La recette de droite pour aider la classe moyenne

FiscalitéA deux mois des élections, les partis de droite lancent une initiative populaire afin de booster les déductions d’impôts sur les primes maladie. Une proposition pour desserrer l’étau fiscal.

Les PLR Maxime Stern, Loïc Hautier et Marc-Olivier Buffat avec la députée vert’libérale Claire Richard.

Les PLR Maxime Stern, Loïc Hautier et Marc-Olivier Buffat avec la députée vert’libérale Claire Richard. Image: PHILIPPE MAEDER

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Que reste-t-il aux familles vaudoises une fois qu’elles ont payé leur loyer, leurs impôts et leur assurance-maladie? De moins en moins. «En vingt ans, les primes maladie payées par les Vaudois ont doublé. La classe moyenne trinque et son pouvoir d’achat diminue, cela ne peut plus durer», lance Loïc Hautier, président des Jeunes libéraux-radicaux vaudois (JLRV). Ceux-ci ont présenté lundi leur remède: augmenter les déductions fiscales sur les primes d’assurance-maladie.

Edito: Qui ne fait pas partie de la classe moyenne?

Ils lanceront, le 10 mars, une initiative populaire qui vise à faire passer les déductions fiscales pour les primes d’assurance-maladie de 2000 à 3200 francs pour une personne seule – et de 4000 à 6400 francs pour un couple marié. Cette hausse des déductions permettrait aux contribuables d’économiser, au final, quelques centaines de francs d’impôts. Le montant déductible pour les enfants à charge (1300 francs) n’est pas modifié.

Générosité pour tous? Pas vraiment: l’initiative exige que les déductions fiscales ne soient accordées que sur le montant des primes réellement payé par les assurés. La part de subsides que touchent les contribuables moins aisés en serait exclue. «Actuellement on peut déduire des primes que l’on ne paie pas, ce qui pose des problèmes d’équité, estime Loïc Hautier. Il faut que le système profite à la classe moyenne qui ne bénéficie pas de subsides.»

Cette disposition fait bondir la gauche, qui accuse l’initiative de ne profiter qu’aux riches (lire ci-contre). Pas de quoi décoiffer les jeunes libéraux-radicaux: au contraire, «L’initiative doit permettre à la fois de soulager la classe moyenne et d’envoyer un signal clair de ras-le-bol à l’encontre d’une politique où l’arrosoir social et le contrôle du citoyen prévalent, le tout financé par une lourde facture fiscale», assène Maxime Stern, membre du comité des JLRV.

Campagne électorale

Les jeunes militants ne sont pas les seuls dans la bataille, loin s’en faut: l’initiative a le soutien du PLR, de l’UDC et des Vert’libéraux. Les Jeunes libéraux-radicaux ne sont d’ailleurs que 11 sur 30 au comité d’initiative, lequel compte notamment des élus fédéraux PLR et UDC. Chef du groupe PLR au Grand Conseil, Marc-Olivier Buffat a lancé ce lundi un plaidoyer solennel aux allures de lancement de campagne électorale: «Dans un canton où l’on dépense plus pour le social que pour la formation, dans un canton où les collectivités n’ont jamais prélevé autant d’impôts et de taxes, il nous paraît important de faire profiter la classe moyenne qui a participé à la prospérité.»

Les trois partis de droite disposent de la majorité au Grand Conseil. Pourquoi ne pas passer par l’organe législatif? Les Vert’libéraux ont d’ailleurs déposé un postulat, en janvier, pour réclamer une baisse fiscale en substance identique à ce que réclame l’initiative. «Nous nous sommes inspirés du modèle genevois, mais sans aller aussi loin», expliquait lundi Claire Richard, cheffe du groupe vert’libéral. Ce postulat sera discuté en avril en commission.

Mais descendre dans la rue avec des feuilles de signatures semble indispensable aux initiants: «C’est le moment de prendre nos familles par la main, il faut que le peuple sache qu’on prend ses problèmes au sérieux», dit Philippe Jobin, chef du groupe UDC au Grand Conseil. Marc-Olivier Buffat juge indispensable «d’associer tout le monde, pas seulement les députés». Bref, le calendrier est favorable et l’intérêt électoral ne fait aucun doute. «Avec la réforme fiscale des entreprises (RIE III), le thème de la fiscalité des personnes physiques a été mis de côté», ajoute Loïc Hautier.

Une facture de 50 millions

Les initiants n’entendent pas dénouer le volet social de la RIE III cantonale – qui prévoit notamment une hausse des subsides pour l’assurance-maladie avec un plafonnement à 10% du revenu dès 2019. «Nous faisons seulement un pas supplémentaire, explique Loïc Hautier, car la RIE III cantonale prévoyait de toute façon de faire passer la déduction de 2000 à 2400 francs pour une personne seule et de 4000 à 4800 pour un couple, dès 2020.» La facture de leur initiative, assurent-ils, sur la foi d’une source qualifiée de «crédible», se monterait à un peu plus de 50 millions pour le Canton et les communes. Un effort acceptable, jugent-ils, même avec l’incertitude liée à la RIE III fédérale, refusée par le peuple le 12 février. «Personne n’imagine que la réforme fiscale fédérale soit abandonnée et le milliard de la Confédération n’est d’ailleurs remis en question par personne», indique Philippe Jobin.

Créé: 27.02.2017, 19h34

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«Les déductions d’impôt profitent davantage aux gens aisés»

La droite fait des primes maladies l’un de ses thèmes phares avant les élections cantonales d’avril. Avec l’idée d’augmenter les déductions fiscales pour les primes, la droite deviendrait-elle plus généreuse que la gauche? Pas si l’on écoute le président du gouvernement et chef du Département de la santé Pierre-Yves Maillard, qui a fait de la lutte contre la hausse des primes l’un de ses principaux combats.

«Le moyen le plus efficace et le plus ciblé pour soulager la classe moyenne, avec la maîtrise des coûts, c’est d’aider les gens à payer leurs primes, commente-il. Les déductions d’impôt ont aussi une justification. Le Conseil d’Etat a proposé de les augmenter un peu, mais elles profitent davantage aux gens aisés.» Autre question, plus politique: l’initiative va-t-elle à l'encontre du consensus autour du volet vaudois de la RIE III, qui voulait qu’on ne touche pas à la fiscalité des personnes physiques pour quelques années? «Nous sommes en campagne électorale et chacun affiche sa couleur, c’est normal, répond Pierre-Yves Maillard. Passer par une initiative montre que l’objectif n’est pas de réaliser ce but l’année prochaine. Une initiative est le chemin le plus long pour le faire.» Quant à Pascal Broulis, le conseiller d’Etat libéral-radical des Finances, il prend acte de cette initiative et ne la commente pas.

Plusieurs constats émergent au sein des partis de gauche. Le premier, c’est que les jeunes libéraux-radicaux – qui portent officiellement cette initiative – ne représentent qu’un tiers du comité. Le reste est composé, entre autres, des têtes pensantes du PLR et de l’UDC.

Second constat, illustré par Stéphane Montangero, le président des socialistes: «Les partis de droite ne prennent pas beaucoup de risques. Si l’initiative échoue, ils pourront la reprendre au Grand Conseil où ils sont majoritaires. Ils n’ont visiblement pas occupé la rue pendant cinq ans et ont besoin de se profiler avant les élections.»

Les mesures proposées ne convainquent pas non plus. «Il est bien que la droite s’intéresse enfin aux personnes physiques et à la classe moyenne, alors que beaucoup de cadeaux ont été faits ces dernières années aux entreprises», commente Alberto Mocchi, le président des Verts. «Mais la solution au problème des coûts de l’assurance-maladie passe par une maîtrise des dépenses, ce vers quoi le Conseil d’Etat agit actuellement. En voulant défiscaliser une partie des primes, cette initiative risque de faire payer une partie de la facture de l’explosion des coûts de la santé à l’Etat.»

Son homologue socialiste parle d’une impression d’«arrosage»: «Les jeunes libéraux-radicaux disent vouloir compenser l’explosion des primes. Mais celle-ci est due à la politique néolibérale voulue par le PLR et l’UDC au parlement fédéral, où la droite verrouille le système de l’assurance-maladie. La droite devrait faire en sorte que des bonnes décisions se prennent à Berne.» M.SL

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