«Je fais des jaloux parmi les migrants»

Asile Premier requérant à être logé dans une famille suisse, Morad Essa a appris le français à vitesse grand V. Rencontre.

Morad Essa enchaîne les cours de français intensifs depuis des mois. A terme, il rêve de décrocher un apprentissage de mécanicien.
Vidéo: Marius Affolter

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Si l’Etablissement vaudois pour l’accueil des migrants (EVAM) cherchait un ambassadeur pour son programme d’hébergement d’un requérant à domicile, Morad Essa décrocherait le poste à coup sûr. Il faut dire que le jeune homme connaît particulièrement bien le programme en question. Et pour cause: il est le premier, en Suisse, à l’avoir expérimenté.

Maîtriser l’accent vaudois

Retour en mars 2015. Alors âgé de 23 ans, le jeune Morad Essa, requérant d’asile érythréen, pose ses valises dans la maison d’une famille vaudoise qui vit à quelques encablures de Morges. A l’époque, Morad, accompagné d’un interprète, ne parle pas un mot de français, fait de sa présentation à la presse un drôle de numéro d’équilibriste aux allures de dialogue de sourds.

Aujourd’hui, le contraste est saisissant. Nettement moins timide qu’à l’époque, Morad Essa parle surtout un français impeccable, que ne trahissent que quelques hésitations.

Outre les cours intensifs dans la langue de Molière qu’il suit dans les structures de l’EVAM, on sent, à l’entendre, que c’est principalement l’immersion que prône le programme d’accueil à domicile qui lui a permis un tel bond en avant. «Si j’étais resté dans l’abri ( ndlr: de la protection civile, où sont logés la plupart des migrants), je ne parlerais sûrement pas le français aussi bien. Grâce à l’immersion dans un foyer, j’ai très rapidement progressé. J’arrive même à distinguer les principaux accents romands», sourit le jeune homme, qui rêve désormais de maîtriser l’accent vaudois. «J’ai fêté mon 25e anniversaire au Paléo. Si ce n’est pas de l’intégration, ça!» glisse-t-il encore dans un éclat de rire.

Mieux: fort de ses capacités linguistiques, Morad Essa joue carrément les traducteurs pour d’au­tres migrants, dont certains pourtant arrivés en Suisse longtemps avant lui. Cette maîtrise du français lui a même permis de monter sur les planches, à l’occasion d’un projet de théâtre en partenariat avec le Théâtre de Vidy.

Désormais au bénéfice d’un permis F avec des rêves de permis B, le jeune homme se sent bien en terre vaudoise, où il entend rester durablement. «Initialement, le contrat passé avec ma famille d’accueil prévoyait que je ne reste que six mois. Mais les choses se sont tellement bien passées que nous avons laissé tomber le contrat et que je suis resté. Je me suis trouvé une deuxième famille, où je suis le grand frère. Aujourd’hui, je ne redoute qu’une seule chose: le jour où je devrai les quitter.»

Objectif Cenovis

Symbole d’une intégration réussie et porte-drapeau d’un programme de solidarité qui a le vent en poupe, Morad Essa confie tout de même que les débuts ont été difficiles. «J’avais un peu peur lorsqu’on m’a proposé d’aller vivre dans une famille. Dans l’abri où je vivais, plusieurs migrants m’avaient mis en garde contre le fait d’aller vivre chez des Suisses. J’ai finalement décidé d’y aller et j’ai trouvé ça exceptionnel. Côtoyer une culture différente m’a énormément apporté. D’ailleurs, je connais un autre migrant qui a été approché pour participer au programme. Je l’ai chaudement encouragé à y aller. Aujourd’hui, je sais que ma situation fait des jaloux parmi les migrants», explique l’Erythréen.

Sa vie «d’avant», Morad Essa, pudique, n’en parlera pas beaucoup. Tout au plus lâchera-t-il que sa famille, restée au Soudan, lui manque, malgré quelques contacts épisodiques. «Mais ma vie est douce aujourd’hui», ose le jeune homme, dans une tournure qu’on sent lourde de sens. On devine donc aisément qu’il fera tout pour faire durer cette belle histoire.

Après l’apprentissage de la langue qu’il compte encore perfectionner, c’est par le travail que le migrant compte poursuivre son intégration. «Je cherche une place en apprentissage de mécanicien pour l’an prochain, c’est ce que je faisais au Soudan.»

En attendant, Morad Essa, pour qui les lignes de bus lausannoises n’ont plus aucun secret, ambitionne de se fondre toujours un peu plus dans le paysage. Notamment en ce qui concerne ses habitudes culinaires. «La nourriture, en Suisse, est l’une des choses qui m’a le plus étonné en arrivant. La fondue, par exemple, c’était dur la première fois», sourit le jeune homme, qui découvre l’existence du Cenovis durant l’entretien. «Je ne connais pas, mais je goûterai ça aussi tôt que possible, promet-il. C’est ça l’intégration.»

Créé: 24.07.2016, 17h07

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