Les jardins de plantes indigènes, où la nature prime sur le spectacle

Développement durableLa pépinière Baudat a conçu un jardin de présentation des très demandées, mais moins spectaculaires plantes locales.

Formes esthétiques, couvre-sols, grimpantes ou pour un haite, la flore locale fait son show. Image: Marius Affolter

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Il n’en manque pas une. Les 130 espèces et variétés d’arbres et arbustes suisses disponibles en pépinière sont toutes présentées dans le nouveau jardin de plantes indigènes de la Pépinière Baudat à Vernand - Camarès (Lausanne). «Et plusieurs classes sont déjà venues les étudier», apprécie Georges Baudat, qui avait imaginé cette première romande justement dans le but de mieux présenter et faire connaître ces plantes.

Sur les 5000 m2 de ce jardin désormais ouvert au public, en plus des 130 arbres et arbustes, sont présentées plus de 300 sortes de plantes vivaces, cette catégorie de végétaux repoussants et refleurissant chaque année. Un chiffre ne représentant toutefois qu’un dixième du catalogue de cette très grande famille. De quoi déjà largement permettre aux professionnels et aux clients de dénicher des plantes de substitution aux grands classiques horticoles. Car la demande dans ce sens va croissant: en dix ans, à la pépinière installée en bordure des voies du Lausanne - Échallens - Bercher, entre Romanel et Cheseaux, la part de plantes indigènes a passé de 10% à 50% des ventes.

Qualité ornementale

«Lorsqu’on débute la conception d’une plantation pour une commune, la présence de plantes indigènes nous est de plus souvent imposée, constate effectivement Valérie Hoffmeyer, l’architecte-paysagiste conseil de Lausanne Jardins 2019. C’est un choix favorable à l’environnement, mais aussi souvent lié à une recherche d’entretien minimal.» S’il est bénéfique en termes de biodiversité et de développement durable – ce qui réjouit la professionnelle –, ce choix a aussi des conséquences: «Les plantes dites indigènes ne sont pas toujours les mieux adaptées. Les essences locales, en particulier les arbres, souffrent beaucoup en milieu urbain. Et puis, comme les plantes horticoles ont été sélectionnées pour leurs aspects spectaculaires, il est plus difficile d’obtenir une qualité ornementale équivalente avec des plantes indigènes.»

Au passage, la conceptrice de jardins signale qu’elle n’apprécie pas ce terme. Elle préfère parler de végétation «locale» ou «spontanée». «Sans compter qu’avec le réchauffement climatique, certaines espèces s’acclimatent alors que d’autres disparaissent. Lesquelles sont alors indigènes ou exogènes?» Enfin, Valérie Hoffmeyer fait remarquer qu’un renoncement total aux plantes horticoles ou exotiques serait une perte culturelle, puisqu’elles sont aussi le résultat d’un savoir-faire professionnel.

Mais revenons au nouveau jardin de Georges Baudat. Au cœur de deux des vingt massifs réalisés, une cabane en saules tressés et des charmilles taillées en nuages prouvent qu’il est quand même possible d’atteindre un certain niveau d’esthétisme avec des plantes indigènes. Et à propos de taille, il en est une dont le pépiniériste se serait bien passé: celle d’un cytise réalisée depuis quelques semaines à intervalles réguliers par… un lapin installé dans le secteur. «Dès que le jardin a été terminé, on a aussi vu arriver des lézards et des oiseaux», apprécie toutefois le professionnel.

Favoriser les animaux

Ces emménagements spontanés ne surprennent pas Layne Meinich, directrice adjointe du Centre Pro Natura de Champ-Pittet: «Avec leur pollen, leur nectar ou leurs fruits, les plantes indigènes favorisent directement les espèces animales locales. Si un forsythia a de l’intérêt pour cinq espèces d’oiseaux, un sureau en aura pour soixante!»

En choisissant ces plantes, plus résistantes face aux attaques de maladies ou de champignons, on limite l’utilisation de produits chimiques. On évite aussi les problèmes d’introduction de plantes invasives ou nuisibles à la faune locale, comme les célèbres haies de laurelles, qui sont toxiques pour les papillons. Enfin, elles peuvent favoriser de précieux alliés, comme le hérisson qui, en échange d’un abri végétal lui convenant, ira manger les limaces dans le jardin potager voisin.

Pour cette biologiste, l’idéal serait de combiner ces plantations avec d’autres mesures, comme le remplacement du gazon par de la prairie fleurie. «Et tout ce qui est valable pour les jardins l’est aussi à petite échelle sur les balcons.»


Une grimpante

Que c’est joli, une glycine en fleur sur une pergola. Mais cette plante grimpante ne pousse pas naturellement en Europe, au contraire de certaines variétés de clématites et de chèvrefeuille. Mais pour faire vraiment local et original en matière de plante grimpante rien ne vaut… le houblon (Humulus lupulus). Connue comme ingrédient de la bière, cette liane herbacée présente dans les forêts vaudoises existe sous forme de plantes mâles ou femelles, dont les caractéristiques diffèrent. À noter que le houblon est aussi nommé couleuvrée septentrionale, bois du diable, vigne du Nord ou salsepareille indigène, ce qui ravira les Schtroumpfs.


Pour une haie

Dans le trio thuya - laurelle - charmille constituant l’écrasante majorité des haies, seule la dernière est indigène, puisque composée de charmes taillés. Les thuyas sont originaires d’Asie et d’Amérique du Nord, tandis que les laurelles, appelées aussi laurier-cerises, poussent naturellement en Asie Mineure. Plusieurs variétés indigènes permettent de se cacher des regards tout en supportant bien la taille: les troènes (Ligustrum vulgare) qui perdent leurs feuilles en hiver, les ifs (Taxus baccata), les pins mugo (Pinus mugo) et les sapins rouges (Picea abies) qui se plairont toutefois mieux en altitude.


Formes esthétiques

Non, un jardin de plantes indigènes ne doit pas forcément rimer avec fouillis désordonné. Un certain nombre d’espèces supportent bien les coups de cisaille ou les guides leur donnant une forme élaborée. Les charmilles (Carpinus betulus), dont on fait des haies rectilignes, peuvent aussi être taillées en plateaux, en cylindre ou en porches d’entrées. L’if (Taxus baccata) peut former des sortes de coussinets (taille en nuage) ou des cubes parfaits. Le hêtre (Fagus sylvatica), tout comme la charmille, peut être guidé pour pousser en rideau. Enfin, avec leurs baguettes souples, les saules (Salix) se prêtent bien aux tressages en tous genres.


En couvre-sol

En matière de couvre-sol, ces végétaux plantés pour empêcher les mauvaises herbes de proliférer, le choix de variétés indigènes est parfois inattendu. Qui sait par exemple qu’il est possible de mettre en terre dans ce but un géranium indigène, joliment baptisé géranium des prés (Geranium pratense)? Ou un saule? Bien évidemment pas le célèbre saule pleureur (Salix babylonica), chinois d’origine et qui peut atteindre 30 m de haut, mais son cousin rampant (Salix repens) qui ne dépassera pas 75 cm de hauteur. Enfin, la palme du couvre-sol indigène le plus sympathique reviendra sans conteste à la fraise des bois (Fragaria vesca). (24 heures)

Créé: 13.08.2018, 10h29

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