mais en2018, cinq ans après l’acceptation de la loi fédérale, Vaud met enfin sa loi d’application en vigueur.

«Ce n’est un mystère pour personne qu’elle aurait voulu garder la Police. C’est compliqué d’appliquer la loi sur l’aménagement du territoire, que le PLR ne voulait pas, note Marc-Olivier Buffat. Nous sommes sortis du moratoire sur les zones constructibles, elle a réussi à bien emmancher cette affaire, difficile pour une PLR par rapport au respect de l’autonomie communale.»

L’environnement et l’horizon bernois

Jacqueline de Quattro et l’environnement, c’est l’histoire d’un volontarisme bridé par la majorité parlementaire de droite et par les opposants aux éoliennes. Depuis Fukushima, c’est à pas très mesurés que Vaud fait sa part du tournant énergétique. «L'environnement est resté le parent pauvre, mais en faire porter la responsabilité à elle seule, c'est exagéré, juge le président des Verts Alberto Mocchi. Certes, elle n'a pas toujours su vendre le sujet à ses collègues, reste que le dossier des énergies renouvelables avance. En revanche, ça a été moins le cas pour la renaturation des cours d’eau ou la biodiversité par exemple. Il y a souvent eu des effets d’annonce sans que cela soit toujours suivi d’effet car elle est une très bonne communicatrice qui sait scénariser des dossiers.» Ses multiples épisodes animaliers dont elle réussit la médiatisation sont d’autres preuves de ce talent, à l’instar du sauvetage du cygne noir qu’elle baptise Nelson en 2016. Fin 2018, les Assises du climat préfigurent un Plan climat toujours à venir. Et dans une année électorale 2019 marquée par l’urgence climatique, elle annonce une augmentation de la taxe cantonale sur l’énergie pour réalimenter le Fonds énergétique. «Il a fallu du courage pour annoncer cette hausse, mais le faire juste avant les élections, ça montre aussi son flair», souligne Marc-Olivier Buffat.

Elle a Berne en tête. Avant les élections de 2017, elle annonce que ce seront ses dernières. Réélue, elle se dit prête à succéder au conseiller fédéral partant Didier Burkhalter, avant de se raviser au profit d’Isabelle Moret. Deux ans plus tard, son parti voudrait la voir partir du gouvernement vaudois en même temps que Pierre-Yves Maillard. Cette tactique aurait dopé les chances de la droite de regagner une majorité au Château. Mais elle refuse de mettre la charrue avant les bœufs, attendant sagement 2019 pour faire le trajet Lausanne-Berne. Comme douze ans plus tôt, Jacqueline de Quattro s’est dégagée du poids de son parti pour avancer dans sa carrière politique.

Créé: 04.01.2020, 11h00

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