Jacques Nicolet, dur à Berne, souple dans le Canton

Portraits de candidats (5/8)Au National, le candidat de l’UDC est un bon soldat du parti suisse. Sur l’échiquier vaudois, il prône la modération et le bon sens.

VIDEO: Jacques Nicolet est-il un blochérien?

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Des principaux aspirants au Conseil d’Etat, il est le moins connu du public. Sa trajectoire météorique mais sans éclats fait dire à des acteurs de gauche comme de droite que Jacques Nicolet est une énigme.

Eleveur de vaches laitières et de poulets à Lignerolle, au pied du Jura, le candidat de l’UDC rêve de marcher dans les pas de Jean-Claude Mermoud, le dernier agriculteur devenu un homme d’Etat vaudois respecté. Il met en avant sa trajectoire en guise de programme: «Je suis un paysan et un politicien de milice, un homme de la terre proche des Vaudois, un patron qui a le sens des réalités.»

«C’est un gars ambitieux, mais simple et pas prétentieux. J’ai du respect pour l’entrepreneur qui n’a pas craint de diversifier son exploitation», commente le sénateur radical Olivier Français. Luc Thomas, directeur de l’organisation agricole Prométerre, décrit «un fonceur qui comprend vite et n’a pas peur de prendre des risques».

Un agrarien AOC

Jacques Nicolet respire comme un UDC vaudois canal historique. Il est venu à la politique en s’engageant pour son village. Puis il est entré à l’UDC pour défendre les paysans. C’était en 1997, avant que la section vaudoise ne profite de la vague blochérienne. Plus tard, les agrariens vaudois, conservateurs dans l’âme, se sont droitisés, sans rougir. Après l’éviction de Christoph Blocher du Conseil fédéral en 2007, ils sont restés fidèles au parti suisse, sans en contester les excès mal vécus. Jacques Nicolet a souscrit à cette évolution. Il se réclame des valeurs UDC: patriotisme, souverainisme. Mais il les vit à la vaudoise: sans intransigeance et en arrondissant les angles. Les provocations de l’UDC contre l’Islam, les frontaliers, les baillis de l’Europe, ce n’est pas sa tasse de thé. Son truc à lui, c’est le bon sens. Il le convoque à tout propos. «C’est son bouclier de campagne», ironise un radical que cela agace.

Jacques Nicolet et la dette vaudoise

Loin d’être un épouvantail comme son parti en a produit quelques spécimens exemplaires, le candidat UDC agace la gauche avec son profil téflon et ses propos simples, presque transparents. Alors on attaque la personne. On critique «l’usurpateur» quand il se réclame de l’héritage laissé par Jean-Claude Mermoud. Dès ses débuts, l’ancien conseiller d’Etat, un taiseux posé et réfléchi, dégageait une impression de solidité. Jacques Nicolet, plus intuitif et spontané, n’inspire pas la même confiance. Quand il commet une maladresse, comme sa petite phrase sur Marine Le Pen, il reconnaît son erreur et joue la carte du novice. Une sincérité qui tranche avec le ton contrôlé des routiers du bac à sable politique.

Ecoutant ses contradicteurs sans les agresser, Jacques Nicolet ne s’émeut pas quand la gauche le diabolise en «agrarien blochérisé», vilipendant sa fidélité à la ligne dure du parti suisse. Au Conseil national depuis octobre 2015, il a en effet voté dans 93% des cas comme Roger Köppel, la star alémanique et ardent défenseur de l’héritage national conservateur laissé par Blocher. «On doit tenir la ligne. On a droit à de rares jokers. Je les réserve pour rallier le groupe UDC à mes vues sur les questions agricoles», se justifie le Vaudois. Il a tout de même défendu la SSR contre son parti; et il désapprouve le référendum que l’UDC lance contre la transition énergétique: «Cela conduirait à des blocages, or la transition est nécessaire.»

La question qui fâche

Dur à Berne, souple dans son canton, telle semble être sa devise. En terres vaudoises, la question qui fâche, c’est l’immigration. Le candidat UDC s’efforce de gommer les différences qui le séparent de ses colistiers du PLR. Il ne renie pas son engagement pour l’initiative «Contre l’immigration de masse»; mais concède que la libre circulation des personnes a été le carburant de la belle croissance vaudoise. Alors quoi? «Il faut freiner un petit peu. Trop de concurrence sur le marché de l’emploi finit par nuire à la classe moyenne.» Cela reste vague, comme quand il déplore que la facture sociale augmente mais exclut de couper dans les standards de l’aide sociale, dans les allocations familiales, dans les subsides LAMal ou dans les prestations complémentaires que le Canton a étendues avec l’aval du peuple.

Ces chers frontaliers

La loi d’application du frein à l’immigration enfin votée aux Chambres fédérales «n’est pas satisfaisante», regrette Jacques Nicolet, mais il n’en fait pas un fromage: «Le pays peut vivre avec ce compromis.» C’est dit sans conviction. Et bien sûr pas un mot sur l’incertitude qui pèse depuis trois ans sur les entreprises devant recruter.

En revanche, l’UDC vaudois exclut pour son canton une initiative antifrontaliers comme celles lancées par l’UDC à Neuchâtel et au Tessin: les frontaliers sont une main-d’œuvre d’ajustement utile, ils ne créent pas de besoins en logements, en écoles.

Jacques Nicolet et l'école vaudoise

Lui-même recourt à un vétérinaire de France voisine pour certains actes sur son bétail. «On peine à trouver toutes les compétences dans ma région», dit-il. La préférence nationale à l’embauche? «L’Etat peut montrer l’exemple. N’imposons pas la règle, favorisons-la. Sans règlement, ni loi. Un peu de bonne volonté suffira.»

Jacques Nicolet fera-t-il oublier les conflits qui ont sali l’image de l’UDC vaudoise? Après les chocs d’ambition et d’ego gonflés à l’hélium, c’est lui qui a émergé du chaos, adoubé par d’anciens agrariens influents. Sa présidence du Grand Conseil en 2014 a été le tremplin de son élection au National l’année suivante. En à peine deux ans, il est devenu la figure du parti cantonal dont il a pris la présidence pour servir son ambition. Est-il un opportuniste? «Il faut savoir ne pas rater les trains», glisse l’agriculteur.

Créé: 05.04.2017, 07h17

Une vie au pied du Jura

Né le 24 octobre 1965, Jacques Nicolet grandit au pied du Jura, où son père, ouvrier agricole, rachète le domaine de son patron quand celui-ci fait faillite. Il fait son apprentissage d’agriculteur à Mathod. En 1990, il reprend avec son frère l’exploitation du domaine centré sur la production laitière dédiée à la fabrication de fromage. L’année suivante, le bâtiment rural, dans le village de Lignerolle, est dévasté par un incendie. Jacques Nicolet se relance, seul cette fois, et développe le domaine.

En 1994, il entre à la Municipalité de son village. En 1997, il adhère à l’UDC, section d’Orbe. Dix ans plus tard, il se porte candidat au Grand Conseil, mais échoue. Il entrera au parlement en 2008 à la faveur de désistements dans le groupe UDC. En 2011, son fils Jonathan s’associe à lui pour exploiter le domaine. Cette année-là, Jacques Nicolet échoue à devenir syndic, mais cela ne le freine pas. Sa présidence du Grand Conseil (2014) sera le tremplin qui lui vaut son élection au Conseil national le 18 octobre 2015. Père de quatre enfants – il avait 18 ans à la naissance du premier –, il est divorcé et vit en couple avec sa compagne.

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