«Pour ces jeunes, achever une formation est une victoire»

Insertion professionnelleL’ORIF forme des personnes à l’AI dans toute la Romandie depuis 70 ans. À Renens, 135 jeunes sont guidés vers un vrai métier.

«Nous nous avons juste d’autres difficultés que ceux qui peuvent tout de suite commencer un CFC.» Bruno Auraujo, 16 ans, vient d’entrer en année préparatoire pour rejoindre 
la filière conciergerie à l'ORIF.

«Nous nous avons juste d’autres difficultés que ceux qui peuvent tout de suite commencer un CFC.» Bruno Auraujo, 16 ans, vient d’entrer en année préparatoire pour rejoindre la filière conciergerie à l'ORIF. Image: Florian Cella

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L’espace d’un instant, on s’imagine dans un grand restaurant. Une sculpture en chocolat tient en équilibre dans l’assiette qui vient d’arriver. Le dessert est renversant. Et pourtant nous ne sommes pas à une table chic, mais à Renens, à la cantine de l’ORIF. Depuis septante ans cette année, l’Organisation romande pour l’intégration et la formation professionnelle (ORIF) donne une formation à des personnes dont la plupart (90%) sont prises en charge par l’assurance invalidité. Avec ses 135 jeunes actuellement en formation, l’établissement renanais est l’un des dix sites que gère cette association à but non lucratif dans toute la Suisse romande. Ce faisant, elle vise un équilibre subtil: ouvrir un avenir à des jeunes fragilisés tout en leur donnant le goût de l’excellence et de l’ambition.

«Trouver des solutions»

Le menu de trois plats préparé en guise de démonstration sort tout droit des cuisines du centre de formation, où seize jeunes ont choisi la filière des métiers de bouche. C’est Pedro Campos de Bessa, 18 ans, qui a été désigné pour préparer le dessert gastronomique, non sans un bon coup de pouce de son maître socioprofessionnel. Jérémy Cros a beau être un ancien de la brigade du chef Carlo Crisci, il parle avec fierté de son élève: «Il a un parcours qui fait plaisir, car il aurait pu être orienté vers des entreprises sociales ou des ateliers protégés.» Après une scolarité chaotique, le jeune homme a rejoint cette année une filière en trois ans pour obtenir une attestation de formation initiale. S’il s’accroche, il pourra enchaîner avec un CFC, toujours à l’ORIF. Son rêve: ouvrir un jour son propre restaurant. «J’ai une passion pour la cuisine depuis toujours, mais je n’étais pas sûr de moi. Aujourd’hui, je veux montrer à tout le monde que j’en suis capable.»

«La plupart de nos élèves souffrent de difficultés d’apprentissage dont le nom commence par «dys», précise Alain Woodtli, directeur de l’établissement. Les dyslexies, dyspraxies et autres dyscalculies sont autant de troubles qui ont amené 60 à 70% de ces jeunes à accomplir leur scolarité hors du système obligatoire, dans une école spécialisée. D’autres souffrent de problèmes psychologiques ou de comportement, voire d’un parcours perturbé par des problèmes familiaux. «C’est à nous de trouver des solutions pour compenser leurs limitations», explique Alain Woodtli. Cela passe notamment par un encadrement resserré, assuré par des maîtres socioprofessionnels, des éducateurs, des enseignants spécialisés et une psychologue.

Savoir jusqu’où aller

À l’ORIF, on se forme pour travailler en cuisine, mais aussi dans la maçonnerie, le paysagisme, la vente ou encore la logistique. Dans onze filières, trois parcours de formation sont possibles selon les capacités de l’élève, dont deux, le CFC et l’attestation de formation professionnelle (AFP), sont reconnus officiellement par les milieux professionnels. Surtout, ces parcours passent par un enseignement pratique dans les murs du centre de formation, par exemple en cuisine, au pressing ou au nettoyage, mais aussi par des stages en entreprise. L’ORIF cultive un réseau dans le monde du travail pour y placer ses protégés. «Ce sont parfois des entreprises qui ont une politique sociale, mais certains patrons nous disent aussi qu’eux-mêmes ont croisé la route de quelqu’un qui leur a donné leur chance», raconte Alain Woodtli.

Orientés vers l’ORIF par l’AI, les élèves sont aidés dans le choix de leur parcours, non sans garder les pieds sur terre. «Notre rôle est aussi de savoir où un jeune a la capacité d’aller, et pas seulement où nous aimerions pouvoir l’emmener», estime Jérémy Cros. Stéphanie Viret, 19 ans, a ainsi récemment intégré la filière de peintre en bâtiment, alors que son rêve est de travailler dans le domaine de la petite enfance. «J’ai fait un stage découverte et je me suis dit pourquoi pas?» souffle la jeune femme, qui avoue chercher encore sa voie. Bruno Araujo, 16 ans, débute lui aussi sa formation en tant que concierge. Il s’imaginait éducateur, mais apprécie cette autre voie qui l’amène à toucher à tout, du nettoyage au bricolage en passant par l’entretien d’espaces verts.

«Pour ces jeunes, c’est une victoire d’achever une formation comme tout le monde», observe Alain Woodtli. Tous les bénéficiaires de l’AI ne rejoignent pourtant pas l’ORIF, qui sélectionne soigneusement ses apprentis. Un choix d’autant plus délicat qu’il aboutit parfois à des ambitions déçues. «Dans une vingtaine de cas chaque année, sur 135 apprentis, on tente le coup et ça ne marche pas. Cela peut être très difficile à vivre pour ces jeunes, même s’ils ont souvent une chance de rebondir ailleurs.» Pour les autres, le bilan qu’affiche l’ORIF est encourageant. «Au bout de deux ans après leur formation, 80% de nos jeunes sont placés dans un vrai poste et avec un vrai papier. Et nous ne plaçons pratiquement que des personnes qui ne percevront pas de rente AI», se félicite Alain Woodtli.

Créé: 02.12.2018, 16h35

«Je me suis rendu compte que, sans la motivation que j’ai aujourd’hui, ça ne pourrait jamais aller.»

Pedro Campos de Bessa, 18 ans, vise une attestation de formation initiale en filière cuisine.

«Je n’ai pas encore trouvé ma voie, mais rejoindre une entreprise ne me fait pas peur.»

Stéphanie Viret, 19 ans, vise une attestation de formation professionnelle de peintre en bâtiment.

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