Jean-Michel Dolivo quitte l’hémicycle, pas le terrain

Grand ConseilL’élu d’Ensemble à Gauche démissionne du Grand Conseil, où il est entré en 2007. Il promet de continuer à militer.

Jean-Michel Dolivo à la tribune du Grand Conseil vaudois

Jean-Michel Dolivo à la tribune du Grand Conseil vaudois Image: Jean-Bernard Sieber-A

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C’est une voix singulière qui ne résonnera bientôt plus dans l’hémicycle. Le député Jean-Michel Dolivo, 68 ans, a envoyé sa démission au président du Grand Conseil vaudois à la fin de la semaine dernière, avec effet au 30 novembre.

Une intervention par mois

Singulière, sa voix l’est au moins pour deux raisons. Sur le fond, elle exprime le programme du courant de pensée le plus à gauche du spectre politique. Sur la forme, c’est une des plus fréquemment entendues, toutes couleurs confondues. Car le député Dolivo détient indubitablement le record du nombre d’interventions parlementaires. Il est l’auteur de 72 questions orales, 49 interpellations, 26 postulats, 25 motions et 9 initiatives. Soit un total de 181 interventions plus ou moins longues, en 12 ans et demi. Autrement dit, plus d’une intervention par mois. «Après 12 années et demie, j’ai fait ma part de travail parlementaire, un travail qui est secondaire par rapport aux objectifs du mouvement auquel j’appartiens, souligne-t-il. Je tourne une page.»

Ses domaines de prédilection sont les droits des migrants, des salariés et des locataires, puis la santé et la fiscalité. Durant les quelques semaines qui lui restent comme député, Jean-Michel Dolivo espère avoir encore beaucoup de pain sur la planche. Aujourd’hui, il doit défendre la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la Fondation de Beaulieu. Ensuite, il espère que ses motions pour le droit à l’information des locataires et la protection des lanceurs d’alerte à l’État seront mises à l’agenda de novembre. Et encore peut-être son initiative pour renforcer la lutte contre le harcèlement sexuel.

Des «changements limités» Tout cela serait donc un travail «secondaire», alors même qu’il est le député le plus prolixe? Pour lui, ce paradoxe n’est qu’apparent: «Oui, ça aura été beaucoup de travail car quand je m’engage, je le fais le plus complètement possible, tout en ayant conscience qu’en regard du projet global de notre mouvement, ce n’est que secondaire, cela ne peut déboucher que sur des changements limités», assure Jean-Michel Dolivo. «Le vrai pouvoir est dans les exécutifs et parmi les hauts cadres de l’administration, poursuit-il. Mais il est surtout dans les multinationales comme Nestlé, les banques, les pharmas, chez les grands propriétaires comme Bernard Nicod, un homme qui est au moins aussi puissant qu’un conseiller d’État et qui a bien plus d’impact sur les conditions de vie des gens. C’est aussi pour ça que le travail parlementaire est secondaire». Sa seule victoire nette: le rapport du Conseil d’État sur les enfants placés et la détention administrative, ainsi que les excuses officielles qui ont suivi. Un de ses postulats en est à l’origine.

Retraite progressive

Il avait aussi siégé au Conseil communal de Lausanne, de 2006 à 2013, le quittant en se disant surchargé. Il demeurait député, tout en exerçant encore son métier d’avocat. L’âge de la retraite approchant, il a ensuite progressivement quitté le barreau, tout en restant avocat-conseil. Comme ultime sursaut «institutionnel», il a été candidat de combat à la succession de Pierre-Yves Maillard, un ministre qu’il a énervé plus d’une fois en plénum. «J’ai tout à fait conscience que nombre de mes interventions parlementaires ont certainement irrité une grande partie d’entre vous, écrit-il aussi dans sa lettre de démission adressée aux députés. Je ne m’en excuse toutefois pas. Une voix dissonante me semble tout à fait légitime […]».

Dolivo continuera à militer sur le terrain, au sein de SolidaritéS, de la coalition Ensemble à Gauche et du collectif Droit de rester. Cette fois c’est sûr, Jean-Michel Dolivo lâche la politique institutionnelle pour lui préférer les mouvements sociaux. Il aura aussi un peu plus de temps à lui, admet-il. Pour lire et voyager «jamais en avion, un tout petit peu en voiture et surtout en train».

Créé: 29.10.2019, 08h29

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