Jean Jacques Schwaab raccroche et fait son examen de conscience

InterviewL’ancien conseiller d’Etat range sa robe d’avocat. Il revisite ses faits d’armes et se défend d’avoir profité d’une pension de ministre.

A l’heure de raccrocher sa robe d’avocat, Jean Jacques Schwaab revisite ses faits d’armes de conseiller d’Etat et de patron de la section vaudoise de l’ASLOCA.

A l’heure de raccrocher sa robe d’avocat, Jean Jacques Schwaab revisite ses faits d’armes de conseiller d’Etat et de patron de la section vaudoise de l’ASLOCA. Image: FLORIAN CELLA

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Décontracté, Jean Jacques Schwaab, 67 ans cette année («Je suis en bonne forme!»), a fait ses cartons à l’Etude Pépinet 4 à Lausanne et se livre. L’avocat et homme politique vaudois de premier plan des années nonante raccroche, après quarante-cinq ans d’une carrière juridique marquée par une parenthèse peu commune. Elu conseiller d’Etat en 1994, il régna durant quatre ans sur ce qui était alors le Département de l’instruction publique et des cultes, premier ministre socialiste à endosser cette responsabilité après le radical Pierre Cevey.

L’homme de gauche revisite à la lumière des réalités d’aujourd’hui ses faits d’armes tant au gouvernement qu’à la tête de la section vaudoise de l’Association suisse des locataires (ASLOCA). Il anticipe la question qui gène: «Ce n’est pas parce que j’ai correctement gagné ma vie, que j’ai une maison, que je ne peux pas m’engager. Etre socialiste n’implique pas nécessairement être indigent. J’ai passé une partie de ma vie à défendre les plus démunis, comme avocat, comme ministre et comme conseiller national. Je viens de recevoir le plus beau certificat de ma vie avec cette bouteille de vin et ce mot offert par une personne très modeste pour laquelle j’ai obtenu une rente AI.»

L’Histoire retient que vous avez obtenu une large acceptation par le peuple en 1996 de la réforme scolaire nommée EVM (Ecole vaudoise en mutation), mais que celle-ci vous a finalement coûté votre place…

Je suis convaincu que c’était un bon projet, qui supprimait notamment le couperet de l’orientation des élèves en cinquième. C’était un bon système. S’il s’est soldé par un échec, c’est parce que le Canton n’avait pas les moyens de le mettre en œuvre. Je pense que la voie VSO était une bonne chose, à condition d’avoir des classes plus petites et les meilleurs maîtres. Sa mauvaise réputation était largement imméritée.

Un exemple?

J’ai reçu la semaine dernière un dossier d’une candidate avocate stagiaire qui a fait de brillantes études à Fribourg et dont la première ligne du CV indiquait qu’elle avait fait la VSO.

La nouvelle loi scolaire actuelle fera-t-elle ses preuves?

Elle est trop récente pour qu’on puisse porter un jugement définitif. Cela dit, j’ai quelques doutes sur le partage de la scolarité en deux groupes. Je pense qu’il en faut un seul, ou alors trois.

Eprouvez-vous toujours l’amertume d’avoir perdu le soutien du peuple et une réélection en 1998?

J’ai renoncé à me porter candidat au deuxième tour car la situation me paraissait politiquement intenable. Nuance. En fait je n’avais pas envie d’une défaite électorale, même si en fin de compte c’en était une.

Quel souvenir de ces quatre années au gouvernement?

C’était lourd en raison de la nouvelle donne politique et du manque de moyens. On passait beaucoup de temps en séances de budget, alors que maintenant cela doit se liquider en deux après-midi, ce qui laisse du temps pour la réflexion. C’était tout de même une période extraordinaire et passionnante.

Vous avez retrouvé votre étude d’avocat en 1998. Y a-t-il une vie après conseiller d’Etat?

J’ai beaucoup de chance d’avoir un métier qui permet une réinsertion sans trop de problème. Mais plus vous partez longtemps, plus cela devient difficile, surtout pour un avocat généraliste comme moi.

La pension octroyée par le Canton est donc bienvenue…

Oui, il s’agit d’un bon système. Sans cela je ne me serais pas porté candidat car, financièrement, le retour à la condition de simple citoyen est trop risqué. Evidemment, le réseau qu’on s’est constitué aide, mais il peut aussi se révéler être un inconvénient. On ne consulte pas un avocat ancien conseiller d’Etat pour n’importe quoi, on se dit qu’il connaît trop de choses dans l’administration.

Percevez-vous cette pension?

La reprise de mes affaires m’a permis d’en restituer une bonne partie. La règle étant lorsque les revenus de l’ancien ministre dépassent ceux de la rente, le surplus doit être restitué. On peut imaginer ne rien faire et vivre de cette pension, mais ce n’est pas mon genre. Maintenant que je suis à la retraite, je considère cette rente comme mon deuxième pilier.

Une retraite bras croisés à siroter des apéros?

Quand même pas. J’ai demandé mon inscription au tableau des avocats-conseils. je reste actif dans quelques associations et conserve la présidence de la Fondation Sport Etudes qui me tient particulièrement à cœur. Et puis je me réjouis d’avoir intégré l’association Adlatus, un réseau de personnes retraitées qui mettent leurs compétences à l’égard surtout de petites entreprises, à des tarifs préférentiels dans le domaine des ressources humaines et de la gestion.

Vous avez été membre du comité de l’ASLOCA de 2003 à 2009 et un président cantonal particulièrement actif. Un propriétaire peut-il comprendre les problèmes des locataires?

J’agissais en tant qu’avocat, pas en tant que propriétaire. D’ailleurs j’ai aussi été locataire. Ne devrais-je pas défendre des employés du moment que je suis aussi un employeur? C’est une question de conviction, et cela résulte aussi du hasard des causes qui m’étaient soumises. J’ai gagné de multiples procès de résiliation de bail sans motif. Les gérants nous craignaient comme les gauchistes de la place Pépinet.

Avec une belle victoire politique en 2010…

Ah oui! Nous avons remporté le référendum contre la fin de la gratuité du Tribunal des baux. Et plus récemment, la récolte des signatures sur l’initiative demandant l’expropriation des terrains non construits. Là, ce sera plus difficile, mais cela a tout de même conduit le Conseil d’Etat à proposer un contre-projet. Quand on fait une route et qu’on ne peut pas passer, on achète les terrains. Pourquoi ne pas faire la même chose et racheter au prix juste pour l’intérêt général lorsqu’un terrain en ville demeure non construit. (24 heures)

Créé: 09.04.2015, 06h49

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