Jardiner pour son bien et pour celui de ses enfants

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Nicolas Tschanz, Anne Onidi, sa petite fille Rosalie et une voisine, Angela, jardinent dans les potagers communautaires du parc de Valency. Manière pour eux de promouvoir le développement durable et faire du bien à la planète.

Nicolas Tschanz, Anne Onidi, sa petite fille Rosalie et une voisine, Angela, jardinent dans les potagers communautaires du parc de Valency. Manière pour eux de promouvoir le développement durable et faire du bien à la planète. Image: FLORIAN CELLA

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«Il faut cultiver notre jardin», dit Voltaire dans Candide. Si la phrase est inspirée par un vieux jardinier, c’est avant tout du bonheur et du soin qu’il faut y accorder qu’elle traite. En contrebas du parc Valency, à Lausanne, une quarantaine d’habitants du quartier s’appliquent à cultiver leur petit lopin de terre.

Ceux que nous rencontrons par une fraîche matinée du mois de mars aiment leur jardin avant tout justement pour le plaisir que le jardinage procure. «Nous sommes des citadins et pouvoir jardiner en ville, c’est juste génial», s’enthousiasme Nicolas Tschanz. Il vit à quelques mètres de son jardin de 18 m2. Pour ce graphiste indépendant, prendre quelques heures auprès de ses plants est un luxe qu’il apprécie.

Libérateur, concret, relaxant... Les usagers du jardin de Valency ne tarissent pas d’éloge. «Sur mon balcon, j’ai une pancarte qui dit: un jardin, c’est mieux qu’une thérapie et en plus vous aurez des tomates. C’est exactement ça!»

Car c’est bien de la nourriture, qu’il cultive. Pas comme sa voisine Angie, une anglaise à la retraite qui «aime faire pousser des fleurs» sur son carré. Un autre planteur du coin préfère les piments: il ne cultive que ça. Plus loin, une jardinière se veut plus expérimentale : «elle plante de la mandragore, et plein de choses un peu rares», observe Nicolas Tschanz.

Ca fait longtemps que lui et sa femme n’achètent plus leurs légumes dans les grandes surfaces, mais plutôt au marché. «Après, il ne faut pas rêver, on ne va pas nourir la famille avec notre production!» Durant la belle saison, toutefois, c’est régime courgette et tomates du jardin.

Anne Onidi a opté pour une parcelle bien plus petite. Et avoue avoir eu une première année difficile pour ses tomates, parce que trop pluvieuse. «La deuxième année, on se met à chercher la rentabilité! Un genre de challenge personnel, parce qu’on est tous des amateurs ici.»

Nicolas enchaîne: «franchement, il y a quelque chose de magique d’avoir une graine dans un pot de yoghurt et que ça finisse par devenir un plant de tomate.» Regarder pousser la vie. Mettre les mains dans la terre, la retourner, la cultiver. Des activités qu’ils sont aussi heureux de partager avec leurs enfants respectifs. «J’ai un souvenir magnifique de ma fille, bébé, qui, pendant le retour à la maison, mangeait la salade à tondre qu’on venait de cueillir et qui n’arrêtait pas d’en redemander» , raconte Anne. Les goûts ! «Incomparables» avec ce qu’on achète.

Pour Anne, le plantage de Valency a une valeur de loisir et d’éducation presque autant pour sa fille que pour elle. Elle a participé aux prémices de la démarche, quand la ville de Lausanne a proposé aux habitants du quartier de réaliser leur jardin. Nicolas aussi, était déjà là. Ils déclarent tous deux que le résultat est à la hauteur de leurs espérances. Même si Nicolas déplore que «ça manque parfois un peu d’ambiance, comparé au tout début».

L’aspect social, justement. Aussi important que le goût des tomates ? Tous les usagers du plantage sont obligés d’habiter à moins de 5 minutes à pieds pour avoir y avoir une place. Mais si Nicolas et Anne saluent la composition multiculturelle de l’équipe de jardiniers, ils avouent ne pas y vivre de grands moments de socialisation.  Sauf peut-être lorsqu’il s’agit d’échanger des graines ou d’emprunter des outils. Ceux-ci sont à la disposition de tous, dans de grands bacs cadenassés. «Ça dépend de quand on vient, dit Anne. C’est bien plus occupé le samedi et le dimanche. Ou le soir.» Mais on est loin de l’ambiance méditerranéenne des jardins familiaux, grandes étendues à l’extérieur du centre-ville. Il faut dire qu’ici, pas question d’aménager des cabanes ou autres grils. On cultive son jardin en respectant une charte, en s’engageant à ne pas user de produits chimiques. La liste d’attente pour s’y trouver une place est longue.

La ville indique que 109 habitants attendent leur tour pour tenter d’obtenir un morceau des 14859 m2 de plantages à Lausanne. Patience, toutefois. Le tournus s’effectue au rythme d’environ 15 locataires par an. (24 heures)

Créé: 28.03.2016, 08h36

Vrais objectifs sociaux

«Le jardin fait de son jardinier urbain un vivant. Et de la cité un corps complet qui resprire, s’ensoleille, s’inonde, produit et mange ses productions.» C’est l’essayiste Lorette Coen qui a choisi les mots, dans le cadre d’une brochure de la ville de Lausanne sur ses plantages.

Oui, il y a de la poésie dans le jardinage urbain. Mais il y a aussi des objectifs sociaux et politiques. Les plantages sont tout d’abord venus de l’envie de prolonger, créer une alternative, aux jardins familiaux. Mais aussi d’ajouter du vert en ville. «Une réponse à la reconquête de surfaces stériles», dit la ville.

Si les premières versions des plantages étaient une simple installation de la ville, à Valency, on a privilégié la démarche participative. A Florency et à Praz-Séchaud, c’est l’intégration des migrants qu’on a visé.

Une promotion de la culture biologique s’ajoute au programme. Partout, une charte explique les principes de ce type d’agriculture et les planteurs sont tenus de s’y plier.

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